Deux vitesses

Date de publication : 16/11/2012

"La tendance est encore trop minoritaire mais des vignerons du Beaujolais sont allés dans le bon sens et cela fait plaisir à voir. En particulier dans le secteur de Fleurie et Moulin à Vent. Pas de doute, cela se voit. Les sols sont mieux travaillés, la viticulture est plus saine avec des débuts de conversion au bio, il y a plus de serieux dans les vendanges, des essais de vinification différente... Il faut dire qu’il y a eu aussi énormément de changement. Le château de Moulin à Vent s’est reconstitué, celui de Jacques a acheté plusieurs hectares, des gens de Chablis et de Côte d’Or sont venus avec une autre vision du vignoble mais avec beaucoup de confiance dans ce terroir.
A Morgon, Fleurie, Chénas aussi, il y a une très bonne génération. Avec beaucoup de sang neuf. Les vins sont aujourd’hui moins uniformisés. On retrouve plus de diversité, différentes écoles... Une école classique, des propriétés qui utilisent les foudres de bois, d’autres qui n’en veulent pas, des vignerons qui utilisent le froid pour limiter le souffre et font des vins avec beaucoup de parfum...
Mais il y a une viticulture à deux vitesses. J’en ai encore vu vendanger pas mûr. Et le manque d’argent va encore plus se ressentir cette année. Certaines vignes n’ont pas été entretenues comme il le fallait. En plus, il fallait trier le raisin. Or, j’en ai vu rentrer des raisins qu’il aurait fallu enlever avec des tables de tri. Heureusement, d’autres viticulteurs sont équipés. Bref, c’était une vendange pas facile et il y aura donc beaucoup de différence d’une propriété à une autre. Ce qu’on appelle une année jalouse en terme de vigneron. Mais il y a de quoi faire une très bonne cuvée.
Ce qui ne règle pas tous les problèmes. Pour moi, le Beaujolais manque de deux ou trois personnalités charismatiques pour porter le Beaujolais dans le monde. Comme Georges Duboeuf à une époque. Sa réussite a masqué le reste. Aujourd’hui, on manque de référence. Le négoce devrait être aussi plus dynamique même si Loron prend de l’ampleur. Je suis aujourd’hui surpris que le Beaujolais ne mise pas davantage sur l’oeno-tourisme. Surtout aujourd’hui qu’on dissuade les gens de trop boire. Cette région pourrait se développer comme l’Alsace. Mais l’habitat très dispersé ne facilite pas cette démarche. En plus, je crois que beaucoup de riches lyonnais qui ont investi dans les Pierres Dorées n’ont pas envie d’être trop dérangés. Ce secteur est encore préservé esthétiquement mais ailleurs, certains maires n’ont aucun sens du beau et acceptent n’importe quelle construction. Il faudrait commencer par redonner de la vie au centre des villages pour que les touristes aient envie de s’y arrêter. Aujourd’hui, c’est mort, c’est terrifiant... Les villages sont rivaux et les stratégies touristiques sont toujours petit bras. L’interprofession devrait organiser des voyages dans les vignobles à l’étranger pour que les vignerons du Beaujolais prennent conscience des efforts qu’ils doivent faire en matière de communication.”


Article publié dans Mag2Lyon d’octobre 2012
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