Manaudou, famille en or

Date de publication : 10/10/2012

Contre toute attente, Florent Manaudou a décroché la médaille d’or sur 50 mètres nage libre à Londres. Huit ans après Athènes où Laure remportait trois médailles. Reportage au cœur d’une famille peu ordinaire.


Quelques jours seulement après le sacre de Florent Manaudou sur 50 mètres nage libre au Jeux Olympiques de Londres, Olga et Jean-Luc Manaudou nous ont reçus dans leur maison située sur la commune de Loyes, dans l’Ain. Une maison banale qui a la particularité de ne pas avoir de piscine... Le couple nous accueille dans la cuisine en compagnie de leur chien et de Cacao, le perroquet de Nicolas, leur fils aîné. En toute simplicité. Sur le buffet, un "trésor” : la médaille d’or de Florent que son père nous montre avec fierté. Posée dans son écrin violet, elle est impressionnante.
Pendant près d’une heure et demi, les parents Manaudou vont revenir sur l’enfance de leurs "prodiges”, tous les trois nés entre 1985 et 1990. Un faible écart qui leur a permis d’être assez proches. Les deux aînés, Nicolas et Laure, ont même un an de différence jour pour jour. Très tôt, Olga et Jean-Luc Manaudou emmènent leurs enfants à la piscine d’Ambérieu tous les dimanches. "Juste pour leur apprendre à nager !”, souligne le père. D’ailleurs, les Manaudou ne sont pas encore décidés. Ils essaient de nombreux sports. Le hand pour les garçons, l’athlétisme et le judo pour Laure où ils montrent déjà de réelles qualités physiques (voir encadré). Il faut dire que les parents sont des sportifs accomplis. Avec son 1 m 95, Jean-Luc a joué au handball à un bon niveau avant de devenir entraîneur alors que sa femme s’est illustrée en badminton. Passionnés, les Manaudou ont donc encouragé leurs enfants. "Sans les pousser” précise Olga. Une analyse que nuance le fils aîné : "Ils nous ont un peu motivés. Mais on aurait pu passer à côté de quelque chose s’ils ne l’avaient pas fait”

Victoires

Entre un combat, une course ou un match, les jeunes Manaudou continuent la natation. A 6 ans, ils sont même inscrits au club d’Ambérieu. Une heure par semaine surtout pour "être avec les copains et les copines”. Pour Nicolas, cette activité s’avère vite un peu "chiante” alors que Laure s’éclate. "Avec ses larges épaules et ses grands bras, elle glissait très bien dans l’eau”, se souvient le père. A 9 ans, la future championne dispute ses premières compétitions et remporte ses premières courses. "Laure remportait des courses en département, donc on l’a fait nager en région. Puis comme elle gagnait en région, elle a disputé les championnats de France... Mais il n’y avait aucune stratégie de notre part. Tout s’est fait au fils du temps”, analyse Jean-Luc. En 2001, alors qu’elle n’est âgée que de 14 ans et demi, Laure Manaudou réalise l’exploit, lors des championnats de France, de finir 2e sur 100 m dos derrière la plus grande nageuse de l’époque, Roxana Maracineanu. Pendant cette compétition, la gamine d’Ambérieu bat des sportives de cinq à six ans plus âgées qu’elle. "A partir de ce moment, on s’est dit qu’elle pouvait peut-être faire quelque chose de grand dans ce sport”, se souvient Olga Manaudou. La même année, Laure devient vice-championne d’Europe juniors sur 50 et 100 mètres dos.
Petit à petit, les 25 mètres du bassin d’Ambérieu paraissent un peu justes. "Il fallait qu’elle ait plus d’entraînement, un préparateur physique pour faire de la musculation... Pour tout cela il faut des budgets que le club ne pouvait pas lui offrir. Ne pas rester et partir aurait pu retarder sa progression”, raconte sa mère. Les meilleurs clubs français de la discipline lui font alors les yeux doux. Toulouse, Châlon-sur-Saône, Melun... tous rêvent de l’accueillir. Finalement, la jeune Laure ira à Melun suivre les enseignements de Philippe Lucas, un entraîneur déjà réputé à l’époque. "Là-bas, il y avait tout. Un bassin de 50 m, un collège et un entraîneur compétent. Lucas a beaucoup insisté pour que Laure signe chez lui”, se souvient Jean-Luc. Impressionné par les performances d’une nageuse qui ne s’entraîne qu’une fois par jour alors que toutes ses adversaires ont droit à deux sessions, Philippe Lucas détecte le potentiel de Laure. Il en fera une véritable championne plus de 50 fois championne de France, 9 fois championne d’Europe en grand bassin, 3 fois championne du monde et surtout triple médaillée olympique.
Même si c’est pour le bien de leur fille, la période n’est pas facile à vivre pour la famille Manaudou. "Laisser partir son enfant à plus de 4 h de la maison ça ne fait jamais plaisir. Au départ, elle revenait au moins une fois par mois. Mais, petit à petit, avec les compétitions, c’était moins fréquent. On n’a jamais trop su comment nos fils ont vécu cette période”, confie Olga. "On a rapidement pris l’habitude de cette situation mais on était content de se retrouver”, explique Nicolas Manaudou, qui à l’époque avait 16 ans. "Ils avaient chacun une chambre mais dès que leur sœur revenait, il dormait tous dans une seule”, se souvient amusé Jean-Luc.

