Quel avenir pour le Beaujolais ?

Date de publication : 16/11/2012

Ce vignoble a souffert de plusieurs épisodes de gel et de grêle qui vont diviser par deux le rendement et mettraient en danger de mort un demi-millier d’exploitations. Ce qui tombe mal pour ce vin qui commençait à redresser son image. Par Stéphane Damian-Tissot et Lionel Favrot

"Le beaujolais va perdre 30 millions d’euros cette année”, annonce Georges Moneger, directeur général de la cave coopérative de Quincié-en-Beaujolais. "Pour moi, on sera à 60 millions d’euros”, affirme même Jean-François Garlon, responsable de la section viticole à la FDSEA. Une chose est sûre : le diagnostic est le même dans toute la profession. Le responsable est une météo difficile. "Il y a eu 15 jours de gel en février qui ont fait plus de mal que prévu. Après on a eu un temps difficile d’avril à juillet qui n’a pas favorisé la floraison”, précise André Rampon viticulteur bio depuis plus de 30 ans à Régnié-Durette. "Et la grêle a terminé le travail début août”, complète Martine Vermorel, présidente de l’association Ceps & Charrues qui regroupe ces viticulteurs écolo. La saison sera donc difficile à passer avec des rendements attendus deux fois inférieurs à la moyenne. De 17 et 25 hectolitres par hectare contre 52. Paradoxalement, les viticulteurs du Beaujolais autrefois accusés de faire "pisser la vigne”, seront très en-dessous des rendements légalement autorisés.
Point positif : ce millésime s’annonce excellent. "On est entre 12 et 12,5° naturellement avec une belle maturité et une belle qualité phénolique”, résume Jean-François Garlon.
Les prix seront sans doute supérieurs à l’an dernier mais aucun ne pronostique une envolée qui compenserait cette faible production. En effet, la concurrence est telle que si les viticulteurs du Beaujolais augmentent leur tarifs, les consommateurs risquent d’aller voir ailleurs. "Cette année, il y aura une hausse des prix mais peu importante. Il y a 30 ans, un telle baisse de la production aurait fait augmenter les prix sérieusement”, affirme André Rampon.

Qualité

En revanche, les viticulteurs espèrent que cette année, le beaujolais ne sera pas bradé à des prix trop bas pour se retrouver en promotion dans les grandes surfaces des discounters. "Il y aura de toutes façons 30 à 40 % de volume en moins que ce que demande le marché. A priori, ce seront les marchés premier prix qui ne seront pas couverts”,  annonce Georges Moneger. Ce qui pourrait continuer à remonter l’image du Beaujolais.
En effet, ce vin a très longtemps été assimilé à sa version primeur disponible dès le 3e jeudi de novembre et qui a réussi à s’exporter dans toute la planète. Revers de la médaille, les crus du Beaujolais, même en vin de garde, sont passés au second plan et se vendent souvent à des prix inférieurs à ce que les viticulteurs pourraient espérer. L’ensemble de la profession a fini par se mobiliser en essayant de faire de la qualité sa priorité. Les instances se sont renouvelées, les viticulteurs les plus innovants, parfois caricaturés autrefois comme des originaux, ont été mis en avant, les caves coopératives se sont restructurées en portant à leur tête des managers plus ambitieux, des jeunes se sont lancés malgré une profession sinistrée... Même le bio s’est spectaculairement développé alors que le Beaujolais a longtemps été un des vignobles de France les plus réfractaires. D’une demi-douzaine il y a 20 ans, ils sont aujourd’hui plus de 70. Encore très minoritaires pour 1 800 exploitations mais la tendance est nette.
Des efforts sur lesquels toute la profession insiste. "Tous les vignerons ont mis en place des cahiers des charges respectueux de l’environnement. On a aussi affiné nos techniques de vinification, rappelle Georges Moneger. Moins de rendement, c’est souvent plus de qualité et ça, beaucoup l’ont compris. On s’est professionnalisé.”
Des progrès qui ont été réalisés dans une période très difficile. La surproduction a frappé le vignoble au début des années 2000, imposant de déstocker à bas prix voire de jeter, pour laisser de la place à la récolte suivante. Le Conseil général et l’Union européenne ont alors débloqué des fonds pour arracher les vignes. Certains profitant de la hausse de l’immobilier pour faire construire des maisons à la place d’hectares de vigne peu rentables.
La crise actuelle frappe donc ceux qui ont résisté à cette période de tourmente et qui sont supposés être les plus
persévérants, voire les meilleurs puisqu’ils ont réussi à trouver des débouchés quand leurs collègues mettaient la clé sous la porte. Parmi les solutions trouvées pour redynamiser le Beaujolais : des marques qui fleurent bon le terroir plutôt que le primeur. Exemple avec le "Beaujolais des Pierres Dorées” commercialisé par la cave coopérative de Saint-Laurent-d’Oingt. Ce qui aurait dû être fait beaucoup plus tôt selon certains viticulteurs. "On aurait dû créer plus rapidement ce Beaujolais des Pierres Dorées, qui représente les 2/3 du secteur de l’appellation. Maintenant que c’est fait, on aura une mention qualitative après Beaujolais pour le différencier du Beaujolais Nouveau. C’est un nom qui respire la qualité. Et ce sont des Beaujolais de garde”, insiste Jean-François Garlon. Même stratégie de qualité pour Signé Vignerons, la marque de la cave coopérative de Quincié-en Beaujolais dirigée par Georges Moneger (voir interview). De même Oedoria, au Sud-ouest de Villefranche-sur-Saône, a lancé trois gammes distinctes : Instant Bon’œur, Atout Cœur et Accord Majœur.


