Vercoutre L’intérimaire ?

Date de publication : 07/11/2012

Doublure de Coupet puis Lloris depuis près de 10 ans, Rémy Vercoutre a été propulsé numéro un cette saison par Jean-Michel Aulas. Mais a-t-il le mental et l’envie pour le rester sur le long terme ? Enquête. Par Stéphane Damian-Tissot.


"Je ne dis pas que Vercoutre n’est pas bon. Mais dès le départ, les gardiens sont formatés pour être numéro un, et ils commencent dès le plus jeune âge. Regardez dans les grands clubs, c’est le cas de Buffon à la Juventus, de Casillas au Real, de Neuer à Schalke avant de rejoindre le Bayern... S’imposer sur le long terme à 32 ans, ça serait du jamais vu”, avance d’entrée le consultant de Canal+, Geoffroy Garétier. "Pour moi, il n’a pas le mental pour être le gardien titulaire de l’OL sur le long terme. Il suffit de regarder son parcours”, complète-t-il. En effet, au cours de sa carrière, le gardien de l’OL a joué dans trois clubs professionnels  : Montpellier, Strasbourg et Lyon, sans jamais s’y imposer, même si chaque fois il a fait preuve d’ambition... au moins au départ.
Formé à l’US Gravelines, dans le nord de la France, Vercoutre a, dès l’âge de 6 ans, baigné dans le football, avec une famille de vrais "footeux”, symbolisée par son père, Philippe. "Notre vie a toujours été rythmée par mes matches. il venait me voir m’entraîner et m’accompagnait tous les week-ends. Le football, c’est un peu une religion chez nous”, commente ce dernier. Bon joueur amateur, Philippe Vercoutre a, comme son père déjà, toujours rêvé d’être footballeur. Ce chef d’atelier chez ArcelorMittal va donc placer tous ses espoirs dans son fils Rémy. En effet, dès son plus jeune âge, ce dernier semble avoir, lui, de vraies prédispositions. "Vers 7 ans, il a voulu tester le poste de gardien. On a tout de suite été impressionné par sa détermination. C’est très rare à cet âge-là”, se souvient Christian Duhamel, le président de l’US Gravelines. Il y restera quatre ans avant de partir en sport-études à Dunkerque. Là encore, sa progression est constante.

Toujours surclassé, il est convoqué en sélection du Nord-Pas-de-Calais et attire le regard de bons clubs français comme Monaco ou Montpellier. Ce sera l’Hérault.

Blessure
"On a tout quitté pour Rémy, pour sa carrière. J’ai eu la chance d’être muté près d’Istres, mais ma femme, Yolande, a dû quitter son travail dans un laboratoire, et surtout sa famille”, explique le père de Vercoutre. "En mai-juin,  à chaque fin de saison, on étudiait sa situation en espérant qu’il signe pro, ce qui est arrivé six ans après son arrivée à Montpellier”, se souvient-il. Et là, tout s’accélère.

"Un an après notre arrivée, quand le club a été relégué en 2e division, les dirigeants ont décidé de nous faire confiance, à Rémy et à moi, pour garder les buts”, explique Rudy Riou, actuel gardien de Lens et coéquipier de Vercoutre à l’époque. Mais déjà, Rémy est cantonné au rôle de doublure. "L’entraîneur préférait le style plus félin de Riou”, tente de justifier son père. Vercoutre aura sa chance lors de la grave blessure à la jambe de son ami. Propulsé titulaire, il participe à la remontée du club en première division en jouant 20 matches.

Dans l’élite, les deux gardiens se partageront les rencontres l’année suivante jusqu’à ce match contre l’OL à Gerland où Vercoutre, irréprochable, préserve le 0-0 grâce à plusieurs arrêts. Une performance de choix qui lui ouvrira les portes du club lyonnais. "Jean-Michel Aulas le présentait au départ comme le successeur de Coupet, c’est dans cette optique-là qu’il est venu”, se souvient son père. Mais après deux saisons à jouer seulement quatre matches de Ligue 1, Vercoutre s’impatiente et accepte de rejoindre Strasbourg sous forme de prêt. Son but : faire une bonne saison et revenir à l’OL avec un bagage suffisant pour contester Coupet. Mais rien ne se passe comme prévu. A cause d’une blessure au métatarse qui le contraint à plusieurs mois d’absence. A son retour, Stéphane Cassard a pris sa place et ses très bonnes performances obligent Vercoutre à s’asseoir sur le banc jusqu’à la fin de la saison. "Il était vraiment très déçu de ce prêt manqué. Quand il est revenu à Lyon, il avait toujours la "niaque” de s’imposer, mais Coupet a été impérial jusqu’à sa blessure fin 2007”, raconte Philippe Vercoutre. Avec seulement 7 matches de Ligue 1 joués depuis deux ans, Vercoutre est donc propulsé numéro un pendant 19 matches. Il réussira parfaitement l’intérim, participant activement au dernier titre de champion de France de l’OL.

