Collomb dénonce l’ambiguïté d’Hollande

Date de publication : 06/12/2012

Le maire de Lyon juge sans langue de bois les premiers mois de François Hollande à l’Elysée. Selon lui, le président de la République devrait assumer une ligne social-réformiste plutôt que vouloir satisfaire tous les courants du PS. Entretien.


Vous êtes surpris par la chute dans les sondages de François Hollande et Jean-Marc Ayrault ?

Gérard Collomb : On traverse une période très difficile avec une crise mondiale. Tous les gouvernements en supportent les conséquences. En Europe, en Asie, aux Etats-Unis. Même Mario Monti qui est pourtant très consensuel en Italie connaît des difficultés. La France ne peut donc pas être une exception.

C’est l’échec de la "présidence normale” voulue par Hollande ?

Non. Les Français ne se lèvent pas chaque matin en se demandant s’ils ont un président "normal” ou pas. C’est une question secondaire. Ce qui les intéresse, c’est comment il va surmonter la crise et réduire le chômage.

Prendre Ayrault comme Premier ministre, ce n’était pas une erreur de casting ?

Il a été un très bon maire de Nantes et ce n’est pas un mauvais Premier ministre. Mais pour gouverner, il faut fixer un cap. Pour le moment, tout le monde tire à hue et à dia. Du coup, Jean-Marc Ayrault apparaît un peu écartelé au milieu de tout cela, ce qui ne donne pas une bonne image.

Mais cette cacophonie, c’est parce qu’il tient mal ses ministres !

On l’entend dire mais ce n’est pas mon analyse. Si c’était le chef de gouvernement qui avait le choix total de la nomination des ministres en France, cela se saurait !

Vous voulez dire que le premier responsable, c’est Hollande ?

François Hollande a évidemment constitué le gouvernement qu’il souhaitait. Avec ses bons côtés mais aussi avec quelques difficultés. A lui de les apprécier. Si j’ai une remarque à faire, c’est que la France, ce n’est pas le Bureau national du PS et qu’on ne peut la gouverner à la proportionnelle des courants. Il faut qu’il y ait une ligne. Et vous devez choisir ceux qui sont en accord avec cette ligne.

Il ne faut pas tolérer certaines divergences dans une équipe ?

Personnellement, j’ai une expérience ancienne des équipes plurielles à Lyon et au Grand Lyon. Je sais qu’il y a toujours des désaccords sur un ou deux points et que cela vaut la peine de dépenser un peu d’énergie pour parvenir au rassemblement. Mais quand certains membres d’une équipe ne sont d’accord sur rien, ils doivent en tirer les conséquences et il vaut mieux qu’ils partent. Plus les gens expriment des vues concordantes et mieux c’est pour la crédibilité de l’équipe.

Un remaniement ministériel serait-il nécessaire ?

On n’en est pas là ! Mais si c’est pour faire entrer des gens d’expérience, pourquoi pas ?

Vous avez des propositions ?

Non !

Vous souhaiteriez entrer au gouvernement ?

Ce n’est pas le problème. Beaucoup d’autres que moi ont de l’expérience en France.

Globalement, quel bilan vous tirez de ces premiers mois du gouvernement ?

Il y a un premier point sur lequel l’action du président de la République et du gouvernement a été bonne, c’est l’Europe. L’élection de François Hollande a permis de faire bouger les lignes. Grâce à sa bonne entente avec Monti, il a permis à Draghi, le président de la Banque européenne, de prendre des mesures qui vont dans le sens de la relance économique et aussi de la solidarité. Alors qu’avec Nicolas Sarkozy, on était arrivé à deux doigts de l’éclatement de la Zone euro.

Et les points négatifs ?

