Protestants, la réforme tranquille

Date de publication : 23/11/2012

A l’occasion de l’inauguration du Grand Temple de Lyon, après deux ans de travaux, les Protestants organisent deux mois de festivités depuis le 21 octobre. Lyon accueillera ensuite, en mai 2013, le premier synode de l’église Protestante unie de France, qui réunira Calvinistes et Luthériens. Enquête au sein d’une minorité silencieuse. Par Gautier Guigon.

Ce dimanche 16 septembre, 200 personnes assistent au culte de rentrée à l’Espace protestant Théodore Monod à Vaulx-en-Velin. Dans les rangs de cette église flambant neuve inaugurée en 2008, il y a des familles, beaucoup de jeunes et quelques personnes âgées. Des fidèles visiblement heureux de retrouver leur paroisse après deux mois d’été. Entre une invocation, une louange et une prière, les deux pasteurs Corine Charriau et Stephen Backman organisent un puzzle géant sur le mur de l’église. Les enfants collent chacun un bout de papier coloré pour former une colombe. Le prêche dure une heure environ. A part l’immense croix qui rappelle qu’on est bien dans un lieu chrétien, on a plus l’impression d’assister à une pièce de théâtre. Le culte est savamment mis en scène par les deux maîtres de cérémonie. Il y a bien un mini orgue derrière la porte d’entrée, mais ce sont les musiciens, un percussionniste, un guitariste et un flûtiste, qui mettent l’ambiance.
"On est dans une période d’euphorie. Les anciens qui se désolaient que tout foutait le camp se réjouissent de ce renouveau !”, s’enthousiasme Roger-Michel Bory, président de l’église réformée de l’Est Lyonnais. Construite au milieu d’un quartier à forte population immigrée, la paroisse attire 10 % de fidèles supplémentaires chaque année. "On a monté un certain nombre d’initiatives, sans faire de prosélytisme, pour se faire connaître de gens qui sont en recherche de sens dans leur vie. On porte la parole de l’évangile en dehors, mais de façon simple. Nos réponses ne sont pas sophistiquées ou contraignantes”, explique Etienne Tissot, chargé de la communication de l’Eglise réformée à Lyon. Dans l’ombre de Fourvière, la communauté se mobilise. Mais qui sont vraiment les Protestants de Lyon ?
"A la fin des années 70, le protestantisme en France avait encore une ou deux générations à vivre... Mais depuis une quinzaine d’années, on attire à nouveau dans les villes”, constate Anne Faisandier, du Grand Temple de Lyon. En particulier chez les nouvelles populations issues de l’immigration, qui changent l’image de l’église réformée. A Lyon, la moitié des paroissiens n’est pas constituée de Protestants d’origine. "Je suis stupéfaite de voir ces personnes se documenter, qui ont fait des recherches sur internet, avant de venir nous voir. Sur le marché du religieux, on correspond à des personnes qui ont une vraie quête spirituelle, mais qui ont aussi envie de garder une indépendance de pensée. Notre rapport à la foi est l’inverse de quelque chose qui nous tombe dessus et qu’on doit avaler tout cru. L’esprit critique fait partie de la foi”, explique la pasteure lyonnaise.
Mais les Protestants ont cette image de religion élitiste et intellectuelle. Avec des croyants qui appartiennent davantage aux classes moyenne et supérieure. "C’est vrai qu’on a plus de profs que de maçons”, reconnaît la pasteure. Mais la sociologie de l’église est en train de changer. Car à la différence de l’église catholique, les Protestants ont une tradition libérale sur les questions de société, par exemple le vote des femmes, le divorce, la laïcité... "Nous n’avons pas de réponse tranchée sur le mariage homosexuel par exemple. On ne dit pas il faut marier tous les homosexuels ou que c’est mal de les marier. Parce que derrière ça, il y a des questions d’homophobie, d’adoption des enfants...”, nuance-t-on, quai Augagneur. En clair, chacun est libre de penser ce qu’il veut. A commencer par les pasteurs qui ont le droit d’avoir une vie familiale et sexuelle comme les autres. Et qui comptent des femmes dans leurs rangs, une vraie spécificité. Une vision libérale et moderne qui tranche avec les positions traditionnelles de l’Eglise catholique, des Musulmans et des Juifs. Du coup, les Protestants, reconnus pour leur grande discrétion, sont en train de s’ouvrir.