Mais, lorsque Coupet revient, Vercoutre est de nouveau expédié sur le banc. "A partir de ce moment-là, il s’est dit que la concurrence était faussée”, confesse son père. "S’il avait eu de l’ambition, il aurait dû quitter le club”, lâche Geoffroy Garétier. Pourtant, le nordiste choisit de rester et même de devenir par la suite la doublure d’Hugo Lloris, convaincu par Jean-Michel Aulas et par des augmentations successives de salaire qui lui permettent d’émarger désormais à environ 100 000 euros par mois. Un salaire énorme pour un gardien remplaçant ! "Etre numéro 2 à Lyon, ce n’est pas un manque d’ambition. Il faut se rendre compte qu’il n’avait pas des peintres devant lui. Il a fait son trou de cette manière et chacun a loué son apport dans le vestiaire”, défend son ami Riou. Une analyse que partage Grégory Coupet, l’ancien gardien de l’OL. "Avoir un gardien aussi talentueux que lui derrière moi m’a permis d’être toujours sur le qui-vive. Les entraînements étaient de grande qualité et la concurrence très saine. J’ai toujours dû tout donner”, se souvient-il.

"Vidé”
Toutefois, les deux gardiens assurent qu’ils n’auraient jamais pu tenir aussi longtemps sans jouer. "Etre doublure, c’est un rôle très ingrat. On se prépare comme un titulaire notamment physiquement, mais sans pouvoir jouer. Faut être fort mentalement pour ne pas lâcher”, explique Coupet. Un tel salaire devait toutefois fortement aider... "Bien sûr que le fait de bien gagner sa vie a compté dans sa décision de rester. Mais il faut savoir qu’il n’y a pas que le football qui compte pour lui”, révèle son père. Membre actif de l’association Huntington, une association qui aide les malades atteints de cette affection neuro-dégénérative, Vercoutre a aussi été un membre influent du vestiaire lyonnais. Comme lorsqu’il intervient auprès des joueurs pour organiser une collecte interne afin d’aider un membre de l’intendance du club qui a du mal à finir ses fins de mois, ou lorsqu’il s’interpose entre Fabio Santos et Claude Puel, quand le Brésilien veut littéralement fracasser la tête du manager lyonnais. "Sans lui, Puel se serait fait casser la gueule”, se souvient un proche du club.

Joueur sanguin, Vercoutre n’est pas le dernier à râler contre un arbitre, voire même à péter des plombs contre des adversaires, comme lorsqu’il assène un coup de tête au Brestois Paul Baysse en mai 2011. "Rémy a un fort caractère mais pour moi, c’était une manière d’évacuer sa frustration de ne pas jouer. Cette saison, vous ne devrez pas assister à beaucoup de scènes de ce type”, assure son père. "Il va devoir lâcher du lest dans le vestiaire, et dans sa vie à côté, pour plus se concentrer sur le terrain. Quand on est gardien titulaire, on a une vraie fatigue mentale. Ça use vraiment ce poste”, explique Riou.

"Dernièrement, il me confiait être vidé par l’enchaînement des rencontres”, raconte son père. Pour l’instant, cela ne semble pas affecter ses performances sur le terrain, comme notamment son match face à Lille (1-1) lors de la 6e journée où il a multiplié les interventions décisives. Mais reste maintenant à s’inscrire dans la durée. "Il a tellement vécu de périodes difficiles que je l’imagine bien être le gardien de l’OL pour les prochaines années.

En plus, si l’OL peut éviter de dépenser de l’argent pour un gardien, ils le feront”, analyse Coupet. "J’espère me tromper mais pour moi, vous ne passez pas de l’ombre à la lumière comme ça. Mais peut-être qu’il sera l’exception. Honnêtement, j’en doute”, conclut Garétier. Réponse à la fin de la saison.


Article publié dans le Mag2Lyon d’octobre.
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