Astier, lequel choisir ?

Date de publication : 13/09/2012

Le Lyonnais Alexandre Astier a une actualité bien chargée. Sa pièce, "Que ma joie demeure”, a cartonné à Paris puis au théâtre de la Croix-Rousse, et devrait partir en tournée en septembre. Tandis que son premier film, "David et Madame Hansen”, est sorti en salle le 29 août. Deux styles bien différents. Comparatif.

CINÉMA

L’histoire : David, un jeune ergothérapeute doit accompagner madame Hansen, une des patientes de la clinique, acheter des chaussures en ville. Mais elle souffre de
problèmes de mémoire. Ce qui est très angoissant car il faut sans cesse lui rappeler où elle est, qui l’accompagne... Au départ, David suit le protocole médical à la lettre. Mais il va vite être intrigué par cette richissime femme sans famille, insolente et provocatrice. Et la sortie en ville va durer plus longtemps que prévu...

Le style : Dès les premières images du film, on sent que le sujet traité va être délicat. On est plongé dans le quotidien d’une clinique, avec des médecins et des aides-soignants un peu désabusés, se contentant de proposer des activités aux patients, sans jamais essayer de bouleverser un peu leur quotidien. Et en leur donnant en permanence des médicaments pour calmer leurs angoisses. Quand David entre en contact pour la première fois avec madame Hansen, on sent qu’il est déjà un peu hors de ce formatage.
Il lui apporte d’ailleurs des fleurs, qu’elle refuse sans ciller : "Vos fleurs, vous avez pensé à vous les coller au cul !”

Le décor : Le film démarre dans une clinique suisse très chic. David conduit ensuite sa patiente en ville dans une boutique de chaussures. Mais rapidement, le voyage va se prolonger jusqu’à Aix-les-Bains, à une adresse que
madame Hansen conserve sur elle, écrite sur un morceau de papier. Ce qui donne des images très jolies des paysages suisses et du lac du Bourget.

La surprise : Le duo Adjani-Astier est parfait. Pourtant, au départ, le Lyonnais avait fait appel à Alain Delon. Mais après un clash entre les deux hommes, il a décidé de
proposer son scénario à Isabelle Adjani. Et il a bien fait, car l’actrice est parfaite dans le rôle de cette femme en plein désarroi. Au fur et à mesure que l’histoire avance, un vrai lien se tisse entre les deux personnages. Emouvant.

Le regret : Sans dévoiler la fin, on regrette quand même un peu ce final qui manque d’originalité. Alors que tout le reste du film est vraiment très réussi.

La réplique qui tue : "Vous en avez de la chance avec votre tête de pizzaïolo”. C’est ce que dit madame
Hansen à David quand il lui présente sa fiancée. On retrouve l’humour d’Astier. Et c’est encore plus drôle quand on sait qu’il a écrit le scénario et que ce genre de répliques s’adresse à son propre personnage. Sortant de la bouche d’Adjani, c’est aussi assez surprenant.

La prestation d’Astier : En entrant dans la peau de David, Alexandre Astier est totalement à contre-emploi. Loin des personnages qu’il incarne habituellement. Plus sérieux, plus introverti... C’est une belle surprise de le découvrir dans un rôle différent. Une belle performance.

THÉÂTRE

L’histoire : "Que ma joie demeure” plonge le public au XVIIIe siècle, dans le quotidien du célèbre compositeur Jean-Sébastien Bach. Le maître doit donner un cours de musique à un public amateur lors des journées portes ouvertes de l’université. Malgré une demande de dispense, il est contraint d’assurer cette journée découverte. A son grand regret.

Le style : Un monologue d’1h30 sur Bach. A première vue, rien de comique. Mais c’était sans compter sur le talent d’écriture d’Alexandre Astier. Dès les premières minutes, le ton est donné et jusqu’à la fin, la pièce se veut très drôle. Voire politiquement incorrecte. Comme quand Astier s’adresse au public, "des nuls qui n’y connaissent rien”, leur demandant de ne rien voler en partant.

Le décor : C’est Jean-Christophe Hembert, alias Karadoc dans Kaameloot, qui a assuré la mise en scène de ce spectacle. Et c’est très réussi. D’un côté de la scène, un clavecin et un tableau noir. On est dans la salle de cours de l’université. De l’autre, l’église, matérialisée très simplement pas un banc. Le jeu de lumière fait le reste. Notamment quand Bach se confesse. Une simple lumière blanche projetée contre le mur et on se retrouve dans l’intimité d’un confessionnal. Simple, mais très efficace.

La surprise : On découvre un Alexandre Astier grand mélomane. Et quand il se met à jouer du clavecin, on est carrément épaté. Idem quand il interprète un air de viole de gambe. Coup de cœur pour le passage où il explique les différentes musiques du monde. Il arrive à jouer le même air sur des rythmes très différents. Une belle maîtrise.

Le regret : Cette pièce dure 1h30. Mais on rit tellement que ça passe trop vite. On a envie d’en voir plus, et c’est presque à regret qu’on quitte le théâtre.

La réplique qui tue : "Veuillez m’excuser d’avoir picolé.” C’est ce que confie Bach au curé lors d’une confession. Mais on sent bien que le Luthérien n’est pas habitué à l’exercice. D’ailleurs, le prêtre le reprend sans cesse lui demandant de reformuler sa phrase : "Veuillez m’excuser de m’être rendu ivre.” Bach lui répondant avec humour et cynisme : "Si je me suis rendu ivre, c’est que j’ai picolé. Donc essayez de faire un effort, sinon on ne va pas s’en sortir !” Une fois encore, c’est drôle et décalé.

La prestation d’Astier : Dans son costume de Bach, avec sa perruque poudrée, Alexandre Astier est parfait. On retrouve des traits de caractère proches de ceux du roi Arthur, son personnage dans Kaameloot. Deux hommes râleurs, inquiets... Mais avec le même humour. Les fans de Kaameloot ne peuvent qu’apprécier. 

VERDICT

Deux styles différents mais tous les deux très réussis. Avec sa pièce de théâtre, Alexandre Astier confirme qu’il est
un auteur de talent, avec un pouvoir comique hors norme. Tandis que son
premier film en tant que réalisateur
permet de découvrir un style de jeu différent. Une chose est sûre : Alexandre Astier a plusieurs cordes à son arc et il
n’a pas fini de nous surprendre.
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