Dramatisation

Autre stratégie : un rapprochement avec la Bourgogne toute proche dont l’image est préservée. Un travail souhaité par les pouvoirs publics comme certains viticulteurs. "C’est un grand espoir pour le Beaujolais. La Bourgogne cherche une entrée de gamme et nous on veut monter en moyen-haut de gamme. Ces deux perspectives peuvent se rencontrer”,
explique Georges Moneger. Même si cela ne sera pas facile car les viticulteurs du Beaujolais ont la réputation d’être plutôt individualistes. "On a été incapables de s’organiser entre entreprises du Beaujolais alors avec les Bourguignons... Il y a toutefois un réel espoir”, ajoute cette personnalité du Beaujolais. Mais on constate des réserves. En effet, l’appellation retenue est celle de Côteaux-Bourguignon (voir encadré). "Même si on fait partie de la grande Bourgogne, je pense qu’il faut qu’on garde le nom Beaujolais et celui des crus. Si ça permet de diversifier nos productions et aider à sortir de la crise, alors pourquoi pas. Mes vins, quand ils vieillissent, font penser à des Bourgogne”, relativise André Rampon.
Reste à mesurer les véritables conséquences de la crise actuelle pour ce vignoble. Lors de sa conférence de presse de rentrée, le préfet Jean-François Carenco a laissé entendre que les responsables du vignoble étaient peut-être trop alarmistes. "Au final, peut-être qu’il n’y en aura que 250 ou 300 d’impactés”, a affirmé ce haut fonctionnaire qui a insisté sur le fait que les aides, notamment des étalements de prêts ou de cotisations, ne seront accordées qu’après vérification des dossiers par les centres de gestion du vignoble. Mais ce soupçon passe très mal dans le Beaujolais où on dément toute dramatisation et toute addiction aux subventions pour sauver le vignoble. "On n’est pas des assistés. Les viticulteurs du Beaujolais sont durs au mal. Seulement une dizaine sont allés au bureau de crise ouvert à la sous-préfecture. Ils préfèrent mourir que d’avouer leur misère”, lâche Jean-François Garlon de la FDSEA. "On sait bien que l’heure n’est pas aux subventions versées inutilement mais la réalité est là. C’est tout une filière qui est en danger”, insiste Georges Moneger. Il faut apprécier le Beaujolais comme un élément du patrimoine. Si on veut conserver les paysages qui font que le Beaujolais est la Toscane française, on doit tout faire pour l’aider.”
"Pleurer est de bonne guerre dans le monde paysan mais ce phénomène a eu une ampleur que je n’ai pas vu depuis une vingtaine d’années”, affirme Michel Bettane, auteur du Guide Bettane et Desseauve des vins de France et bon connaisseur du Beaujolais. Et il s’inquiète pour les plus jeunes : "Si les banques ne jouent pas le jeu pour les accompagner en trésorerie, il y aura des faillites, à nouveau des arrachages de vignes...”
Mais il faudra visiblement encore faire un travail de communication. Le préfet Carenco n’a pas hésité à ironiser sur le rapprochement des Beaujolais et des Bourgogne. Tout en saluant l’initiative, il a fait référence aux viticulteurs du Beaujolais qui auraient bien aimé voir leur vin "transformé en vieux Bourgogne”. Ce vignoble a déjà lancé une initiative intéressante pour séduire à nouveau les Lyonnais, réputés plus attirés par les Côtes du Rhône. Depuis trois ans, chaque cru est associé à un arrondissement. Et quand on interroge les maires, ils affirment tous que "leur Beaujolais est excellent”. Un signe ?

Article publié dans Mag2Lyon d’octobre 2012
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