Najat Vallaud-Belkacem ministre

Date de publication : 16/05/2012

Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de la campagne présidentielle de François Hollande a été nommée Ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Une très belle place puisque beaucoup de journalistes pronostiquaient un simple secrétariat d’Etat. Cette jeune élue était pressentie au gouvernement depuis plusieurs semaines. Mag2 Lyon lui avait consacré sa Une dès son numéro de janvier 2012. La Lyonnaise de 34 ans, adjointe au maire de Lyon et conseillère générale du Rhône, a commencé sa carrière politique aux côtés de Gérard Collomb le maire de Lyon en 2003. Un an plus tard, elle est élue conseillère régionale de Rhône-Alpes. Porte-parole de Ségolène Royal lors de l’élection présidentielle de 2007, elle est ensuite nommée secrétaire national du Parti socialiste en 2010. Une ascension fulgurante.
                                                            

Voici le portrait publié en janvier dernier :

Nommée porte-parole de François Hollande en novembre dernier, Najat Vallaud-Belkacem occupe désormais le devant de la scène. A 34 ans, celle qu’on surnomme encore le "bébé Collomb” ne cache plus ses ambitions. Par Gautier Guigon

"Si François Hollande est élu président de la République, Najat Belkacem sera ministre”, affirme Azouz Begag, principal soutien de Dominique Villepin. Une déclaration surprenante. Car il y a encore quelques années, Najat Belkacem n’était, pour l’ancien ministre à l’Egalité des chances, qu’une jeune beurette arriviste pas vraiment lyonnaise, qu’il ne cessait de critiquer.
Mais depuis que François Hollande lui a proposé le rôle de porte-parole dans sa campagne de candidat à l’élection présidentielle, Najat Belkacem affiche aussi ses ambitions personnelles. Elle sera donc candidate à Lyon lors des élections législatives qui suivront. "Najat a été une porte-parole très solide de Ségolène Royal, avec moi, il y a cinq ans. Aujourd’hui c’est une femme politique accomplie... Elle a un grand avenir devant elle”, soutient Arnaud Montebourg, le député socialiste de Saône-et-Loire. Mais qui est vraiment cette jeune lyonnaise qui semble charmer même ses adversaires en politique ?

Conscience

Najat Belkacem est née le 4 octobre 1977 à Beni Chiker, dans le Rif, au Maroc. Elle arrive en France à l’âge de 4 ans dans le cadre d’un regroupement familial, lorsque sa mère rejoint son père ouvrier du bâtiment à Abbeville dans la Somme. La famille Belkacem s’installe ensuite dans les quartiers Nord d’Amiens. Un quartier "sans beaucoup de mixité sociale”, se souvient-elle. Najat est la deuxième d’une fratrie de sept enfants. Sa soeur aînée Fatihaqui, une élève brillante qui s’implique dans l’éducation de ses frères et soeurs, lui sert de "modèle”. Plutôt littéraire, la jeune Najat rêve de devenir reporter de guerre ou "héros des temps modernes”. Bonne élève, elle suit une scolarité "normale” au collège César Franck puis au lycée Delambre à Amiens.
Après avoir obtenu son Bac EsS avec mention Bien, elle s’inscrit à la faculté de droit, une branche "réputée sérieuse”. Et aussi pour faire comme sa grande soeur. Jusqu’en licence où elle décide de suivre son propre chemin. "J’ai découvert l’existence de Sciences Po dans une brochure du centre d’orientation”, déclare-t-elle. Du coup elle se prépare au concours pendant deux mois. Admise, elle quitte le cocon familial et "découvre des gens qui se sont fait à l’idée qu’ils feraient Sciences Po depuis l’âge de 10 ans”. Elle y rencontre aussi Boris Vallaud, son futur mari, qu’elle épouse en 2005 et avec qui elle aura, trois ans plus tard, des jumeaux, Nour et Louis.
Son désir politique naît-il dans les couloirs de l’Institut d’études politiques ? "Mes parents qui étaient étrangers n’avaient pas le droit de vote, la politique ne faisait donc pas partie de mon habitus...” En fait, son premier contact avec la politique n’est pas militant mais professionnel. Pendant ses études à Science Po elle travaille comme attachée parlementaire de Béatrice Marre, députée socialiste de l’Oise. "C’est à ce moment-là que je l’ai rencontrée pour la première fois. Il y avait chez ce petit bout de femme une fascination pour le monde politique et une appétence de la vie publique qui m’avait frappés”, se souvient Nicolas Domenach, journaliste politique et directeur adjoint de la rédaction de l’hebdomadaire Marianne.
Mais la jeune attachée parlementaire se rend compte du "sacerdoce” qu’est la politique. Un investissement important avec finalement assez peu de reconnaissance. A l’époque, elle ne rêve pas d’embrasser une carrière d’élue. Diplômée de Science Po en 2000, elle préfère d’ailleurs intégrer un cabinet d’avocats parisien au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation pendant trois ans. En parallèle, elle passe deux ans de suite le concours de l’ENA avec Caroline Rouget, la femme de Gérard Collomb, qui lui propose alors de rencontrer son mari, tout juste élu maire de Lyon. "C’était après la débâcle de Jospin aux élections présidentielles de 2002. Je me sentais d’autant plus coupable que j’étais à l’étranger au premier tour et donc je n’ai pas voté...”, dit-elle en regardant ses ongles. Du coup elle entre au Parti socialiste et rejoint en janvier 2003 Gérard Collomb qui recherche un "profil différent” pour étoffer son cabinet. La jeune juriste obtient un poste de conseiller en charge des questions de démocratie de proximité. Ses atouts? "Je crois qu’il a senti chez moi un embryon de réflexion politique qui rejoignait la sienne” dit-elle.

