“Le temps des Régions est venu !”

Date de publication : 11/10/2012

Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a déclaré cet été qu’il faudrait aussi réformer les Régions, voire remettre en cause certains projets pour réaliser des économies. Analyse et réaction de Jean-Jack Queyranne, président PS du Conseil régional.


Où en est-on de la réforme territoriale promise par François Hollande ?

Jean-Jack Queyranne : Nicolas Sarkozy voulait remplacer les conseillers généraux et régionaux par un conseiller territorial, un concept hybride. Le Président de la République va le supprimer pour lancer une nouvelle étape de la décentralisation d’ici la fin de l’année, mais il y aura d’ici là une grande concertation.

Comment va se passer cette concertation ?

Les Etats généraux de la décentralisation auront lieu les 4 et 5 octobre au Sénat et le Conseil régional Rhône-Alpes va participer à un important travail préparatoire. Dans cette perspective, je réunis en septembre les grands exécutifs de la région Rhône-Alpes, c’est-à-dire les huit présidents de Conseils généraux et les treize présidents d’agglomération pour rencontrer Yves Krattinger, le rapporteur de ces Etats généraux. Du 16 au 19 octobre, nous allons aussi accueillir le congrès des régions de France qui sera sans doute marqué par des déclarations importantes.

Personnellement, quelle réforme vous souhaitez ?

Renforcer le pouvoir des Régions françaises qui sont encore des nains politiques par rapport à leurs homologues en Europe. Je pense que la réforme de l’Etat elle-même ne peut pas se faire sans une vraie décentralisation avec le transfert de nouvelles compétences aux Conseils régionaux. Je sais bien qu’il y aura des résistances car à droite comme à gauche, il y a des Jacobins qui croient encore qu’il n’y pas de salut en dehors de l’Etat. Mais pour moi, le temps des Régions est venu !

Vous espérez obtenir quelles nouvelles compétences ?

Il faut positionner les Régions sur les grandes décisions stratégiques en matière d’aménagement du territoire et d’environnement, d’économie, de formation et d’innovation, mais aussi sur la culture.

Et pour l’université ?

Le contenu de l’enseignement supérieur doit rester de la responsabilité de l’Etat. Mais les Régions sont devenues le premier financeur des investissements universitaires de recherche. Le Conseil régional Rhône-Alpes a investi 1 milliard d’euros entre 2005 et 2012 pour l’enseignement supérieur. Je souhaiterais qu’on crée une grande université Rhône-Alpes pour unir les forces. Dans le dernier classement international, les universités françaises sont encore mal positionnées. C’est d’ailleurs Grenoble qui est la meilleure. Il faut réagir.

Vous souhaitez affaiblir l’Etat au profit des Régions ?

Non. Je ne suis pas dans une logique fédéraliste. Je ne pense pas que les Régions doivent rémunérer les professeurs ou récupérer la compétence de la sécurité, comme c’est le cas dans d’autres pays européens. Mais on doit jouer un rôle de pilote et d’ensemblier dans certains domaines. Les premiers travaux pratiques de cette nouvelle décentralisation, ce sont les commissions d’engagement de la banque publique d’investissement qui doivent selon moi être fortement décentralisées.

Pourquoi cela vous semble indispensable ?

Parce que l’écosystème régional, c’est ce qui fonctionne bien en matière d’économie. Quand il faut venir aux côtés des entreprises pour des projets d’investissements, il faut des décisions adaptées et rapides. Il ne faut pas être obligé de faire remonter les dossiers jusqu’à une technocratie parisienne.

Vous voulez supprimer les Conseils généraux ?

Non. Mais il faut clarifier les compétences entre l’Etat et les collectivités locales. Les Départements doivent être recentrés sur le logement et le social.

Pas de changement pour les élus, conseillers régionaux et conseils généraux ?

