Une Lyonnaise à l’assaut de Paris

Date de publication : 23/11/2012

Anne Hidalgo brigue la mairie de Paris. Celle qui a passé sa jeunesse à Lyon vient de l’annoncer officiellement : elle souhaite succéder à son mentor, Bertrand Delanoë. Retour sur le parcours de cette femme de 53 ans. Par Nadège Michaudet


"Il y a dans la démarche d’Anne Hidalgo, les Parisiennes et les Parisiens qui vont construire avec elle cette perspective d’avenir”. C’est ce qu’a déclaré Bertrand Delanoë, l’actuel maire socialiste de Paris, suite à l’annonce de la candidature d’Anne Hidalgo. Il faut dire que ces deux là travaillent main dans la main depuis des années. Delanoë a choisi Hidalgo pour être sa première adjointe à Paris, il y a maintenant 11 ans. Et aujourd’hui, il la propulse tout naturellement sur le devant de la scène. Avec une ambition : que sa protégée devienne la première femme maire de Paris en 2014. Certains y voient là une preuve de modernité et une très bonne nouvelle. Tandis que d’autres, plus sceptiques, pensent que la prétendante à la mairie de Paris ne fait tout simplement pas le poids. Retour sur son parcours.
Anne Hidalgo est née à San Fernando près de Cadix, en Espagne, en juin 1959. Au début des années 60, son père, Antoine, travaille sur un chantier naval. Financièrement, la situation de la famille est tendue. Le frère d’Antoine, installé en France depuis quelques années, lui conseille alors de le rejoindre. Anne Hidalgo n’a que deux ans et demi quand elle débarque à Lyon, dans le quartier populaire de la Duchère. Sa sœur Mary, quatre ans. Electricien de formation, le père trouve rapidement du travail chez Electrifil comme contremaître. La famille Hidalgo s’intègre très vite à son nouvel environnement lyonnais. Elle côtoie d’ailleurs régulièrement les Fernandez et notamment leur fils, Luis. L’ancienne star du foot garde de très bons souvenirs des Hidalgo : "On croisait souvent la famille Hidalgo sur le marché car on n’habitait pas loin les uns des autres. Comme on était deux familles d’immigrés espagnols, on était assez proches.” Anne accompagne parfois son père au foot, mais ses deux véritables passions sont le dessin et le flamenco. La jeune fille est studieuse et discrète. Au lycée Jean Perrin dans le 9e arrondissement de Lyon, on se souvient d’une élève "timide mais douée”. Mais aussi d’une jeune fille déjà fortement engagée. Anne Hidalgo n’a que 15 ans quand elle prend position pour le droit à l’avortement. Elle se forge un caractère féministe en fréquentant notamment "La librairie des femmes” à Lyon. Un choix courageux de la part de la jeune femme qui reconnaît d’ailleurs avoir dû conquérir sa liberté pour "sortir du schéma familial assez traditionnel”. Elle intègre ensuite l’université Lyon 3 où elle décroche une maîtrise de sciences sociales, puis un DEA de droit social. A 23 ans, elle termine cinquième du concours d’inspecteur du travail. Son petit côté féministe ressort immédiatement : elle est "inspectrice” et non "inspecteur”. Elle va alors quitter Lyon pour rejoindre Paris. "J’ai rêvé de Paris, j’y suis montée”, raconte-t-elle souvent. Pendant dix ans, elle va s’investir à fond dans son travail. Contrôles des chantiers, gestion des conflits personnels... Elle développe alors un intérêt particulier pour les inégalités hommes-femmes et les questions de harcèlement. Anne Hidalgo rejoint ensuite, en 1993, le ministère du Travail et plus précisément la délégation formation professionnelle. Un an après, elle va décider de s’engager avec le Parti socialiste. Mais toujours avec une certaine prudence. "Je suis entrée progressivement, très progressivement en politique, avec parfois beaucoup d’hésitations, tant ce monde m’apparaissait brutal, masculin”, écrit Anne Hidalgo sur son site officiel. En 1997, elle intègre le cabinet ministériel de Martine Aubry alors ministre du Travail et de la Solidarité. Rapidement, les deux femmes deviennent très proches, Anne Hidalgo considérant même Martine Aubry comme "sa grande sœur en politique”. Mais au-delà de cette belle amitié, Anne Hidalgo va faire deux rencontres déterminantes pour le reste de sa vie.

