“Faire confiance à l’intelligence territoriale”

Date de publication : 30/04/2012

Le candidat du PS à l’élection présidentielle s’engage à renforcer la décentralisation avec les Régions comme pivots, tout en permettant aux élus les plus proches du terrain de prendre les décisions opérationnelles.

DÉCENTRALISATION

Faut-il favoriser une plus grande décentralisation, en prenant modèle sur les grands pays européens, comme l’Allemagne ou l’Espagne ?

François Hollande : Je me suis engagé pour un nouvel acte de la décentralisation. Les premières lois de décentralisation, dont on a fêté les 30 ans, ont profondément changé notre pays en libérant les collectivités de la tutelle financière, technique et politique de l’État. En confiant aux élus la responsabilité de conduire les politiques publiques locales, elles ont permis de mieux répondre aux besoins de nos concitoyens et de consolider la démocratie territoriale. C’est pourquoi je propose une réforme qui se construira avec les élus locaux, pour définir les missions et les compétences de chacun, du sommet de l’État à chacun des acteurs territoriaux. Les collectivités locales verront leurs responsabilités et leur autonomie renforcées dans leurs domaines de compétences. Nous devons faire confiance à l’intelligence territoriale pour une meilleure efficacité du service public offert à nos concitoyens.


Quelle sera la place des communes, des Départements et des Régions ?

La région doit être en première ligne pour la préparation de l’avenir de son territoire, des entreprises et des salariés. A elle, le développement économique, l’aménagement du territoire, les transports publics, l’orientation et la formation. La région sera partie prenante des politiques de l’emploi et sera associée à la gestion de la banque publique d’investissement pour les PME que nous allons créer. De  nouvelles compétences lui seront reconnues en matière d’investissement dans l’enseignement supérieur et la recherche. 

Les départements se verront attribuer le rôle d’assurer et de renforcer les solidarités sociales et territoriales en mettant fin aux doublons avec l’Etat. Ils devront disposer de nouvelles ressources pour assumer les enjeux du handicap et du grand vieillissement. 

Quant aux communes, elles sont un héritage issu de l’histoire de notre pays, je leur ai déjà exprimé mon profond attachement, parce qu’au-delà d’une forme juridique, elles représentent l’incarnation des solidarités humaines. Il n’y aura d’avenir pour les communes que s’il y a une intercommunalité de projets dotée d’un fonctionnement démocratique. Les communautés et les communes ont un rôle essentiel pour le maintien et le renforcement du lien social et des services publics de proximité. 

L’État continuera d’assumer pleinement ses fonctions régaliennes et son rôle de stratège veillant à la cohérence de l’action publique.


La réforme des collectivités territoriales va-t-elle dans le bon sens ?

La réforme territoriale de 2010 permet certains progrès, comme par exemple de prévoir que les conseils des communautés seront, dès 2014, élus au suffrage universel direct par fléchage. En revanche, elle est aussi un grand recul démocratique : la méthode employée pour forcer certaines communes à entrer ou sortir de groupements, ou encore la création du conseiller territorial, cumulard de droit, à la fois conseiller général et régional, ne sont pas des bonnes mesures. Si les Français me choisissent, nous reviendrons sur ces dispositions.


FINANCES PUBLIQUES LOCALES

Les collectivités locales qui ont vu leurs effectifs augmenter ces dix dernières années doivent-elles faire des efforts de rigueur budgétaire, à l’image de l’Etat ?

Ce qu’on ne dit pas, s’agissant des augmentations de personnel dans les collectivités, c’est qu’il s’agit pour une grande part du personnel technique des lycées et des collèges et du personnel chargé de l’entretien des routes. Toutes ces décisions de transfert ont été prises sur proposition du gouvernement en 2004. Le reste du personnel a été recruté pour assurer la mise en place de nouveaux services, notamment dans le monde rural : des crèches, des centres aérés et des garderies pour les enfants, etc. Pour le reste, il apparaît normal que les collectivités participent à l’effort d’assainissement des finances de notre pays. 


Faut-il remunicipaliser ou au contraire privatiser certains services comme l’eau ou les déchets ? 

La question ne se pose pas exactement en ces termes. Dans notre pays, les collectivités ont le choix de confier la mise en place des services soit à une entreprise à qui elles délèguent la responsabilité, soit à une régie publique. Dans tous les cas, la collectivité conserve le contrôle de la délégation et, dans tous les cas, elle se doit de veiller au prix et à la qualité du service. Au terme des contrats de concession, certaines mairies peuvent choisir de passer d’une entreprise privée à une régie publique, et vice-versa. Il s’agit du principe de libre administration. Une commune peut tout à fait considérer qu’il est moins coûteux d’avoir recours à une entreprise spécialisée plutôt que de recruter du personnel très spécialisé. C’est le choix du conseil municipal. L’important, c’est qu’il dispose des moyens pour imposer sa politique tarifaire et sociale ou encore pour influer sur les choix opérés en matière environnementale. Pour cela, je me suis engagé, tant dans le domaine de l’eau que des transports, à ce que des tarifications sociales soient mises en place partout.


ÉCONOMIE

Quel peut être le rôle des collectivités locales pour permettre la réindustralisation de leur territoire ?