Camping

L’été et les grandes vacances permettent également au trio de se retrouver. Chaque année, c’est le même rituel puisque la famille part en camping, le plus souvent dans les Hautes-Alpes. "On choisissait tout le temps des campings avec des grandes piscines ! Ils faisaient parfois des courses tous les trois mais il n’y a jamais eu de jalousie ou d’esprit de compétition entre eux”, explique Olga Manaudou.
Pendant que Laure enchaîne les médailles, les deux frères continuent le sport et notamment la natation. Si Nicolas arrête vers 12 ans, Florent, lui, continue. Malgré quelques déceptions. "Florent était très rapide et il gagnait beaucoup de courses. Puis à un moment donné, les autres nageurs ont grandi plus vite et ça devenait plus compliqué pour lui. Il fallait lui faire comprendre qu’il allait les rattraper”, explique son père. "A de nombreuses reprises, il a voulu tout plaquer pour se mettre au hand”, complète son frère qui l’entraîne à l’époque.
Au delà de sa taille, le benjamin de la famille a aussi une certaine pression sur les épaules. "Entre 2004 et 2005, tout le monde autour des bassins s’attendait à ce que Florent suive les traces de sa sœur. Je crois que ça a aidé à le dégoûter de la natation pendant un moment”, confie sa mère. Malgré cette période difficile, il s’accroche. Des efforts qui payeront puisqu’en 2007, Florent devient champion de France cadet sur 50 m nage libre. Son premier et seul fait d’arme avant sa victoire à Londres sur la même distance cet été. "Après sa victoire au JO, tout le monde a dit qu’il sortait de nulle part mais c’est faux. Il a fait tous les championnats de France depuis 12 ans et à chaque fois, il était sur un podium dans au moins une des courses”, déplore Jean-Luc.
Florent n’est pas le seul membre de la famille à avoir eu du mal à gérer la notoriété de Laure. "Le plus compliqué, c’était l’entourage de notre fille. Dès qu’elle a commencé à gagner, elle a eu beaucoup de copains. C’était compliqué à 17 ou 18 ans de faire comprendre à une adolescente que ces personnes étaient là par intérêt”.

