Veninov repris

Date de publication : 07/05/2012

Après des mois de mobilisation des salariés, le tribunal de commerce de Nanterre vient d’autoriser la reprise de Veninov par le groupe autrichien Windhager. Ceci permettra au fabricant de toile cirée de redémarrer son activité sur le site de Vénissieux dès le mois de septembre prochain. Sur les 87 salariés, 40 à 50 salariés reprendront leur activité dans un premier temps. Windhager devrait investir 20 millions d’euros sur trois ans.

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Dossier Veninov
Article publié dans Mag2Lyon de février 2012
:

Les salariés de Veninov occupent leur usine depuis 7 mois. Ils sauront en mars si le prêt contracté par leur ancien actionnaire était légal. Ouvrant la porte à un repreneur. Enquête.  Par Stéphane Damian-Tissot.
Jean Lopez, 42 ans, 21 ans d’ancienneté, est vigilant. Assis à l’entrée du site de 6 hectares à Vénissieux, ce père de deux enfants est chargé avec une dizaine d’autres collègues de surveiller "ses” machines. 7 mois maintenant que les salariés de Veninov, une usine spécialisée dans la fabrication de toile cirée, se relaient de 8 h à 18 h au chevet de leur entreprise. Et un grand nettoyage est fait toutes les deux semaines. Ils redoutent, plus que tout, les vols. Mais ils espèrent aussi. Ils espèrent qu’une reprise est possible. Malgré la liquidation judiciaire intervenue en juillet. Malgré les "embrouilles”. Tout ce contentieux judiciaire qui les dépasse. Car la situation est loin d’être simple. 
Leur ancien employeur, le groupe allemand Alkor-Venilia, a en effet contracté un prêt de 9,7 millions d’euros auprès de Gordon Brothers, un fonds de pension américain, présidé par Gary Talarico, un ancien cadre de Lehman Brothers, l’un des acteurs majeurs de la crise des subprimes. Un prêt aujourd’hui très contesté. Retour sur cette affaire.
Fondée en 1874 par Eugène Maréchal, cette PME a été rachetée à plusieurs reprises, notamment par Alkor-Venilia en 2009. A l’époque, l’entreprise réalise environ 14 millions d’euros avec environ 95 salariés. Mais peu à peu, la situation se dégrade : les nappes en toile cirée se vendent moins. Résultat, les plans sociaux se multiplient et les effectifs baissent chaque année. Mais pour les syndicats, le diagnostic est différent : "Ces repreneurs ont fait de nombreuses fautes de gestion”, reproche Bernard Dhennin, salarié de cette entreprise depuis 29 ans et délégué CFDT. Parmi les erreurs pointées, le déménagement du magasin central de Chaponnay en Allemagne, à six mois de la fin du bail, ou la fusion de toutes les entités commerciales... Des décisions qui coûteront plusieurs millions d’euros à l’entreprise. "Progressivement, les caisses se sont vidées”, explique Stéphane Navarro, lui aussi salarié et délégué CGT, pour qui il n’y avait aucun problème concernant l’attractivité des produits. "On avait un million de mètres à produire, mais on n’arrivait pas à honorer les commandes car nous n’avions plus d’argent pour acheter les matières premières”, renchérit Bernard Dhennin. En septembre 2010, six semaines de chômage partiel sont finalement imposées et les salaires ne sont pas versés en novembre. Du coup, les 87 salariés se rendent aux Prud’hommes et obtiennent gain de cause. 