L’expérience montre que la mobilisation et la mise en synergie des acteurs sur des bases territoriales fortes est un facteur de compétitivité inestimable pour le tissu industriel. J’ai annoncé que je renforcerai les compétences des régions en matière de développement économique, d’aménagement du territoire, de formation. Comme je l’ai déjà dit, elles seront partie prenante des politiques de l’emploi et des compétences leur seront reconnues en matière d’investissement dans l’enseignement supérieur et dans la recherche. De cette manière, des filières d’excellence pourront éclore sur le territoire. Je sais que les régions auront à cœur de relayer et amplifier les politiques de mon gouvernement au profit de la réindustrialisation de notre pays. Les grandes agglomérations joueront aussi un rôle important.


CLIMAT

La bataille du climat passe-t-elle par les villes, comme semble le penser Gérard Collomb qui vient de lancer son "Plan Climat”  ?

La bataille du climat passe par toutes et tous. Les plans climats doivent être mis en place par les collectivités et même volontairement par toutes les entreprises, toutes les administrations. Les villes étant les territoires les plus producteurs de gaz à effet de serre, la bataille du climat passe donc aussi inévitablement par elles.


POLITIQUE DE LA VILLE

Comment expliquer que les banlieues ne soient pas un sujet de débat dans cette campagne présidentielle ?

Je ne suis pas d’accord avec cette idée que les banlieues sont absentes du débat. Je n’accepte pas qu’un territoire ou une population puisse être mis à l’écart de cette campagne présidentielle, qui doit être un enjeu d’unité nationale. J’ai donc fait de la question des banlieues une priorité, et je tiens à me rendre le plus souvent possible dans ces territoires. La réalité de la politique de la ville en France aujourd’hui, c’est en effet un budget divisé par deux depuis 2008. Je souhaite inverser cette dynamique. Cela passera par un nouveau plan de rénovation urbaine pour terminer le travail engagé et par une action forte et transversale de l’Etat : il ne suffira pas d’agir sur le béton pour résoudre tous les problèmes. Nous avons notamment besoin d’une véritable impulsion concernant l’éducation et l’emploi. A ce titre, si je suis élu, je créerai 150 000 emplois d’avenir qui seront prioritairement destinés aux jeunes de ces territoires, afin de faciliter leur insertion professionnelle et j’affecterai une part importante des 60 000 postes que je créerai dans l’Education nationale aux quartiers populaires. Je souhaite également qu’une filiale de la future banque publique d’investissement soit spécifiquement dédiée à l’accompagnement des entreprises des zones les moins favorisées. Nous agirons enfin en faveur d’une péréquation renforcée entre les territoires. 


CITOYENNETÉ

Êtes-vous favorable au vote des étrangers aux élections locales ?

Concernant le droit de vote des étrangers, il sera accordé aux étrangers résidant en France régulièrement depuis plus de 5 ans, pour les élections locales. Il s’agira de leur permettre de participer dans leur commune aux choix qui les concernent sur le fonctionnement des services publics de proximité. Je vois cette évolution, qui existe déjà pour les étrangers de l’Union européenne, comme un moyen de renforcer le vivre ensemble, dans le respect des valeurs et principes de la République. 


GOUVERNEMENT

Deux élus lyonnais sont pressentis comme ministres, si vous gagnez cette élection, Najat Vallaud-Belkacem et Gérard Collomb. Les journalistes font-ils de bons pronostics ?

L’heure n’est pas à de telles anticipations, ce serait prétentieux. Je dois d’abord rassembler les Français et répondre au mieux à leurs attentes et à leurs inquiétudes, afin de pouvoir gagner les 22 avril et 6 mai prochains.  


Extrait d’un dossier publié dans Mag2Lyon d’avril 2012.

 


Partager

LES DERNIERES ACTUALITES

20/04/2018
Figure de l'entrepreneuriat lyonnais, de la fondation d'Infogrames à son rebond dans la robotique, Bruno Bonnell était très attendu sur les bancs de l'Assemblée. Il a finalement semblé plus discret que prévu jusqu'au buzz provoqué par ses déclarations au Monde début avril. Explications.

20/04/2018
Le documentaire "Pédophilie, un silence de cathédrale” diffusé par France 3 le 22 mars dernier a suscité une nouvelle vague de témoignages auprès de la Parole libérée, l'association lyonnaise qui a révélé l'affaire Preynat. Interview de son président, François Devaux.

12/02/2018

Après Lyon en juin, Mag2 Lyon poursuit son analyse du marché de l'immobilier avec les communes de la métropole. Quelles sont les valeurs sûres ? Quels sont les quartiers qui montent ? Et quels sont ceux à éviter ? Par Hélène Capdeviole

12/09/2016
La Stéphanoise Elodie Clouvel participera à Rio de Janeiro à ses deuxièmes Jeux Olympiques. Mais en parallèle de sa discipline, le pentathlon, elle baigne dans d'autres activités. Elle est également gendarme, mannequin et peut-être même future actrice. Une véritable ambassadrice de son sport. Portrait.

20/04/2018
Cet ancien champion de boxe ayant grandi à Vaulx-en-Velin s'est fait une place à coups de seconds rôles dans le cinéma français, s'appuyant sur une plastique d'athlète, une discipline de fer et une capacité à tout interpréter. En 2018, il se retrouve sur le devant de la scène avec la sortie de trois films dont le très attendu Mektoub My Love d'Abdellatif Kechiche, où il campe un dragueur insouciant. Rencontre.


Retrouvez-nous sur



Création de site internet: Cianeo