Surdoué

En 1999, au cabinet de Martine Aubry, Anne Hidalgo rencontre Bertrand Delanoë, l’actuel maire socialiste de Paris dont elle deviendra la première adjointe en 2001. Elle raconte souvent : "Quand il m’a proposé de l’accompagner dans sa campagne de 2001, j’ai accepté avec enthousiasme, car je sentais que je pourrais accomplir mon idéal politique dans l’action municipale.” A cette époque, elle fait également la connaissance de Jean-Marc Germain, un des plus proches collaborateurs de Martine Aubry, qui vient également de Lyon. Anne Hidalgo est alors divorcée et mère de deux enfants. Jean-Marc Germain est un polytechnicien célibataire. Ils tombent amoureux et Bertrand Delanoë les marie en juin 2004. Avec Martine Aubry comme témoin. Aujourd’hui, tous les deux évoluent en politique. Une passion que partagent aussi leurs enfants : "On a chacun une vie politique indépendante, mais on en parle beaucoup, y compris avec nos enfants qui ne sont pas du tout dégoûtés de la politique. Au contraire, ils s’y intéressent beaucoup.” Le couple Hidalgo-Germain a eu un enfant, Arthur, aujourd’hui âgé de 10 ans. "Un surdoué” d’après les déclarations de Martine Aubry. "Il connaît la politique par cœur. Il peut sans problème vous donner le score de François Bayrou en Alsace lors des dernières régionales par exemple” raconte, très fier, son père. Pas étonnant donc que le jeune Arthur soit particulièrement content que sa maman se présente à la mairie de Paris. Comme le sont les deux premiers enfants d’Anne Hidalgo, âgés de 27 et 25 ans, qui depuis qu’ils sont tout petits suivent la carrière politique de leur mère.

Gay Pride

C’est en 2001 qu’Anne Hidalgo démarre réellement sa carrière politique en obtenant la tête de liste socialiste dans le 15e arrondissement de Paris pour les élections municipales. Une terre de droite. Pourtant, certains dénoncent déjà le favoritisme de Delanoë à l’égard d’Hidalgo. Mais Jean-Marc Germain tient à préciser : "L’histoire n’a jamais été racontée, mais c’est Anne qui est allée voir Bertrand Delanoë en 1999 car elle avait envie de le soutenir. Bertrand lui a demandé de faire ses preuves dans le 15e arrondissement, sans l’imposer. D’ailleurs, Anne avait une opposante qui était soutenue par l’ensemble des Fabusiens et par Jack Lang. Mais elle a gagné son investiture dans cet arrondissement en allant chercher les voix une à une.” Une investiture qui offre une belle vitrine à la jeune femme qui se retrouve face à la liste UMP rassemblée autour d’Edouard Balladur et du maire sortant, René Galy-Dejean. Elle est battue au second tour. L’année suivante, elle se présente aux législatives dans la 12e circonscription de Paris, toujours face à Edouard Balladur. La jeune femme est de nouveau battue. Sa première élection, Anne Hidalgo va la remporter en 2004. A cette période, elle figure sur la liste conduite part Jean-Paul Huchon et va être élue au Conseil régional d’Ile de France. Elle devient alors membre de la commission transports et circulation. Toujours très engagée sur les questions de société, Anne Hidalgo, va, en parallèle devenir présidente du CRIPS, le centre régional d’information et de prévention du sida. A cette époque, elle rencontre souvent Jean-Luc Romero, l’actuel président d’élus locaux pour le sida. "La première fois que j’ai vu Anne, c’était à la gay pride, lors de la marche des fiertés. Ça faisait peu de temps qu’elle avait été élue première adjointe de Paris. C’est Bertrand Delanoë qui me l’avait présentée. A l’époque, je faisais partie de l’opposition, mais ça s’est tout de suite bien passé. Elle m’est apparue très sympa et on a eu un bon feeling” se souvient Romero. Mais la femme sympathique n’arrive pas à convaincre les électeurs. Les années s’enchaînent et Anne Hidalgo multiplie les défaites politiques  : en 2007, elle perd les législatives face à Jean-François Lamour, en 2008 Philippe Goujon, candidat UMP qui brigue le 15e arrondissement de Paris, la bat lors des municipales... Pourtant, la jolie brune conserve le soutien de Bertrand Delanoë. "C’est une femme qui a su, à côté de Bertrand Delanoë, développer une forme de sensibilité et d’écoute des autres. Alors que l’actuel maire est plus dans la distance et le discours”, explique Christophe Barbier, directeur de l’Express. Pourtant, quand le maire de Paris se fait poignarder en 2008, c’est Anne Hidalgo qui va assurer l’intérim pendant trois mois. "Les autres considéraient qu’elle n’était pas légitime. Elle les a alors tous réunis dans son bureau pour faire le point et elle a parfaitement géré les affaires” raconte Jean-Marc Germain. La première adjointe va très bien remplir sa mission. "A ce moment-là, elle a démontré de vraies qualités pour animer l’équipe municipale. C’est d’ailleurs après cela que les crocodiles de gauche, notamment ceux qui composaient le réseau Strauss-Kahn comme Cambadélis et Le Guen, ont commencé à se dire qu’elle pouvait être dangereuse. Bertrand Delanoë a même été un peu jaloux, mais en même temps, il a été admiratif de son cran et de son endurance” se souvient Christophe Barbier. Anne Hidalgo gagne alors du terrain et de la crédibilité dans son propre camp. Elle commence aussi à inquiéter à droite.