Un prêt contesté
Pour faire face à ses difficultés de trésorerie, l’actionnaire allemand se tourne vers Gordon Brothers pour obtenir un prêt fin 2010. Le fonds de pension américain accepte de prêter 9,7 millions d’euros à l’entreprise, avec un taux de 9 % pendant un an. Très coûteux. Mais il veut aussi des garanties : il deale, en caution, le foncier de Veninov en cas de non-remboursement. Soit le terrain, mais aussi les bâtiments, le stock et les machines. Valeur estimée : 40 millions d’euros. "Il était prévu qu’à la première défaillance de paiement, Gordon Brothers devienne propriétaire des murs pour un euro symbolique”, ajoute Stéphane Navarro. 
Malgré ce prêt, l’entreprise poursuit sa descente aux enfers. Le 20 juin 2011, le Tribunal d’Instance de Munich, où se trouve le siège de l’entreprise, ouvre une procédure d’insolvabilité et, quelques semaines plus tard, le 21 juillet, le liquidateur met fin à la poursuite d’activité. Les salariés sont donc licenciés, mais refusent de voir Gordon Brothers récupérer les lieux. Et ils vont se mobiliser. Ils saisissent le préfet qui va initier une procédure devant le Tribunal de commerce de Nanterre. Objectif : statuer sur la légalité du prêt. 
"Pour nous, c’est un prêt illégal. Faire un prêt, c’est une chose, mais les garanties qu’ils ont laissées ne sont pas normales. Pour un prêt de 9,7 millions, on ne met pas 40 millions de garanties”, avance Stéphane Navarro. La question centrale que le Tribunal va devoir trancher, c’est en fait la date du prêt. "Gordon Brothers connaissait notre situation réelle, puisqu’on n’avait pas été payés fin novembre”, complète Céline Jallamion, ancienne technicienne qualité. Les salariés suspectent clairement Gordon Brothers d’être des "prédateurs”. C’est-à-dire d’avoir accordé ce prêt à une entreprise en difficulté pour la récupérer à bas prix. "C’est un fonds de liquidation. Ils font ça aux Etats-Unis”, explique les salariés.
Fin novembre, le Tribunal a désigné un expert-comptable pour tenter de fixer la date de cessation de paiement. Il devrait rendre son rapport d’ici fin mars. 

Soutien financier
Si le tribunal confirme la non-validité de ce prêt, l’entreprise pourrait alors reprendre son activité, à condition de trouver un repreneur. Ce qui serait le cas, puisque le groupe Autrichien Windhager, déjà candidat à la reprise en mars dernier, s’est positionné. "Et un grand distributeur est prêt à prendre la première commande", ajoute Bernard Dhennin. A condition toutefois que les machines soient en état de fonctionner. 
Pour les entretenir, les pouvoirs publics se sont "mouillés”. En janvier dernier, la communauté urbaine de Lyon a voté une aide de 70 000 euros pour financer l’électricité, le chauffage et le gardiennage de l’usine. Une aide qui vient s’ajouter à celle du Conseil régional, votée en décembre, à hauteur également de 70 000 euros. "La Préfecture est en pleine discussion avec l’ensemble des acteurs. Le préfet nous a dit qu’il était en négociation avec le fonds de pension”, expliquait Gérard Collomb récemment. L’Etat, le Grand Lyon et le Conseil régional travaillent donc ensemble pour ce sauvetage. De son côté, la ville de Vénissieux a accordé une aide matérielle et logistique. En tout, près de 150 000 euros ont été débloqués. 
Mais cette décision n’a toutefois pas été votée à une entière majorité. Au Grand Lyon, le groupe Synergies, étiqueté à droite, a voté contre. "Le Grand Lyon n’a pas vocation à contribuer au soutien des entreprises en difficulté, en y injectant des fonds propres. Cela créerait un précédent”, a expliqué le maire de Lissieu, Jean-Louis Schuk. Une aberration, selon l’élu communiste Roland Jacquet. "La Région a mis en place un fonds régional pour l’emploi qui sert notamment à garantir des prêts. Mais ce fonds est méconnu”, explique-t-il. 
Les salariés de Veninov continuent quant à eux leur combat. "Nous ne lâcherons pas, nous sommes déterminés”, affirme Stéphane Navarro. "Si les salariés ne s’étaient pas emparés de cette affaire, on n’en parlerait plus depuis longtemps. Je leur tire mon chapeau”, félicite Roland Jacquet. 
A un peu plus d’un mois de cette décision déterminante, les salariés sont de plus en plus confiants. "On a bon espoir, car tout le monde est derrière nous dans cette histoire. Toutes les conditions ont été mises en place pour que cette aventure se poursuive. Le reste ne nous appartient pas”, conclut Bernard Dhennin. 

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