Allergies. Les conseils d’un pédiatre

Date de publication : 30/04/2012

Le pédiatre lyonnais Jacques Robert vient de publier "Vivre mieux avec les allergies de l’enfant”. Pollens, acariens, alimentation... Il décrypte les différentes allergies. Interview. Par Maud Guillot.

Comment vous définissez l’allergie ?

Jacques Robert : On a un peu galvaudé ce terme en l’utilisant à tort et à travers. Mais l’allergie est une réaction très spécifique de l’organisme, un mécanisme d’intolérance face à des éléments extérieurs, essentiellement des protéines, que ce soient des déjections présentes dans les poussières, des pollens, des aliments, des piqûres d’insectes... En fait, le corps perçoit cette substance, normalement sans danger, comme une menace, donc il réagit. Et libère ce qu’on appelle des IgE.


Quels sont les différents allergènes qui existent chez l’enfant ?
Il y a les aéroallergènes qui volent et sont responsables des maladies respiratoires, parfois de réactions oculaires et cutanées. Exemple : les acariens, les poils de chat, les pollens, les moisissures. Ensuite, il y a les trophallergènes, représentés par les aliments comme l’œuf, les poissons, l’arachide... Il y a aussi les allergènes cutanés comme le latex, les piqûres d’insectes... Et enfin, les produits chimiques que sont les médicaments, comme les antibiotiques. Mais cette allergie est rare.


On a pourtant l’impression que les allergies aux médicaments sont fréquentes ?
Les mamans ont souvent l’impression que leur enfant est allergique au traitement, alors que c’est la maladie pour laquelle il est traité qui provoque des éruptions, des boutons... Les allergies aux médicaments sont souvent très graves et immédiates.

Quelles sont les différentes manifestations de l’allergie ?
Il y a, chez le bébé, la dermatite atopique, ou eczéma, qui commence entre deux et trois mois. La peau est sèche et poreuse, avec des plaques rouges, notamment dans les plis. Le plus souvent, cette dermatite disparaît avant 5 ou 6 ans. Mais on considère que 10 % des enfants seraient concernés. Ensuite, il y a les urticaires, des plaques rouges qui grattent. Des manifestations souvent spectaculaires, mais pas graves, sauf urticaires profondes, c’est-à-dire œdème de Quincke, avec gonflement du visage ou du larynx. On considère qu’un enfant sur 5 a fait ou fera une urticaire.

D’autres manifestations ?
On trouve toutes les manifestations de la bronchiolite à l’asthme. 10 % des enfants ont de l’asthme, dont 80 % ont un terrain atopique, donc allergique. Puis la pollinose, ces fameux symptômes du printemps, comme la rhinite allergique, la conjonctivite, la toux. Pour la petite histoire, j’ai constaté que les enfants nés au printemps, notamment en mai, qui sont donc immédiatement exposés aux pollens, sont plus souvent allergiques que les autres...

A quel âge commencent ces allergies ?
Très tôt, chez le nourrisson. Les bébés peuvent être allergiques aux protéines de lait de vache présentes dans les laits infantiles. Pour les allergies aux pollens, qui sont les plus fréquentes et qui provoquent des rhinites, il faut attendre un peu car il faut que les enfants aient été exposés plusieurs années à l’allergène. Sachant que les enfants concernés sont la plupart du temps à risque.

Comment savoir si un enfant est à risque d’allergie ?
Il existe des prédispositions génétiques à l’allergie. On rencontre des familles d’allergiques, car ce terrain sensible se transmet de génération en génération. Avec un parent allergique, on a 40 % de risque de l’être. Mais avec deux parents allergiques à la même protéine, l’enfant a 80 % de risques de l’être. Sans antécédents familiaux, il y a quand même 15 à 20 % d’enfants qui deviennent allergiques.

Comment expliquer l’augmentation du nombre d’enfants allergiques ?
On estime que la proportion d’allergiques a doublé en 20 ans. Soit près d’un quartde la population. Plusieurs hypothèses sont avancées. D’abord, il y a une responsabilité de la pollution atmosphérique qui fragilise les voies respiratoires, même si on ne peut pas être allergique à la pollution. Ensuite, on est de plus en plus exposés à des allergènes variés, du fait de la mondialisation. On trouve des plantes ou des fruits en France qu’on ne trouvait pas il y a 20 ans. Enfin, il y a la théorie hygiéniste.

