Montpellier, un exemple pour Lyon ?

Date de publication : 10/07/2012

Alors que les clubs lyonnais montrent des signes d’essoufflement cette saison, la ville de Montpellier brille. De là à devenir un exemple ?  Par Stéphane Damian-Tissot

Le 20 mai 2012, après une victoire sur la pelouse d’Auxerre (2-1), Montpellier remporte son premier titre de champion de France de football. Une sacrée performance pour le 14e  budget de Ligue 1 à la lutte jusqu’au bout avec le Paris Saint-Germain et ses millions qataris.
Mais ce succès du "petit” contre le "gros” n’est pas si surprenant. Il confirme seulement la place de plus en plus importante que prend cette ville dans le sport français. Car en plus de ce titre, Montpellier a également fini premier en handball, son club de basket féminin est toujours en course et les rugbymen ont atteint les quarts de finale du Top 14. Une belle réussite pour une ville deux fois plus petite que Lyon. A l’inverse, les clubs lyonnais ont connu une année 2012 difficile. Pour la première fois depuis 1999, l’OL n’est pas parvenu à se qualifier pour la Ligue des champions, l’Asvel en basket a vécu la pire saison de son histoire, le LOU en rugby et l’Asul en volley n’ont pas réussi à se maintenir au plus haut niveau...

Frêche

Comment expliquer la réussite montpelliéraine ? Pour comprendre, il faut remonter 35 ans en arrière, en 1977. A cette époque, un seul sport fait parler de lui à Montpellier : le volley-ball. Mais un homme va changer la donne : Georges Frêche. Elu maire de Montpellier, ce professeur d’université voit le sport comme une marque d’identité forte. "Dans une région où une personne sur quatre est licenciée d’un club, il a compris que le sport pouvait être un ciment important”, analyse Rémy Féry, le président du club de Handball de Montpellier. "C’était un visionnaire”, renchérit Jacques Martin, le vice-président de l’agglomération délégué au sport.
Au fil des années, Frêche prend de plus en plus de poids dans la région. Il devient président de la Région et de l’agglomération. Il centralise donc tous les pouvoirs. Une situation avantageuse à l’heure de déterminer les subventions accordées au club, ou de décider de la construction d’une infrastructure... Les collectivités locales participent activement au financement des budgets des clubs puisqu’à elle seule, l’agglomération donne déjà près de 12 millions d’euros aux équipes professionnelles, tous sports confondus. Contre 6 millions environ pour le Grand Lyon.
Le club de hand de Montpellier voit, par exemple, son budget financé à 45 % par les collectivités publiques. "C’est un partenaire privilégié. Cela nous permet de conquérir des partenariats privés”, développe Féry.

Infrastructures

Pour compléter leur budget, les clubs ont aussi pu compter sur le groupe Nicollin et sur le soutien du président du Montpellier Hérault Sport Club. Entre 1999 et 2009, le Lyonnais Louis Nicollin a été, par exemple, l’un des principaux sponsors du club de rugby de la ville. Une aide précieuse. "Il y avait une grande complicité entre Frêche et Nicollin malgré leur caractère différent. Ils étaient devenus très complices”, explique Jacques Martin.
L’autre point fort de ces équipes réside dans leurs infrastructures. Si en football, le Stade de la Mosson n’a pas connu de vraie rénovation depuis 1997, un projet est en cours pour les prochaines années à hauteur de 50 millions d’euros. Mais les deux autres sports majeurs de la ville ont un bel équipement neuf. En handball, le club montpelliérain joue désormais ses grands matches à l’Arena. Cette salle, capable d’accueillir jusqu’à 9 000 personnes, a été inaugurée en septembre 2010. Son coût : 68 millions d’euros, financés à 23 millions d’euros par les collectivités, 4 millions d’euros par les partenaires privés et 41 millions sous forme de partenariat public-privé. Et au rugby, le club dispose également depuis 2007 d’une enceinte, le stade Yves-du-Manoir, de 14 700 personnes pour un coût de 63 millions d’euros, financés presqu’entièrement par les collectivités locales. Initié un peu après les années 2000, ces projets ont été mis en œuvre récemment. "Dans la situation économique actuelle, ça devient plus difficile de réaliser de tels investissement. Il y a 5 ans en arrière, on était dans les phases assez dynamiques et d’investissement”, analyse Féry. Grâce aux services qu’ils proposent et à la billetterie, ces clubs ont désormais plus de moyens.
Autre particularité locale, ces projets ont été construits dans des délais relativement courts. "Quand il y a eu des désaccords, tout s’est réglé rapidement. Parfois, à marche forcée”, explique Lévy. 
Une situation qui contraste avec Lyon où les projets peinent à aboutir. De plus, l’OL et de l’Asvel sont obligés de presqu’entièrement autofinancer respectivement leur nouveau stade, sauf les infrastructures d’accès, et leur nouvelle salle. 

Formation

Dans l’historique des trois clubs phares de Montpellier, il faut aussi souligner un élément semble central : la performance de leur centre de formation. De grands joueurs français en sont sortis comme Laurent Blanc en football, François
Trinh-Duc en rugby, ou encore Nikola Karabatic en handball. "Les parents nous disent qu’ils préfèrent les mettre chez nous car ils savent qu’ils joueront”, confirme d’ailleurs le président du Montpellier handball.
Environ 60 % des joueurs des clubs de Montpellier sortent de ces centres. Une vraie culture qui permet au club de pouvoir renouveler son vivier de pros, année après année. Mais aussi faire des économies sur les transferts. Dernier exemple en date, le club de football. Lors du mercato 2011, Louis Nicollin n’a dépensé que 2 millions d’euros. Une somme dérisoire comparée aux 104,5 millions d’euros investis par le PSG. "Je préfère former des joueurs plutôt qu’acheter des stars. En plus, on est même pas sûr que ces fameux grands joueurs seront bons”, explique Louis Nicollin.
Tous les voyants sont donc au vert pour cette ville du sud de la France. Mais de là à devenir un modèle à suivre, il y a un pas que Louis Nicollin ne franchira pas. "Dominer le handball comme on le fait, c’est pas difficile. Six ou sept millions d’euros de budget suffisent. Ça permet de se payer les meilleurs joueurs, les meilleurs entraîneurs, mais en football, on aura du mal à rivaliser avec les équipes comme Paris, Lyon et Marseille sur le long terme. Même si notre club est solide", pondère-t-il avant de conclure : "Si chaque année on prend la sixième place du championnat, ça me va”. 

Article publié dans Mag2Lyon de juin 2012

A lire dans le numéro du mois de juillet-août, actuellement en kiosque, en rubrique Sport :
• FOOT "Le centre de formation ne remplit pas son rôle” Après l’élimination de l’équipe de France à l’Euro et l’attitude de certains joueurs, les critiquent fusent. Mais pour l’ancien joueur de l’OL, Vikash Dhorasoo, c’est tout le système et notamment les centres de formation qui doivent être remis en cause.

• JO. Les chances de médailles Du 27 juillet au 12 août prochain, de nombreux athlètes originaires de la région Rhône-Alpes vont tenter de ramener une médaille des Jeux olympiques de Londres. Mag2 Lyon a sélectionné les principaux favoris.
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