Aulas explique sa stratégie avec Abu Dhabi

Date de publication : 30/04/2012

Le président de l’OL, Jean-Michel Aulas, s’est rendu récemment à Abu Dhabi. Il s’explique. En dressant aussi un premier bilan de la saison. 

Quel premier bilan vous tirez de la saison de l’OL ?
Jean-Michel Aulas : C’est une saison positive. On sort d’un épisode douloureux. On est reparti à zéro avec un nouvel entraîneur, donc avec le risque de faire pire. Mais déjà au niveau de l’ambiance, ça a changé du tout au tout. Dans notre jeu, on est sur courant alternatif. Avec des résultats décevants comme notre élimination en 8e de finale face à Nicosie. Même si d’autres grands clubs comme Manchester United ou l’Inter Milan, se sont aussi fait sortir.

Mais Nicosie était largement à la portée de l’OL !
Sur le papier, le foot se décline de manière plus facile que dans la réalité. Nicosie n’a perdu aucun match en Ligue des Champions, mais je pense quand même qu’on était plus forts. C’est donc vraiment frustrant. Mais on se rattrape bien avec les deux coupes nationales. En championnat aussi, on s’en sort plutôt bien. C’est sûr qu’on ne sera pas champion de France, mais on ne s’attendait pas à l’être non plus.

Mais vous avez le risque de ne pas être qualifié en Ligue des champions !
La qualification pour la troisième place sera aussi difficile à accrocher que l’année dernière, mais on va se battre. Et puis, on a aussi la satisfaction d’avoir battu Saint-Etienne trois fois cette année ! C’est presque un titre pour nos supporters. 

Il y a quand même un écart important en championnat avec Paris et Montpellier ?
Oui, c’est vrai. C’est sûr que l’OL peut faire mieux. Mais pour parler de Paris, je trouve inadmissible qu’ils se soient fait éliminer de la coupe UEFA, puis qu’ils aient perdu en Coupe de France. Surtout quand on voit les moyens qu’ils ont.

Mais économiquement aussi l’OL connaît des difficultés ?
C’est sûr qu’on n’a pas vendu les joueurs qu’on souhaitait, comme Ederson qui devait partir à Majorque cet hiver. Au dernier moment, ça ne s’est pas fait et on a perdu 3,5 millions d’euros sur cette simple opération. Plus l’économie de son salaire. L’autre élément, c’est que je n’ai pas réussi à suffisamment abaisser la masse salariale. J’aurais aimé la diminuer de 10 millions supplémentaires cette année. On a deux joueurs professionnels de trop dans l’effectif. Mais c’est aussi un exercice de transition avant l’arrivée du Financial Fair Play. Donc si on peut se permettre d’avoir encore un exercice déficitaire, je ne dis pas qu’on va le charger exprès, mais on sait qu’il ne comptera pas pour la suite. 

Ça va changer quoi ce Financial Fair Play ?
Les abandons de crédits ne seront plus autorisés. Du coup, plus personne ne pourra investir à perte dans un club de foot. C’est la fin de la pompe à argent sans contrepartie. Avec des recettes qui devront être équilibrées.

Justement, ce n’est pas le moment de trouver de nouveaux partenaires financiers ?
Ce qui compte dans le foot, c’est d’avoir une politique à moyen et long terme. Je trouve par exemple que le PSG est un peu en décalage avec le business modèle européen. Ce qu’ils ont fait, il aurait fallu le faire quand les autres grands investisseurs russes ou américains sont arrivés dans le foot et pouvaient investir à perte. A Lyon, on essaie de construire un modèle plus durable. Selon moi, c’est plus important d’avoir eu les autorisations pour construire le Grand Stade. Car c’est ce qui nous apportera des revenus futurs. 

Mais ça ne sera pas suffisant pour faire face à la force de frappe des Qataris !
C’est vrai que c’est colossal. A Paris, c’est la grosse multinationale qui investit à perte. Alors qu’à Lyon, on est plus une start-up, on se construit sur nos propres actifs. Comme je l’ai fait avec mon entreprise, Cegid, qui au départ était toute petite et aujourd’hui fait partie des références mondiales. Pour moi, c’est un développement plus stable et pérenne que de faire appel à un investisseur qui peut tout perdre ou se retirer n’importe quand.

Quelles sont les solutions pour l’OL ?
On peut miser sur notre important centre de formation. On a aussi notre équipe féminine qui nous aide à rayonner, mais aussi à gagner en marketing et en développement.

Mais vous savez bien que ça ne suffira pas à lutter sportivement !
Le PSG n’a encore rien gagné ! Il ne gagnera ni la Coupe de France ni la Coupe de la Ligue. Pour le moment, le PSG, c’est comme un jeu vidéo. Ils ont de l’argent et des moyens colossaux pour acheter les meilleurs joueurs. Mais on n’en voit pas les effets. Nous, on a l’expérience, la stabilité... Et un groupe avec des jeunes de qualité : Gonalons, Grenier, Lacazette... On a aussi fait re-signer Lloris et Lisandro. Sauf que pour le moment, on ne le dit pas publiquement. On courbe l’échine et on fait face. 

