Ouverture du procès de Laurent Ségalat

Date de publication : 24/05/2012

Ci-dessous : l’enquête publiée dans le numéro d’avril 2012 de Mag2 Lyon.

Accusé du meurtre de sa belle-mère, le généticien Laurent Ségalat est emprisonné en Suisse depuis plus de deux ans. Mais il est au cœur d’une véritable querelle d’experts, dont certains remettent clairement en cause sa culpabilité. Enquête. Par Stéphane Damian-Tissot

Laurent Ségalat"Il est extrêmement invraisemblable que le décès se soit produit après 18 h”. C’est la conclusion du Pr Michael Fried, de l’hôpital universitaire de Zurich, considéré comme l’un des meilleurs gastroentérologues au monde, au sujet de la mort de Catherine Ségalat. Cet expert a analysé le contenu de l’estomac de la victime pour déterminer l’heure de son décès. Un "détail” qui pourrait vraiment semer le doute.
Dans son rapport remis fin mars, le Pr Fried innocente techniquement le principal accusé, Laurent Ségalat, un chercheur lyonnais incarcéré depuis deux ans pour cette affaire, et qui devrait être jugé avant l’été.


Ni arme ni ADN

L’histoire commence le 9 janvier 2010, dans le petit village suisse de Vaux-sur-Morges, à une quinzaine de kilomètres du lac Léman. Suite à un appel téléphonique, la police découvre le corps de Catherine, la seconde épouse de Roger-Jean Ségalat (voir Mag2 Lyon de février 2010). Les forces de l’ordre sont alertées par Laurent Ségalat, le beau-fils de la victime, qui dit l’avoir découverte mourante à son arrivée dans la maison familiale, et les policiers constatent immédiatement des plaies sur le visage de la femme. Quelques minutes plus tard, dans son rapport, le médecin légiste évoque un possible homicide, causé par un objet contondant, comme un marteau.
Laurent Ségalat devient alors le suspect numéro 1. Il est arrêté, placé en garde à vue, puis en détention. Il n’en sortira plus. Questionné par les enquêteurs, il clame son innocence et explique avoir essayé de la réanimer avant de prévenir les secours. Selon lui, Catherine Ségalat serait tombée dans les escaliers ou aurait été frappée par un cambrioleur.
Des pistes rapidement écartées par les autorités suisses. "Il neigeait ce jour-là et les seules traces de pas qu’on a retrouvées sont celles de Laurent Ségalat. Il n’y a pas de marques d’effraction, ni d’autres profils ADN sur les lieux”, raconte le procureur du canton de Vaud, Nicolas Koschevnikov :
"Selon moi, il ne devait pas avoir l’intention de la tuer. Il y a eu une dispute et il a fait un geste malheureux. Dès sa première audition, j’ai senti qu’il était coupable, comme s’il voulait m’avouer quelque chose mais sans y parvenir”, ajoute-t-il.
Toutefois, plusieurs zones d’ombre persistent dans cette affaire. D’abord, il n’y a aucun aveu, ensuite, l’arme du crime n’a pas été clairement identifiée. "On a trouvé un marteau sur lequel il y a des traces de sang effacé. On a fait des recherches, mais l’ADN est dénaturé. Je ne peux pas affirmer que ce marteau est bien l’arme du crime”, admet Nicolas Koschevnikov.
Ensuite, l’accusation n’a pas réussi à établir un mobile clair. "Laurent et Catherine avaient de très bonnes relations. Elle le considérait comme un fils... Ils avaient des intérêts communs, notamment la santé de Roger-Jean, atteint d’une grave maladie”, explique aujourd’hui Béatrice, la compagne de Laurent Ségalat. Mais il y avait cette librairie de livres anciens, évaluée à plusieurs centaines de milliers d’euros, que détenait le père de Laurent Ségalat, décédé en avril 2010. Aurait-il voulu précipiter l’héritage ? Impossible pour sa fille, Aurélia. "La librairie lui revenait de droit, c’était annoncé dans le testament de mon grand-père. Ils avaient même créé une société anonyme et mon père était le directeur. Ça ne posait aucun souci à ma grand-mère, ça la soulageait même”, raconte-t-elle. "En plus, Laurent avait un patrimoine solide de son côté et aucun problème financier”, renchérit sa compagne.
Le généticien en compagnie de son ex-femme et de ses enfants