Expérience

Entre 2003 et 2007, Laure Manaudou passe du statut de sportive de haut niveau à celui d’icône mondiale. Durant cette période, François Pinault devient son mécène, elle est  décorée de la Légion d’Honneur et devient la sportive
préférée des Français... Sa famille perd peu à peu le contrôle de la situation. "Elle était loin de nous. C’était compliqué de continuer à lui inculquer des valeurs à distance. A cet âge là, tout le monde lui disait qu’elle était la plus belle, la plus gentille. Avoir le discours inverse, ce n’est pas facile”.
Dans le même temps, après avoir tout gagné et tout donné pour la natation pendant les 20 premières années de sa vie, Laure Manaudou commence à avoir d’autres envies. En 2007, elle annonce l’arrêt de sa collaboration avec Philippe Lucas et son départ vers l’Italie pour aller rejoindre son petit ami de l’époque Luca Marin. Le début du déclin pour la championne. "Pour nous, ces pseudos-amis de l’époque lui ont monté la tête. Ils lui ont dit de profiter de la vie, d’aller en Italie... Malheureusement, elle a écouté toutes ces bêtises”, regrette son père. Mais ces proches n’auraient-ils pas pu lui faire entendre raison ? "A ce moment de sa vie, on ne pouvait rien dire à Laure. Elle fonçait tête baissée”, se souvient Nicolas.
S’en suivra une période compliquée. Tant sur le plan privée où des photos intimes de Laure sont dévoilées sur le net, que sur le plan sportif avec l’échec des JO de Pékin. "L’histoire des photos, ça n’a pas été simple, J’en ai très peu parlé avec mon frère mais je sais que ce n’était pas simple pour lui non plus. Mais d’un côté, il a vu ce qu’à vécu notre sœur et je pense qu’il est plus armé pour gérer sa nouvelle notoriété et ne pas tomber dans les mêmes pièges”, analyse l’aîné des Manaudou. Un diagnostic partagé par ses parents : "Cette notoriété arrive aussi à un âge plus avancé donc il est plus mature. Et puis il n’est pas le seul nageur à avoir des résultats. Il y a Yannick Agnel et Camille Muffat. Les projecteurs ne seront pas seulement braqués sur lui”.
Habitué toutefois à être dans l’ombre, Florent Manaudou va être désormais l’un des nageurs à battre. "Le plus dur commence pour lui désormais", lance son grand-frère.

"Me tester sur d’autres distances”

Tout juste auréolé de sa médaille d’or aux Jeux Olympiques, Nicolas Manaudou était de retour chez ses parents depuis moins de 24h quand Mag2 Lyon s’est rendu sur place. Sorti la veille retrouver ses amis et fêter son exploit, il est arrivé vers midi, un peu fatigué et les lunettes de soleil vissées sur les yeux. Il a toutefois accepté de revenir sur ces JO en prenant son petit déjeuner. "J’ai encore du mal à réaliser ce que j’ai fait. Au départ, j’étais seulement parti pour faire une finale. Du coup, je suis arrivé super détendu au moment venu et j’ai réalisé cette performance”, explique-t-il. Le jeune homme de 21 ans est revenu aussi sur l’importance qu’a eu sa sœur durant cette quinzaine. "On a été ensemble toute la première semaine. On se baladait jusqu’à tard le soir dans le village olympique. Elle m’a donné de nombreux conseils sur la façon d’appréhender les courses. Elle m’encourageait aussi et forcément ça a joué. Avoir un proche sur place, c’est un vrai avantage”.
Licencié du Cercle des nageurs de Marseille depuis l’an passé, le benjamin de la famille souhaite désormais s’essayer sur d’autres disciplines. "Je veux me tester sur d’autres distances et sur d’autres nages. Je sais que j’en ai la capacité. J’aimerais faire du 100 m nage-libre, du 100 m papillon et peut-être du 50 et 100 m dos. J’ai 4 ans pour bien travailler avant les prochains JO et je ne vais pas me prendre la tête, ni me mettre trop de pression.
Le sport c’est avant tout un plaisir”, analyse-t-il tout sourire.
Pour Nicolas, son frère et ancien entraîneur, les olympiades de 2016 pourrait d’ailleurs être celles de la consécration pour Florent. "C’est un peu tôt pour parler de tout ça mais je sais de quoi il est capable. S’il travaille bien, je pense qu’il pourra viser 3 médailles d’or”.

Article paru dans Mag2 Lyon de septembre,
retrouvez en kiosque Mag2 Lyon d’octobre

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