Vous êtes la figure du foot business en France, mais aujourd’hui, face aux Qataris, vous vous faites tout petit ?
Mais il ne faut pas être trop grand et se contenter d’être humble. Ce n’est pas bon d’être trop impérialiste. Je n’ai pas dit que je n’avais plus d’ambition pour l’OL, mais je pense que la réussite d’un club passe par un business modèle meilleur que celui des autres.

Mais pour être un club ambitieux, il faut forcément des investissements importants ?
Mais Jérôme Seydoux a repris des parts du capital, par exemple. Ce n’est pas un émir mais quand même... Il y a aussi Vinci qui est notre partenaire principal pour le stade. Après, c’est évident qu’il faudra trouver pour la suite un certain nombre de sponsors, des partenaires pour le naming... Reconstruire l’OL passera par des aides extérieures.

C’est pour ça que vous êtes allé à Abu Dhabi récemment ?
J’y suis allé effectivement. Mais cette recherche de sponsors et de partenaires se fait un peu partout dans le monde. Pas uniquement aux Emirats. Même si on sait que ces pays peuvent être intéressés par le foot en termes d’investissement et de visibilité économique. Mais il faut aussi avoir de bonnes relations avec le Brésil et la Russie, qui organisent les deux prochaines Coupes du Monde. Puis avec le Qatar qui organisera celle de 2022. C’est à ce titre-là qu’on regarde un peu ce qui se passe dans ces pays et comment on pourrait collaborer.

Quel type de collaborations vous envisagez ?
On veut d’abord implanter des centres de formation. Le premier à Dubaï qui avait été initié dans le projet Lyon Dubaï City, et dont les travaux vont être relancés prochainement. On veut aussi travailler avec Abu Dhabi d’abord parce qu’un de leur joueur, Al Kamali, est chez nous. 

Vous pourriez l’acheter ?
On n’a pas encore pris de décision car pour le moment, il est prêté pour six mois. Mais il souhaite rester et je souhaite le garder. Donc on devrait continuer à travailler avec lui.

Mais il n’a pas le niveau de la Ligue 1 !
Le niveau des Emirats n’est pas le même qu’en Europe. Mais Al Kamali a une marge de progression importante. Il peut s’ouvrir les portes de l’équipe pro s’il progresse bien. 

L’arrivée d’Al Kamali est aussi une stratégie de votre part ?
Les habitants et les dirigeants du pays apprécient qu’on ait recruté un de leurs joueurs. D’autant plus que l’OL est une référence pour eux. Maintenant, j’espère construire des relations de compétence et de confiance avec eux. Car c’est un pays en plein développement qui est impressionnant. Très moderne, qui construit son avenir. Ce qui m’a épaté, c’est que là bas, on peut créer une société en 48 h. Sans personne pour vous mettre des bâtons dans les roues. 

Vos contacts à Abu Dhabi ?
Des gens de la fédération, des dirigeants d’Al Wadha, le club d’Al Kamali... L’objectif est de promouvoir l’OL là-bas en organisant des matches des équipes féminine et masculine. Il est aussi probable que l’hiver prochain, on ira en stage à Abu Dhabi plutôt qu’en Corse... On va aussi faire des échanges dans le domaine de la formation, car ils sont très intéressés par ce qu’on fait à Lyon.

Il y a aussi des entreprises comme Ethiad qui semblent intéressées par l’OL ?
Je ne sais pas. Mais évidemment, il y a des groupes qui peuvent s’intéresser à Lyon. Après, on ne cache rien. On a de bonnes relations là-bas et on essaie d’anticiper l’avenir. 

Sur le long terme, vous pourriez vendre l’OL à des investisseurs étrangers ?
Je suis un bâtisseur qui veut laisser une trace. Ça ne marche pas trop mal puisque l’Olympique Lyonnais est ce qu’on connaît de Lyon partout dans le monde. Mais je ne construis ni le club ni le stade pour gagner de l’argent.

Mais le Grand Stade, ça peut être encore plus attractif pour des investisseurs ?
C’est effectivement un vrai plus, mais qui pour l’instant n’a pas été conçu dans l’optique d’être vendu. Même si ce Grand Stade, situé entre les deux aéroports, va être vu par des millions de personnes avec l’Euro 2016. Un équipement historique avec un musée du sport, une arène pour les compétitions sportives, mais aussi pour des concerts, une clinique du sport, des simulateurs... On a aussi voulu créer des bureaux qui seront ouverts sur le stade. Ce qui permettra aux entreprises de faire leurs animations, leurs séminaires... Grâce à ça, on va attirer 200 des plus grandes entreprises européennes et mondiales. 

Votre prochain déplacement à Abu Dhabi ?
On va travailler sur la préparation de leur équipe olympique et sur la construction d’un club de football féminin. L’Abu Dhabi Sports Council m’a proposé de regarder si la Coupe du Monde des féminines pouvait se faire à Abu Dhabi. Je suis en train d’y travailler. ’


Extrait d’une enquête publiée dans Mag2Lyon de mai 2012 où la rédaction analysait avec l’aide de nombreux experts du foot pourquoi Jean-Michel Aulas cherche de nouveaux investisseurs. Avec l’interview d’Arel al Awani, président de l’Abu Dhabi Sports Council.
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