Prostate : “On a opéré inutilement”

Date de publication : 11/10/2012

La 8e Journée Nationale de la Prostate aura lieu le 20 septembre. Mais cette édition est marquée par une polémique sur l’intérêt du dépistage... Les explications de Marc Colombel, professeur d’urologie à Edouard Herriot.

 

Il ne faut plus se faire dépister ?

Marc Colombel : C’est un peu plus compliqué que ça. Jusqu’à maintenant, on encourageait tous les hommes de plus de 50 ans à faire un dosage PSA, puis éventuellement une biopsie si les résultats de cette analyse étaient élevés. Mais des études récentes, européennes puis américaines, ont démontré qu’un dépistage systématique ne permettait pas de faire baisser le taux de mortalité de la population.

Pourquoi le dépistage de masse ne permet pas de faire baisser le taux de mortalité ?

Parce qu’on diagnostique des cancers qui, dans 70 % des cas, sont indolents, c’est-à-dire n’évolueront pas et ne tueront pas le patient. La plupart du temps, il meurt même d’autre chose. Donc qu’on les traite ou pas ne change rien à son espérance de vie.

Mais c’est toujours mieux de diagnostiquer un cancer, même s’il est inoffensif !

Le problème, c’est que psychologiquement, il est toujours difficile de vivre avec l’idée d’avoir un cancer. Ensuite, il faut bien avouer que pendant des années, on a opéré ces cancers de la taille d’un grain de riz. Donc on a enlevé la prostate de patients inutilement. Avec toutes les conséquences que cela peut parfois provoquer : incontinence, problèmes d’érection... Même si les techniques chirurgicales progressent énormément et sont de moins en moins invasives.

On a opéré des patients pour rien !

Oui. Voilà pourquoi il faut retrouver une certaine mesure, avouer qu’on s’est un peu trompé et accentuer notre prévention sur les patients dits à risque, à savoir les patients dont un membre de la famille a déjà eu un cancer de la prostate, ceux en surpoids ou qui ont déjà eu un dosage PSA élevé avant 50 ans. Et enfin, les personnes originaires des Antilles.

Mais il serait plus simple de ne plus faire ce dosage PSA !

D’accord, mais le problème, ce sont les cancers graves. La prostate est la troisième cause de décès par cancer chez l’homme. Beaucoup arrivent trop tard, sans justement avoir été dépistés. Il faut donc davantage cibler notre action, individualiser ce dépistage, plutôt que de le jeter totalement. Et si on dépiste un cancer "indolent”, il faut réexpliquer au patient qu’un cancer, ça ne signifie pas mourir. On fait des cancers tous les jours, mais heureusement, ils sont éliminés. Il faut donc promouvoir la surveillance active pour ces patients, sans dramatiser, les suivre régulièrement. Et quand on explique, les patients comprennent.

Mais les urologues qui sont des chirurgiens veulent avant tout opérer !

C’est vrai que c’est un changement de mentalité. Tous les médecins n’ont pas réalisé l’ampleur des résultats de ces nouvelles études. Pendant des années, ils ont opéré, en pensant bien faire, en pensant sauver leurs patients. Ils doivent désormais privilégier le suivi et la surveillance active.

Mais ça rapporte moins !

C’est vrai qu’il y a des intérêts économiques en jeu. Mais si les urologues veulent conserver la confiance de leurs patients, il faut qu’ils évoluent. Le débat doit donc être public et les patients doivent être informés. Sans tomber dans les excès du refus du dépistage. 

Article paru dans Mag2 Lyon de septembre,
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