Un Lyonnais star du rock   en Chine

Date de publication : 04/06/2012

À 33 ans, Christophe Hisquin, dit Dantès Dai Liang, est une véritable star en Chine. C’est l’un des rares Français à chanter en Chinois. Retour sur le parcours de ce Lyonnais qui n’a jamais rien fait comme les autres.  Par Nadège Michaudet

A Lyon, Christophe Hisquin a l’impression de se ressourcer. Il marche dans la rue sans déclencher une émeute, peut s’arrêter boire un café en terrasse sans être obligé de signer des autographes. Alors qu’en Chine, tout le monde le connaît. Car ce Lyonnais touche à tout est omniprésent : shows télé, concerts, interventions dans les plus grands médias du pays... Il faut dire qu’il est l’un des très rares français à composer et chanter ses textes en mandarin. De quoi plaire aux 1,3 milliard d’habitants.

Christophe Hisquin a montré qu’il avait un caractère bien trempé. Enfant, il rêve de devenir joueur de tennis professionnel, mais ses parents ne sont pas d’accord. Trop risqué. Fan de Jean-Michel Jarre, Christophe Hisquin décide d’opter pour une autre voie : la musique. Pas plus rassurant. Mais le jeune garçon est obstiné. À 8 ans, il prend ses premiers cours de musique. De l’orgue électronique. Il enchaîne avec la batterie, puis se met à écrire ses propres textes. En parallèle, il intègre le collège Jean Moulin de Lyon, où il décide de faire du chinois en première langue. "L’anglais c’était trop classique et l’Allemand trop pénible” se souvient-il, amusé. Un choix surprenant car, au début des années 90, le chinois n’est pas très tendance. D’ailleurs, Jean Moulin est le seul établissement français à proposer cette option, à l’époque. Très vite, Christophe Hisquin se passionne pour cette langue et la poursuivra jusqu’à l’obtention d’un doctorat. Ses parents le rêvent alors professeur d’université ou businessman. Mais, une fois de plus, il va en décider autrement.

Séries B

A 17 ans, alors qu’il est en classe de première, Christophe Hisquin part en voyage scolaire d’un mois en Chine. Il rencontre Cuijian, l’artiste qui a fait découvrir le rock aux Chinois. "A l’époque, il était mal vu par le gouvernement et ne pouvait pas se produire sur scène” raconte Christophe Hisquin, qui est ébloui par cet univers, un mélange permanent de modernité et de tradition. En 2000, alors qu’il intègre l’université de Lyon, il obtient une bourse d’études lui permettant de retourner en Chine pendant un an. Il atterrit à Shanghai, une ville impressionnante qui ne dort jamais. Christophe Hisquin est sous le charme et, très rapidement, cet occidental se fait remarquer. Trois jours à peine après son arrivée, un photographe débarque dans le bâtiment où il loge pour "caster” les étudiants. Son objectif : trouver un blanc qui parle Chinois pour jouer dans des séries télévisés. Christophe Hisquin est immédiatement choisi. Il enchaîne alors les rôles dans des séries B style "Hélène et les garçons” pendant un an. Il fera aussi quelques apparitions dans des films pour le cinéma. Des figurations, puis des petits rôles, qui sont très bien payés mais qui permettent surtout à Christophe d’améliorer encore son Chinois et de tisser des contacts intéressants dans l’univers de la télé. D’ailleurs, la même année, on va lui proposer de participer à des concours de chant dans des émissions spécialisées, style "Graine de stars”, où des étrangers doivent chanter en Chinois. Une fois encore, Christophe Hisquin tente de se démarquer en chantant ses propres compositions en mandarin. Ses prestations font sensation, d’autant plus que ces programmes sont suivis par 400 millions de téléspectateurs. Résultat: les gens commencent à le reconnaître dans le métro.

Graine de star

Mais après un an à Shanghai, Christophe Hisquin doit rentrer en France. Il tente sa chance dans la musique en enregistrant un premier album, "Parfum d’extrême” en 2003. "Un album enregistré en Chinois à Villefranche-sur-Saône !” s’amuse le jeune artiste. Son ingénieur du son est perplexe. Mais Christophe Hisquin persévère avec un objectif clairement affiché : retourner en Chine et conquérir le pays, convaincu qu’il faut chanter en mandarin pour convaincre ce public si nombreux.
En 2004, il choisit logiquement un sujet de thèse en lien avec sa passion : l’industrie de la musique en Chine. Il obtient une bourse de deux ans, lui permettant de retourner à Shanghai. Il découvre alors à quel point la musique est importante dans la vie des Chinois. De vrais passionnés de karaoké. Il se met à travailler de nouveaux textes, à enrichir sa musique... Et surprise de taille : il est invité sur CCTV, l’équivalent de TF1 en France, dans un programme suivi par 800 millions de personnes. Un graine de star national. Christophe Hisquin termine 3e de ce concours. Il est alors contacté pour intervenir dans des shows TV. On lui propose même de présenter des émissions sur la culture française.

Hello Kitty

Depuis, il est devenu une véritable star en Chine. "Je suis le Français qui chante en Chinois” reconnaît-il amusé. Il a même pris un nom de scène chinois, Dai Liang. "Quand on le prononce en Chinois, on a l’impression d’entendre "De Lyon”. Ça signifie aussi "qui porte la lumière” explique-t-il. Un joli hommage à sa ville d’origine, où il revient environ trois mois par an, ce qui lui permet de décompresser, loin de l’euphorie chinoise qu’il provoque, depuis qu’il a sorti deux albums, "Parfums d’extrêmes” et "Dailiang”. Deux albums qui ont plu aux Chinois, très contents de voir un Français chanter dans leur langue. Mais Christophe Hisquin ne souhaite pas communiquer de chiffres. En tout cas, cela lui a ouvert les portes d’Ulys Music, un des plus grands producteurs de musique, qui s’est occupé de la production du nouveau single de l’artiste Lyonnais, "Shanghai”. Il collabore aussi régulièrement à de nombreuses émissions télé avec des stars chinoises et a même été choisi par Hermès pour présenter des événements majeurs de cette célèbre marque en Chine.
En attendant son prochain voyage en France, il prépare un clip vidéo, mettant en scène une relation amoureuse, qui doit sortir en mai dans toute la Chine. Un clip très différent de ce que les Chinois ont l’habitude de voir. "Sans tout le côté Hello Kitty, les sourires un peu niais...” explique Christophe Hisquin. Il veut aussi développer un nouveau style de musique : la French Mando Pop. La pop chinoise à la Française, plus cool. Car ce pays en pleine effervescence offre des perspectives infinies de développement et d’innovation. Sans problème de censure. "Même si pour être diffusé sur les chaînes télévisées, il ne faut pas aller contre le système” admet Christophe Hisquin. Car ce Lyonnais de 33 ans a bien compris qu’il fallait transmettre un message positif du pays, et s’épargner de parler de politique. "Il ne faut pas que l’étranger devienne quelqu’un de critique” conclut-il. Pour éviter de voir sa carrière sombrer du jour au lendemain.

Article publié dans Mag2Lyon de mai 2012

A lire dans le numéro du mois de juin, actuellement en kiosque, en rubrique culture :
Sébastien Lemoine, le chanteur des Stentors formé à Lyon, un cahier spécial festivals de l’été

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