L’hypnose, l’anesthésie naturelle

Date de publication : 16/08/2012

Longtemps décriée, l’hypnose fait son entrée dans les hôpitaux et cliniques. Pour lutter contre la douleur, mais aussi pratiquer des examens invasifs et même pour réaliser des opérations chirurgicales. Interview du Dr Don-Pierre Giudicelli qui utilise l’hypnose avec les enfants opérés au Val d’Ouest.


Comment vous définissez l’hypnose ?

Don-Pierre Giudicelli : L’hypnose est un état naturel. On en fait tous sans le savoir. L’exemple typique, c’est la conduite sur une grande distance. Vous arrivez à un endroit et vous vous ne souvenez plus être passé par telle ou telle ville. Pourtant, vous avez conduit, vous étiez en toute sécurité. Mais votre cerveau, consacré à sa tâche, a supprimé les sensations externes ou internes. C’est donc un état de conscience focalisé. Et plus la tâche est agréable, plus on fait abstraction de ce qui se passe autour. Mais il faut aussi dire ce que l’hypnose n’est pas.

L’hypnose n’est pas quoi ?

Ce n’est pas un état de sommeil. Ce n’est pas de la manipulation mentale. On ne peut pas hypnotiser quelqu’un contre son gré. Et il est impossible de lui faire faire quelque chose qu’il ne veut pas faire. Or c’est encore une des fausses idées qui circule sur cette technique et qui freine son développement.

Mais certains shows spectaculaires tendent à montrer le contraire !

Mais ces shows sont truqués. Les personnes sont volontaires et les "sceptiques” sont systématiquement écartés. Ces spectacles nous font beaucoup de tort, car on galvaude cette technique. Ça devient une sorte de jeu, alors que l’hypnose fait l’objet de démonstrations scientifiques et qu’elle peut être utile sur le plan médical.

Quels sont justement ses usages médicaux ?

Elle est aujourd’hui utilisée pour lutter contre certains problèmes psychiques, comme les angoisses et les phobies. Mais en tant qu’anesthésiste, je l’utilise pour les douleurs chroniques et des petites interventions chirurgicales. Notamment chez les enfants qui sont très réceptifs à l’hypnose.

Pourquoi les enfants sont très réceptifs ?

Parce qu’ils ont une grande capacité d’imagination. Une capacité que les adultes ont tendance à perdre au contact des réalités quotidiennes. Mais tout le monde est hypnotisable, à condition de le vouloir. Bien sûr, certains ont plus de mal à lâcher prise. Et d’autres sont contre-indiqués, à savoir les psychotiques. Mais ce sont des cas rares.

Les opérations pratiquées sous hypnose aujourd’hui ?

Des interventions cutanées, des endoscopies... On ne réalise pas des opérations à cœur ouvert ou des interventions trop longues. Quoiqu’une équipe ait réussi des mastectomies, donc des ablations du sein suite à un cancer, avec une reconstruction.

Mais quel est l’intérêt de l’hypnose pour le patient ?

Pour moi, le plus important, c’est qu’il devient acteur du soin. Il ne "subit” plus l’intervention, n’est plus juste un organe malade. Ce qui change tout. Notamment pour les enfants. L’expérience éventuellement douloureuse devient positive. Et puis, l’hypnose permet de mieux gérer le stress de l’opération.

Mais ça ne permet pas de supprimer l’anesthésie traditionnelle ?

L’hypnose permet souvent d’éviter l’anesthésie générale au profit d’une anesthésie locale. Ensuite, elle permet de réduire considérablement les doses de produits. Ce qui veut dire une meilleure récupération, moins d’effets secondaires… Ce qui n’est pas négligeable. Mais je ne vois pas l’intérêt de se passer d’une anesthésie locale qui est presque sans conséquence. L’hypnose est un complément.

Le rôle du praticien ?

Milton Erickson, le pape de l’hypnose, a démontré dans les années 50 que c’est le patient qui se met en hypnose. Le praticien est là pour l’aider, trouver la clef vers un état de bien-être, de transe, grâce à des techniques de communication et de confusion mentale. En fait, c’est comme gravir une montagne. Le praticien apporte la corde, mais ce n’est pas lui qui tire. Et ça peut aller très vite, sans aucun test préalable.

Pourquoi les anesthésistes qui sont d’abord des "spécialistes du médicament” s’intéressent

à l’hypnose ?
L’anesthésie chimique a beaucoup progressé. Il y a de moins en moins de contre-indications. On fait de moins en moins d’anesthésies générales. Notre souci majeur en tant que médecin n’est plus la survie, mais le confort postopératoire, la lutte contre la douleur
chronique qui joue sur la guérison. Mais on s’aperçoit que certains patients ne sont pas satisfaits ou ont encore mal. Malgré toute la chimie disponible. Donc qu’il faut élargir notre horizon et encore progresser en utilisant d’autres techniques. Même si elles semblent éloignées de notre formation initiale.

Mais cette technique existe depuis des siècles, pourquoi l’utiliser seulement aujourd’hui ?

En fait, dans les années 1840, un chirurgien britannique, James Esdaile, est parti aux Indes et a rapporté des résultats impressionnants grâce à l’hypnose, puisque les patients survivaient. Mais c’est aussi à cette époque qu’on a découvert le chloroforme, donc l’anesthésie chimique, avec des résultats plus réguliers et plus sûrs.
On a donc logiquement privilégié cette voie. Aujourd’hui, on a atteint certaines limites. Donc on tente d’explorer de nouvelles pistes.

Il reste des sceptiques dans le milieu médical ?

Oui. Mais c’est comme quand on a remplacé l’anesthésie générale par l’anesthésie locorégionale qui était beaucoup moins agressive pour le patient. On se demande si la technique va marcher, si ça vaut le coup, si on va perdre du temps… Il existe forcément un frein organisationnel. Et puis, l’hypnose implique l’adhésion de toute une équipe. Notamment du chirurgien, à qui l’anesthésiste doit amener du confort, pas un stress ou une
inquiétude supplémentaire. Donc il faut que tout le monde soit convaincu et formé. Mais beaucoup d’anesthésistes lyonnais s’intéressent à cette technique aujourd’hui.

Article publié dans Mag2Lyon de juin 2012

A lire dans le numéro du mois de juillet-août, actuellement en kiosque, en rubrique santé :
Un espoir suisse pour les paralysés. Une équipe de l’Ecole Polytechnique de Lausanne a réussi à faire remarcher des rats dont la moelle épinière était presque totalement sectionnée. Les explivations du Français Quentin Barraud, membre de ce laboratoire.

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