Les élections régionales devraient être reportées en 2015 ou 2016, car notre mandat actuel avait été raccourci par la droite pour appliquer sa réforme. Mais le mode de scrutin ne devrait pas changer. En revanche, il est possible que des regroupements de Région soient proposés. Même si rien n’est tranché. On réfléchit aussi à l’élection d’un tandem homme-femme dans chaque canton pour assurer la parité aux conseils généraux.

Jean-Marc Ayrault, le premier ministre a affirmé que les Régions ne devaient pas échapper aux efforts de rigueur. Vous vous êtes senti visé ?

Non. Je pense que c’est un appel à ce que tout le monde soit vertueux. C’est vrai que la crise s’impose à tous. Mais en France, les Régions ne représentent que 2 % des dépenses publiques françaises. Il faut remettre tout cela à sa juste place. En revanche, on devrait supprimer les doublons avec des administrations d’Etat en matière économique ou d’environnement.

Mais vous avez l’impression d’avoir laissé filer les dépenses ?

Non. Le Conseil régional Rhône-Alpes a conservé son triple A. On emprunte 200 millions d’euros et l’Etat 180 milliards d’euros. Pour se rendre compte de la différence de proportions, il faut imaginer qu’il y a autant de différence entre une demi-journée et une année entière. L’Etat doit donc d’abord balayer devant sa porte.

Vous craignez d’avoir des problèmes de gestion dans les années à venir ?

On doit être vigilant pour que l’Etat ne nous transfère pas ce qu’il ne peut plus financer sans nous donner les moyens correspondants. Il faut jouer franc jeu avec un partenariat loyal. Pour l’instant, Jean-Marc Ayrault s’est engagé à les maintenir.

Vous continuez à beaucoup recruter ?

Non. On est stable depuis 2011. Il n’y a pas eu de création de poste. Et on compte le rester dans les années à venir. Aujourd’hui, la Région, c’est 6 000 fonctionnaires dont 4 600 Atos dans les lycées, 1 200 à notre siège à Lyon, et 200 dans nos antennes.

On vous reproche souvent d’avoir des effectifs pléthoriques...

Pourtant, Rhône-Alpes est à la 19e place sur 21 en termes d’effectifs par habitant.

Mais l’Etat veut faire des économies en annulant certaines lignes TGV ?

L’enquête publique pour Lyon-Turin, dont le résultat a été rendu en juillet, est positive. On attend maintenant le sommet franco-italien qui devrait confirmer l’engagement des deux pays d’ici la fin de l’année et qui devrait se tenir à Lyon. La Transalpine, l’association qui rassemble les milieux économiques sociaux favorables à ce projet et présidée par Franck Riboud, va se réunir en septembre pour confirmer sa mobilisation.

D’autres projets semblent en sursis !

Il y a effectivement des interrogations sur la ligne Rhin-Rhône Est qui passerait par le Jura et Bourg-en-Bresse car sa rentabilité est loin d’être démontrée. En revanche, le contournement ferroviaire de Lyon est indispensable. Le POCL, le Paris-Orléans-Clermont-Ferrand, est aussi confirmé avec un passage par Roanne, mais le calendrier n’est pas encore fixé.

Le gouvernement serait tenté de supprimer certaines sous-préfectures. Ce serait une meilleure solution pour faire des économies ?

Nyons, Die, Saint-Jean-de-Maurienne... On pourrait être tenté de remettre en cause l’existence de leur sous-préfecture. Personnellement, je suis contre car les dégâts seraient bien supérieurs aux petites économies réalisées. Les habitants se sentiraient abandonnés, surtout que des services publics se sont déjà retirés de certaines petites villes. L’Etat doit faire des efforts pour conserver cette infrastructure administrative et éviter une France à deux vitesses. S’il se replie sur les grandes villes, il va accentuer la fracture territoriale.

Article paru dans Mag2 Lyon de septembre,
retrouvez en kiosque Mag2 Lyon d’octobre


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