Calme et réfléchi

Enfin, rien dans la personnalité de Laurent Ségalat ne laissait supposer qu’il aurait pu commettre un tel acte. Tous ses collègues ont d’ailleurs été unanimes au moment de son arrestation, et ont fait part de leur incrédulité. "Je connais Laurent depuis 1997. C’était une crème d’homme. Quand j’ai appris cela, je me suis dit que ce n’était pas lui, que ce n’était pas possible”, explique Vincent Laudet, un confrère. Même son de cloche dans son entourage, qui évoque un homme calme et réfléchi. D’ailleurs, deux expertises psychiatriques ont conclu la même chose : Laurent Ségalat ne présente pas de prédisposition à un comportement déviant.
Pour corroborer ces éléments, la défense a donc demandé une contre-expertise au Professeur Dominique Lecomte, la directrice de l’Institut médico-légal de Paris. Sa mission : étudier les conditions de la mort de la victime. Après s’être penchée sur cette affaire pendant de longues semaines, elle a retenu la thèse de l’accident : "La boîte crânienne de la victime ne laisse pas apparaître de fracture, ni d’empreinte osseuse (...) Un malaise cardiaque, compte tenu des lésions du cœur observées, est tout à fait susceptible d’être à l’origine d’une chute”. Une expertise jugée non convaincante par la justice suisse, car financée par la défense.
Ce qui va entraîner une véritable guerre d’usure avec la nomination de nouveaux experts. Les Suisses en appellent au professeur portugais, Duarte Nuno Vieira, qui confirme la thèse du médecin légiste suisse : il y a bien eu un crime.
Pas étonnant selon la défense, qui dénonce des liens extraprofessionnels entre l’expert et le médecin légiste. "Le premier est le président de la fédération internationale des médecins légistes, et le second est le trésorier de cette même association. Dès le départ, nous nous sommes opposés à sa nomination, car nous pensions qu’il y avait un risque qu’il ne soit pas assez objectif”, explique la compagne de Laurent Ségalat. Mais son recours a été rejeté et le tribunal a confirmé que cet expert était neutre. "Depuis le début, il y a un arbitraire constant. On a l’impression qu’ils ont peur de se déjuger et de reconnaître leur erreur”, s’emporte Aurélia Ségalat.
La bataille d’experts, pour établir l’heure du décès, a donc continué. En effet, Laurent Ségalat était à la librairie à 17h30. Avec la neige, il a mis au moins 30 minutes pour arriver au domicile de sa belle-mère. Or le Professeur Fried de l’hôpital universitaire de Zurich a retrouvé des morceaux visibles d’ananas et de tomates dans l’estomac de la victime. Elle aurait donc déjeuné à peine trois heures avant, ce qui placerait l’heure de la mort entre 16 et 17 heures. Dans ce cas, difficile d’accuser Ségalat. "Pour moi, ces résultats ne changent rien. C’est une pièce produite par la défense que je vais mettre au dossier, mais ça fait bien longtemps que les médecins légistes ne se servent plus de ces informations pour dater la mort, car c’est trop imprécis”, déclare le procureur.
Contacté par Mag2 Lyon, le Pr Malicier, directeur de l’Institut médico-légal de Lyon, révèle au contraire que ce genre d’expertise est toujours utilisé. "C’est quelque chose de très intéressant qui peut nous aider à dater la mort d’une personne. D’abord, on se sert de la température du corps, mais aussi de ce procédé”, explique-t-il.
La défense espère désormais faire reconnaître l’innocence de Laurent Ségalat lors de son procès. Une date devrait d’ailleurs être rapidement fixée, car l’enquête est désormais terminée, et le dossier clos depuis fin mars. Mais les proches du généticien lyonnais, et notamment Béatrice, sa compagne, ne se font guère d’illusion. "Nerveusement et physiquement, il est amoindri. Il est sous divers traitements... Il est à bout. A chaque fois qu’on a demandé sa remise en liberté provisoire, on s’est heurté à un refus. On l’écrase pour mieux l’accuser. C’est scandaleux”.

Toutes les personnes citées dans cette affaire sont présumées innocentes jusqu’à leur jugement définitif.



Dans le Mag2 Lyon actuellement en kiosque, en rubrique judiciaire :
– Un douanier passe aux aveux Jean-Pierre Cazé, auteur d’"Au cœur du trafic”, raconte ses mémoires d’infiltré dans le grand banditisme. 
– Le nouveau patron de la PJ s’explique. Interview de Francis Choukroun a été nommé après l’affaire Neyret. Un poste sensible.

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