Minorité

"Je suis Protestant et je l’assume. Je revendique qu’on peut exister à Lyon en n’étant ni franc-maçon, ni catholique. Je revendique la liberté d’esprit du protestantisme. Tout le monde le sait”, témoigne Thierry Philip, le maire PS du 3e arrondissement. Issu d’une grande famille protestante lyonnaise, l’élu reconnaît que les Protestants sont discrets par nature. Une minorité silencieuse, mais active à Lyon. Ce que confirme Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse : "La confession protestante est sans doute la plus compatible avec la République laïque, puisqu’elle s’est construite sur le refus d’une religion d’Etat”. Proportionnellement, les Protestants sont sur-représentés dans les postes à responsabilité. Mais là encore, ils préfèrent rester discrets. "J’ai des copains protestants qui sont élus, patrons de structures publiques ou associatives... Mais on n’en tire pas gloriole !”, explique Cyril Kretzschmar, conseiller régional EELV.
Difficile de composer une "galaxie protestante” à Lyon. Mais certains noms sont connus. Comme la famille Morin-Pons, ces grands industriels qui ont fondé la banque Veuve Morin-Pons à Lyon en 1805. Un réseau qui appartient désormais à la Banque Palatine. Ou la famille Rinck, des Calvinistes très impliqués depuis 1830, date de leur arrivée à Lyon. Un héritage porté aujourd’hui par l’avocat Jean-Jacques Rinck : "A Lyon, tout le monde sait que je suis Protestant. C’est parfaitement admis dans ma profession d’avocat, ce n’est pas un handicap. J’essaie d’adapter mes conduites professionnelles avec ma croyance. J’ai assisté des clients sans la moindre rémunération pour témoigner de ma foi...”, explique-t-il. Les brasseries Rinck, situées cours Suchet à Perrache, avaient été données à la ville de Lyon pour construire une résidence pour personnes âgées. Ironie de l’Histoire, cet établissement sera bientôt intégré dans le projet de la Catho.
Mais au-delà de la croyance, la dimension culturelle est forte chez les Protestants. "Je ne suis pas le plus croyant ni le plus pratiquant, mais j’aime les Protestants. Ce sont des gens sincères, qui ont un engagement très fort”, témoigne Richard Brumm, adjoint aux finances de Gérard Collomb.

Union

Mais que pèsent 10 000 fidèles face à l’Eglise catholique qui compte environ 50 000 pratiquants dans l’agglomération ? A Lyon comme ailleurs, le constat est clair. "On n’essaie même pas de rivaliser avec l’Eglise catholique, ce n’est pas jouable. Nous ne sommes pas dans un rapport de forces”, affirme Anne Faisandier. Mais conscients d’être une minorité pas toujours visible, Calvinistes et Luthériens, jusqu’alors séparés en deux églises, ont décidé de s’unir pour créer l’Eglise protestante unie de France. Les Calvinistes représentant 95 % des fidèles en France. Le premier synode aura lieu lors du week-end de l’ascension à Lyon en 2013. "L’union des deux églises est un événement considérable car on dit souvent que quand vous avez deux Protestants, vous avez deux églises !”, se réjouit l’écologiste Cyril Kretzschmar. "La différence entre les deux églises est historique et culturelle, mais théologiquement, il y a peu de différences. En fait, c’est plus une union administrative. Et puis en 2017, ce sera le 500e anniversaire de la Réforme. Donc l’église réformée en profite pour se faire un peu plus connaître. Le protestantisme se prépare à avoir une visibilité plus forte”, explique Antoine Nouis, directeur de la revue Réforme. "La séparation entre Luther et Calvin, c’est le 16e siècle... On est quand même en 2012 !”, s’impatiente Jean-Jacques Rinck.
Mais cette union est aussi une réaction au dynamisme des églises évangéliques, également protestantes, qui prospèrent à Lyon. On estime qu’environ 5 000 fidèles fréquentent 25 églises évangéliques dans l’agglomération lyonnaise et autant d’associations cultuelles. "Notre croissance est linéaire. Ce qui attire, c’est la dimension communautaire, chaleureuse et vivante du culte et de l’accueil. Il y a un souffle évangélisateur dans nos communautés, une dimension missionnaire”, affirme Erwan Cloarec, pasteur baptiste à Lyon. L’objectif fixé par le Conseil national des évangéliques de France (CNEF), un organe représentatif qui rassemble 80 % des Églises protestantes évangéliques, est d’avoir une quarantaine de lieux de culte dans le Rhône. "Des églises évangéliques, il s’en crée pratiquement tous les 8 jours à Lyon !”, commente Etienne Tissot.
Pour l’instant, aucune union ne paraît possible entre les deux églises. Mais les différences, notamment la lecture de la Bible libérale chez les luthéro-réformés et littérale chez les évangéliques, ou la question du baptême des enfants, s’atténuent. "Il y a 30 ans, les réformés étaient très méfiants par rapport aux évangéliques, en se disant : "Mais ce sont des échevelés !” Mais aujourd’hui, le dialogue entre ces deux églises a progressé. Malgré les différences, il existe un attachement commun au principe de la Réforme”, analyse Antoine Nouis de Réforme. L’étape suivante sera donc de réunir tout le monde... Certains fidèles sont persuadés que d’ici 20 ou 30 ans, il y aura un synode national de toutes les églises protestantes. En attendant cette "super église chrétienne”, les Protestants se préparent au réveil.


Article initialement publié dans Mag2 Lyon d’octobre 2012

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