Chabal, l’arrivée d’une icône

Date de publication : 04/06/2012

A 34 ans, Sébastien Chabal s’est engagé avec le LOU fin avril. Si beaucoup le voient en préretraite, d’autres le jugent comme l’homme parfait pour faire franchir un palier au club. Enquête.  Par Stéphane Damian-Tissot

"Quand je regarde un match de rugby, j’ai encore les jambes qui frétillent. Du coup, je me suis dit qu’il était bête d’arrêter. Bien sûr, j’aurais préféré que le club soit en Top 14, mais c’est surtout le projet et les hommes qui m’ont intéressé”. C’est par ces mots que Sébastien Chabal a expliqué les raisons de sa signature au LOU, malgré la descente en Pro D2. A 34 ans, l’ancien international français s’offre un dernier baroud d’honneur avant la retraite, non loin de sa région de naissance, la Drôme, où il a commencé sa carrière.

Originaire de Beaumont-lès-Valence, Sébastien Chabal grandit dans une famille modeste avec un père garagiste et une mère ouvrière en bijouterie. Intéressé par la mécanique, il commence sa carrière comme tourneur-fraiseur dans une usine de Crest et joue au rugby en amateur dans le club de Beauvallon depuis l’âge de 16 ans. Mais il va attendre ses 21 ans pour se consacrer exclusivement au rugby en rejoignant le club de Valence. S’ensuivra une aventure de six ans à Bourgoin-Jallieu, puis cinq autres années à Sale en Angleterre. Là-bas, Chabal vit ses meilleures années en tant que joueur professionnel et remporte en 2005 le Challenge européen. Puis, un an plus tard, le championnat d’Angleterre. En 2009, le club parisien du Racing Metro, tout juste promu en Top 14, le contacte en lui proposant de devenir LA star de son projet avec son ami de toujours, Lionel Nallet. En deux saisons, le club s’installe peu à peu dans le panorama du rugby français et arrive même en demi-finale du Top 14 en 2011. Mais l’aventure se termine par une rupture de contrat en raison d’un désaccord avec son entraîneur, Pierre Berbizier, en février dernier. Ambiance tendue. Devant les médias, Chabal critique ouvertement les choix sportifs de son entraîneur et notamment le système de jeu qu’il a mis en place. Son ancien entraîneur dégaine à son tour : "Ce fonctionnement lui a permis de se repositionner au plus haut niveau, alors que plus personne n’en voulait. D’ailleurs, je constate que Marc Lièvremont ne l’a pas fait participer au Mondial 2011. Lièvremont était nul, et je suis moi-même incompétent. Mais je vois que Philippe Saint-André, avec qui il a de bonnes relations, ne l’a pas repris et dans le même temps, il reprend Nallet, qui a un an de plus”. Un clash supplémentaire. Rien ne va plus entre les deux hommes.

Starifié

Il faut dire qu’à 34 ans, Sébastien Chabal traîne dans le monde du rugby une réputation de grande gueule. Réputation qui l’a souvent desservi, notamment la saison passée, où il a écopé de plusieurs semaines de suspension après avoir critiqué un arbitre.
Mais c’est surtout en dehors des terrains qu’il a construit sa légende. Avec sa barbe, ses cheveux longs et son regard perçant, Chabal dégage une sorte d’aura qui plaît au public. "Sa notoriété provient, bien sûr, de son physique reconnaissable, mais aussi par le fait d’avoir un nom court. Un nom qui claque comme une marque. Et puis, pour le public, c’est un mec sympa, un bon gars. Alors qu’il a une image de brute sur les terrains de rugby”, analyse Pascal Irastorza, l’agent chargé de son image.
C’est même une véritable histoire d’amour qui va se tisser entre Chabal et le public depuis le mondial 2007 organisé en France. Les supporters cherchent un nouveau Zidane, une sorte d’idole à qui s’identifier. A cette époque, Chabal est starifié. Devenant l’icône d’un sport guerrier venu concurrencer l’hypermédiatisation du football. Une chanson est même créée en son honneur et les publicitaires s’arrachent ses services. C’est à cette époque que débute sa collaboration avec Pascal Irastorza, spécialiste de la communication de crise des entreprises du CAC 40 et de personnalités comme Raymond Domenech. "A l’époque, il fallait recentrer sa communication. Il avait tendance à prendre la parole tout le temps et n’ importe où. Il fallait remettre des choses à leur place”, se souvient-il. Année après année, la "Chabalmania” prend de plus en plus d’ampleur. En 2010, il est même désigné sportif préféré des Français par L’Equipe Mag et sa statue entre au musée Grévin quelques mois plus tard. Aux côtés de Zinedine Zidane et Tony Parker.

Marketing

Pourtant, si Chabal a également gagné deux tournois des Six Nations avec les Bleus, son palmarès n’est pas vraiment à la hauteur de sa notoriété. Surfait Chabal ? "On peut se poser la question. Par rapport à son impact sur le rugby français, cette popularité est peut-être démesurée. En tout cas, les autres joueurs ne sont pas arrivés à générer autant d’enthousiasme”, analyse Eric Bayle, consultant rugby pour Canal +. Mais il peut quand même apporter beaucoup au LOU.
Notamment en termes d’image et de médiatisation. "C’est difficile de trouver mieux en France que ce joueur-là pour attirer un nouveau public. Il va renforcer le pouvoir d’attraction du club. Pas seulement chez les supporters, mais aussi chez les joueurs. Chabal connaît du monde, des joueurs de qualité, il peut faire travailler son réseau, et même attirer des sponsors”, explique Eric Bayle. D’ailleurs, les retombées de l’arrivée de Chabal, qui touchera 250 000 euros net par an, n’ont pas tardé à se faire sentir. Quelques jours après son arrivée, une autre grande figure du rugby français a signé à Lyon : Lionel Nallet. L’ami de toujours.
Mais au-delà de l’aspect marketing, qu’est-ce que Chabal peut apporter sportivement au LOU ? La réponse est moins évidente. "Je pense que pour évoluer au plus haut niveau européen ou en équipe de France, il est fini. Mais il a encore deux bonnes années à faire, surtout dans un club qui n’est pas appelé à jouer tout de suite le très haut niveau. Pour une équipe de milieu de tableau, c’est un bon choix que de recruter Chabal”, commente Eric Bayle. Une analyse que ne partage évidemment pas Pascal Irastorza. "Quand nous étions en Australie, il a eu des contacts avec des clubs de très haut niveau, preuve qu’il n’est pas considéré comme fini sur la planète rugby”. Questionné sur ce thème, le principal intéressé a préféré donner rendez-vous à ses détracteurs sur le terrain, la saison prochaine. "Vous verrez bien si je suis fini”, a-t-il déclaré le jour de son arrivée à Lyon. Il sera en tout cas l’attraction de la saison prochaine en Pro D2 avec le LOU. Et c’est déjà un bon point pour ce club qui ne veut pas tomber dans l’anonymat.

Article publié dans Mag2Lyon de mai 2012
A lire dans l le numéro du mois de juin, actuellement en kiosque, en rubrique sport : "Cris se confie” La non-qualification en Ligue des champions, les transferts, mais aussi son niveau de jeu ou son avenir... Le défenseur de l’Olympique lyonnais s’explique.

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