En quoi consiste cette théorie hygiéniste ?
Les IgE, mobilisées dans l’allergie, sont au départ destinées à lutter contre des parasites. Or, dans nos sociétés occidentales, aisées et aseptisées, on a éliminé ces infections grâce aux conditions d’hygiène, aux vaccins et aux traitements antibiotiques... Résultat, comme nos IgE s’ennuient, elles cherchent d’autres ennemis à attaquer. Et nous sensibilisent au lieu de nous protéger.

Donc il ne faut pas surprotéger les enfants !
Bien sûr que si ! Car beaucoup d’enfants africains meurent de leurs parasites. Il faut simplement se dire que les allergies sont le prix à payer au bien-être et à la bonne santé.

Et quelle est la responsabilité de la diversification dans les allergies alimentaires ?
On considère que près de 5 % des enfants ont une allergie alimentaire. Et on sait aujourd’hui qu’on a fait fausse route en matière de diversification alimentaire. Pendant longtemps, on a diversifié trop tard, l’œuf pas avant 12 mois, les cacahuètes pas avant 3 ans... En fait, on a fabriqué des enfants intolérants. Donc il faut commencer les céréales et les légumes entre 4 et 6 mois, puis les protéines comme la viande. Il ne faut pas hésiter.

Quand consulter pour ces allergies ?
Il ne faut pas négliger ces manifestations, y compris l’eczéma. Mais il faut vraiment prendre les choses au sérieux quand d’autres symptômes apparaissent : arrêt de la courbe de croissance, diarrhée chronique, vomissements...

Comment traiter toutes ces allergies ?
L’idéal, bien sûr, c’est l’éviction. Mais dans la région par exemple, difficile d’éviter l’ambroisie. En revanche, on peut éviter certains aliments. Ensuite, il y a des traitements spécifiques à chaque allergie. Comme les corticoïdes pour l’eczéma. Au passage, trop de mères ont peur de ces pommades très efficaces. Ou encore les antihistaminiques pour les rhinites ou l’urticaire.

Et quand passer à la désensibilisation ?
Quand les précédents traitements ne marchent pas ! L’allergologue expose alors le malade à des petites doses d’allergènes, comme un vaccin. Le produit, qui est naturel, est désormais administré sous la langue. Ce qui est plus pratique que les injections. Ce traitement doit s’étaler par phases, sur environ 3 ans. Et on peut commencer dès 5 ans. Ce qui, en plus, permet d’éviter le passage au stade de l’asthme.

Mais beaucoup disent que ces traitements ne marchent pas !
D’énormes progrès ont été réalisés ces dernières années. Notamment parce qu’on détermine beaucoup plus précisément le responsable exact de l’allergie. Dans l’œuf, c’est le cru ou le cuit, le blanc ou le jaune et quelle molécule est incriminée dans le blanc. Donc on arrive vraiment à personnaliser le traitement. Enfin, il y a une nouveauté : la possibilité d’injecter des anticorps pour bloquer les IgE. Mais ce traitement coûte très cher. Et reste réservé aux asthmes graves.

Interview publiée dans Mag2Lyon d’avril 2012

Intolérance au lactose et au gluten
"Le lactose est un sucre. On ne peut pas être allergique au sucre. Mais pour le digérer, il faut un enzyme. Quand on a un déficit, on a du mal à digérer le sucre et on a la diarrhée. C’est aussi simple que ça. Globalement, quand on parle d’intolérance, c’est que le mécanisme est mal identifié. Il y a comme ça beaucoup de fausses allergies alimentaires. Ensuite, la farine peut donner des allergies, comme l’asthme du boulanger. Mais ce qu’on appelle intolérance au gluten, c’est la maladie cœliaque qui touche une personne sur 500 ou 1 000. Le patient ne supporte pas une protéine contenue dans le seigle, l’orge, l’avoine et le blé. Mais c’est lié à son patrimoine génétique. Pas à une allergie. En tout cas, la réponse, c’est régime sans farine, à vie.”


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