Vague rose

En 2004, Jean-Jack Queyranne lui propose de figurer sur sa liste aux élections régionales. "Je n’étais pas très enthousiaste, mais il m’a rassuré en me disant que je ne serais pas élue...” Elle accepte de figurer au casting. Mais la "vague rose” remporte quasiment toutes les régions lors de ces élections. A sa grande surprise, elle est donc élue conseillère régionale. Son premier mandat politique, comme conseillère en charge des politiques culturelles. "Un hasard heureux” dira-t-elle modestement. Et à la faveur d’un jeu de chaises musicales elle intègre l’exécutif régional deux ans plus tard. En tant que militante socialiste elle fait ses premiers pas dans la section du 3e  arrondissement de Lyon. Puis devient secrétaire fédérale en charge de l’éducation avant d’intégrer le conseil national du PS en 2005. Le virus de la politique la gagne.
Fin 2006, après la désignation de Ségolène Royal comme candidate du Parti socialiste aux présidentielles de 2007, les deux femmes se rencontrent à Lyon et "le courant passe très bien”. Quelques jours plus tard, Najat Belkacem se rend à un colloque à Porto. Le même jour se tient un congrès du Parti socialiste européen, au Portugal, auquel participe Ségolène Royal. Dans l’avion du retour, la candidate aux élections présidentielles de 2007 lui propose de devenir porte-parole de son équipe de campagne avec Vincent Peillon et Arnaud Montebourg. A seulement 30 ans, Najat Belkacem se lance donc dans une campagne nationale très difficile. "Je n’avais pas les codes et j’ai fait des erreurs de débutante”, reconnaît-elle aujourd’hui. L’apprentissage est intensif. Elle bosse tous ses sujets à fond, comme la fiscalité ou la justice pénale pour "être au top” pendant les débats. Mais les coups sont rudes. "J’ai aussi eu des désaccords avec Ségolène Royal, mais je ne voyais pas l’intérêt de dénigrer mon propre camp sur la place publique...”, confie-t-elle.
Najat Belkacem prépare aussi activement les élections législatives de juin 2007 dans la 4e circonscription du Rhône, l’ex fief de Raymond Barre où elle affrontera le Garde des Sceaux Dominique Perben. Une circonscription "casse-pipe” où on lui promet l’enfer. Mais elle reçoit le soutien de Gérard Collomb avec qui elle partage "le même caractère” et de son suppléant Jérôme Maleski, le secrétaire de section du 3e arrondissement qui sera son suppléant : "Si on nous a fait partir c’est parce que la circonscription n’était pas gagnable. Mais on voulait mener une campagne atypique, avec un lancement au First ! On s’est bien entendus avec Najat. C’est plutôt elle qui était mise en avant et moi je l’aidais à mieux connaître le terrain”. Finalement Dominique Perben garde son siège de député. Mais avec 43 % des voix dans une circonscription où aucun candidat socialiste ne voulait aller, Najat Belkacem se fait remarquer.
En 2008 elle est élue conseillère générale du Rhône avec  58 % des voix au second tour puis conseillère municipale à Lyon sur la liste menée par Gérard Collomb. Elle est alors 6e adjointe au maire de Lyon chargée des grands événements, de la jeunesse et de la vie associative. Au Conseil municipal, elle gère ses premiers dossiers et apprend aux côtés de son mentor en politique. Le "bébé Collomb” fourbit ses armes. "C’est une jeune femme sympathique, plutôt discrète, mais sa liberté d’action comme adjointe est réduite. La fête des lumières dont elle est en charge n’a pas vraiment marqué les esprits...”, tacle Michel Havard, conseiller municipal à Lyon et député UMP du Rhône. Certains adversaires lui reprochent d’être "moins rebelle que Nathalie Perrin-Gilbert” la maire du 1er arrondissement, plus critique à l’égard de Gérard Collomb. "Najat Belkacem s’est démenée pour avoir la présidence de la halle Tony Garnier, puis n’y est pas allé une seule fois, donc ils ont dû trouver un remplaçant à chaque réunion qu’elle devait présider”, dénonce un adversaire.
Comme porte-parole de Ségolène Royal, elle s’exprime régulièrement dans les médias. Surtout après le Congrès de Reims en novembre 2008. Comme face à Bernard-Henri Lévy au journal de France 2 où le débat sur le conflit israélo-palestinien tourne en faveur de la "jeune femme politique”. BHL semble même crispé. Belkacem parle avec assurance et argumente.