Torero

"Anne Hidalgo est imposée par Delanoë, alors qu’elle n’a gagné aucun territoire. Et j’en sais quelque chose pour l’avoir battue à la mairie du 15e. Elle n’a pas apporté d’idées nouvelles ni de concepts différents. Sa seule légitimité à Paris, c’est d’être imposée par le chef.” C’est ce qu’a déclaré à Mag2 Lyon Philippe Goujon, actuel maire UMP du 15e arrondissement. L’homme politique lui reconnaît quelques qualités de "bosseuse”, mais estime que "en passant d’Hidalgo à Delanoë, on change de dimension.” Des opposants politiques qui reprochaient cependant à l’époque à ce même Bertrand Delanoë de ne pas être à la hauteur des attentes des Parisiens... En tout cas, Jean-Marc Germain tient à défendre sa femme : "Aujourd’hui, tous les adjoints de Delanoë se reconnaissent derrière Anne. A part Jean-Marie Le Guen, elle a réussi à réunir derrière elle tous les élus parisiens. Si elle avait été imposée, ça n’aurait pas été le cas.” Avant d’ajouter : "On lui a proposé d’être ministre, elle a refusé. François Hollande l’a d’ailleurs rappelée quand il lui a remis la légion d’honneur. Au plus haut niveau du Parti socialiste, certains ont aussi pensé à elle pour prendre la tête du parti. Mais là encore, elle a refusé. Son objectif, c’est Paris.” Pour mener à bien son projet, Anne Hidalgo a d’ailleurs créé Oser Paris, une association de soutien présidée par Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris en charge de l’innovation, de la recherche et des universités. Pour lui, la candidate a "une vision très moderne de la ville.” Mais impossible d’en savoir plus pour le moment : "Elle a quelques projets, mais elle doit d’abord aller à l’écoute de la population pour voir si ses idées sont bien en phase avec ce qu’attendent les Parisiens. Mais évidemment, elle va se positionner sur toutes les questions relatives au logement, aux transports dans l’Ile de France...” Malgré tout, il va être difficile pour Anne Hidalgo de se démarquer de l’image de son mentor, Bertrand Delanoë. Même dans son propre camp on est prudent. "C’est normal qu’elle apporte sa patte, mais elle n’a pas envie de se démarquer de quelqu’un comme Bertrand Delanoë dont les deux mandats sont positifs”, analyse son ami et compatriote espagnol, Jean-Luc Romero. Du côté de Jean-Louis Missika, on est aussi très prudent sur ce sujet : "Les Parisiens sont contents des deux mandats de Bertrand Delanoë. Ils ont de l’estime pour ce qu’il a fait, mais aussi pour sa décision de partir après deux mandats, alors qu’il aurait très bien pu se représenter. Etre soutenue par Bertrand Delanoë est donc un véritable atout pour Anne Hidalgo. Après, la différenciation va se faire tout naturellement.” En attendant, la candidate socialiste commence sérieusement à faire parler d’elle. Dernièrement, elle a affirmé sur le plateau d’I-Télé lors d’une interview de Christophe Barbier, que le FN avait "soutenu pendant la guerre la collaboration.” Or, le parti frontiste a été fondé en 1972. Soit près de 30 ans après la guerre ! Résultat, le Front National a décidé d’attaquer en justice la candidate socialiste. Maladresse ou provocation ? "C’est une manière pour elle de montrer qu’elle est capable de donner des coups, voire des coups bas. Elle savait qu’elle était intellectuellement dans l’erreur, mais elle voulait montrer aux militants de gauche que, s’il fallait se battre comme un chiffonnier, elle en était capable. Ceux qui pensent que face à Dati, Fillon ou Borloo, elle pourrait être un peu faible, eh bien ce n’est pas le cas. Elle n’est pas juste la première adjointe un peu douce et consolatrice qu’on connaît” analyse le journaliste. Avant d’ajouter en rigolant : "Elle est d’origine espagnole avec un côté torero. Il ne faut pas la chercher, sinon elle sort les banderilles très vite.” Ce que confirme Jean-Marc Germain : "Anne est entière, quand il y a des choses qu’elle ne supporte pas, elle réagit car elle estime qu’elle ne peut pas laisser passer ça. Après, que le FN l’attaque, elle s’en fout. Elle ne regrette pas ce qu’elle a dit. Elle n’a pas sa langue dans sa poche et c’est aussi ce qui fait sa force en politique”.
L’ancienne Lyonnaise ne semble pas avoir trop de souci à se faire puisqu’elle aborde cette élection en étant archi-favorite : le bilan de Delanoë est bon, la droite parisienne se déchire... Mais Christophe Barbier préfère rester prudent : "Il faut qu’elle fasse attention de ne pas être trop tôt dans la position de future maire. Si tout le monde commence à se tourner vers elle, Bertrand Delanoë ne va pas apprécier et pourrait lui savonner la planche dans la dernière ligne droite.”
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