Courage

Lors des primaires socialistes en octobre 2011, la protégée de Ségolène Royal continue de soutenir sa favorite malgré les critiques dont l’ex candidate à la présidentielle fait l’objet.  Jusqu’aux primaires socialistes en octobre dernier où Ségolène Royal ne fait que 6,8 % des voix. "C’était insupportable de se prendre ce score dans la tête”. Une fidélité aveugle ? "Je suis disciplinée et légitimiste, ce n’est pas pareil”, répond-t-elle. Le message est compris, les électeurs ne veulent pas rejouer le match de 2007. "Sa force c’est qu’elle a réussi à rester fidèle, ce qui n’est pas rien dans un monde où la sincérité des engagements est toujours soupçonnée. Najat inspire la confiance”, affirme Nicolas Domenach. Un sens de l’honneur rare en politique. Une qualité qui n’échappe pas à François Hollande qui remporte ces primaires. Deux semaines plus tard, Najat Belkacem est nommée porte-parole dans l’équipe de campagne de François Hollande. Une démarche opportuniste alors que l’adjointe au maire de Lyon se prépare à retourner aux législatives à Lyon ? Elle s’en défend : "Je ne retourne pas ma veste ! Si Martine Aubry avait gagné les primaires je me serais rangée derrière elle de la même manière”. Malgré le congrès de Reims qui a laissé des séquelles, la jeune militante ne se trompe pas d’adversaire et réserve ses coups pour l’UMP et le FN.
"Marine Le Pen est une fille de milliardaire qui dit défendre les ouvriers, c’est ubuesque !”, assure-t-elle après la sortie de son "Réagissez”, un pamphlet censé démonter les idées du Front national. Lors d’un débat télévisé face à Gilbert Collard en octobre 2011, l’élue socialiste pousse à bout l’avocat rallié à Marine Le Pen : "Vous ne supportez pas le racisme mais le Front national est un parti raciste ! (...)” L’avocat "mariniste” s’emporte et menace même de l’attaquer en justice pour propos diffamatoires. "J’attends toujours...”, ironise-t-elle. Cette jeune franco-marocaine qui se déclare "musulmane” ne renie pas ses origines. Lors du débat sur la burka fin 2009 par exemple, elle s’oppose à "une dérive sectaire qui marque la frontière entre l’islam et l’islamisme” mais refuse une loi qui ne concerne qu’une minorité. Membre du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger depuis 2007, elle agace la fachosphère qui l’accuse de faire "double allégeance” à son pays d’origine. "Il s’agit simplement d’une structure associative qui regroupe des personnalités attachées au Maroc et dont je ne fais plus partie d’ailleurs. Ce n’est pas un mandat politique et non, je n’ai jamais rencontré le du roi du Maroc  !” explique-t-elle.

"On va la propulser en avant pour qu’elle prenne la lumière et les coups à la place des autres. Et si Hollande est élu président, il va falloir qu’elle trouve sa juste place au milieu des grands caïmans qui vont la essayer de la bouffer”, avance Nicolas Domenach. Najat Belkacem veut y croire. Mais elle ne souhaite pas griller les étapes. Sollicitée en permanence depuis le début de la campagne elle prend le temps de répondre aux courriers, aux mails envoyés sur son blog et à tous les messages sur son portable. "Les journalistes ont compris qu’il vaut mieux m’envoyer des textos. Depuis ça n’arrête pas...”, dit-elle en éteignant son smartphone qui vivre toutes les 30 secondes. Malgré la fatigue, elle garde le sourire. "C’est quelqu’un qui ne prend pas la grosse tête. Elle est très abordable et reste simple, malgré le fait qu’on la voit beaucoup”, commente Jérôme Maleski.
A gauche, tout le monde veut croire dans une victoire de la gauche lors des élections législatives. Arnaud Montebourg ne tarit pas d’éloges sur son ancienne partenaire : "Najat est courageuse, elle l’a toujours été. Elle a aussi des convictions qu’elle défend et un comportement exemplaire dans une période où les élus sont décriés. Je crois que les Lyonnais auraient intérêt à confier leur destin à une jeune parlementaire engagée, brillante, créative, imaginative et enracinée.” Pour y parvenir, elle devra d’abord se mettre au service de François Hollande, dans une campagne qui s’annonce cinglante, et espérer que la vague rose la propulse jusqu’aux élections législatives en juin. La jeune attachée parlementaire qui ne rêvait pas de faire de la politique devra ensuite surmonter l’inquiétude de ne pas être à la hauteur et assumer ses ambitions.


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