Le point problématique me semble dans la relation du gouvernement vis-à-vis des entreprises. On ne relancera pas l’économie française sans un minimum d’empathie pour les entreprises. Il faut que nos entreprises leaders puissent continuer à conquérir des parts de marché dans le monde et que nos PME se renforcent pour devenir ces entreprises de taille intermédiaire qui font la force de l’Allemagne. Ce qui nécessite des politiques d’accompagnement fortes de la part des pouvoirs publics. Nous avons réussi à créer une vraie dynamique dans l’agglomération lyonnaise. C’est parce que nous avons fait cela qu’on a, par exemple, noué des relations solides entre l’université, la recherche et le monde de l’entreprise, et qu’on a soutenu activement tous les projets qu’ils bâtissaient ensemble.

François Hollande a un problème avec les patrons ?

C’est un social-réformiste. Je n’ai pas de doute là-dessus. Il faut maintenant qu’il l’assume et le revendique. Il ne pourra pas être perpétuellement en équilibre. Pour gouverner une ville ou un pays, on ne peut pas rester dans l’ambiguïté perpétuelle.

Peut-être qu’il veut préserver l’électorat de Mélenchon qui a voté pour lui au second tour de l’élection présidentielle ?

Ce n’est pas que le problème des électeurs de Mélenchon. Le PS a besoin de clarifier ses positions. On l’a bien vu lors du vote pour le Traité européen. Mais François Hollande doit aller dans un sens clair, quitte à contrarier certains au PS. Car c’est dans la dynamique qu’il conquerra la confiance des Français, y compris les électeurs de Mélenchon.

Quel genre de mesures devrait prendre le gouvernement ?

Le problème de la compétitivité de notre industrie me semble fondamental dans ses deux aspects : coût d’abord, où on a perdu du terrain ces dix dernières années par rapport à l’Allemagne et aux Pays scandinaves. Ensuite, compétitivité, dans ses aspects qualité et innovation où là aussi, on a reculé. Si on veut repartir de l’avant, il faut reformater notre appareil productif. Mais pour cela, il faut lui permettre de bouger ! Ce qui implique des changements dans les relations contractuelles entre entreprises et salariés. Les premières demandent davantage de flexibilité et les salariés, eux, veulent de la sécurité dans leur vie professionnelle. Il faut faire s’accorder ces deux préoccupations. D’ailleurs, c’est ce qui avait été annoncé lors de la grande conférence sociale organisée début septembre par le gouvernement. Mais il doit maintenant agir ! Ce n’est pas un problème à résoudre dans 5 ans mais tout de suite.

Quand Arnaud Montebourg défend le Made in France, vous le soutenez ?

Le Made in France, tout le monde a applaudi. Mais la méthode était brutale et apparaissait du coup en contradiction avec la ligne qu’il défendait. S’il veut promouvoir l’industrie française, il devra bien le faire avec des patrons. Si on veut aller dans le sens du rapport Louis Gallois sur la compétitivité et créer une vraie force industrielle française, c’est bien avec eux qu’on le fera. Ce qui n’empêche pas de réformer le fonctionnement des entreprises. Jean-Louis Beffa vient de réaliser un rapport très intéressant à ce sujet où il parle à la fois du développement des entreprises, mais aussi de leur nécessaire transformation pour mieux représenter, en leur sein, les salariés.

Le gouvernement peut se réconcilier avec les patrons ?

Oui, s’il comprend les entreprises comme des projets collectifs portés par des équipes qui se projettent dans l’avenir, sans imaginer qu’elles sont toutes soumises au court-termisme et à leurs cours de bourse. A cette condition, je pense même qu’il pourrait y avoir un grand rassemblement des chefs d’entreprises autour de ce gouvernement. Parce qu’il y va de l’intérêt de la France.
Mais vous pensez qu’un accord est possible ?
Les chefs d’entreprises ne refusent pas toutes les mesures. Quand je les rencontre, ils se déclarent prêts à payer pour le redressement des comptes du pays. Mais ce qu’ils aimeraient s’entendre dire, c’est qu’on les aime, qu’on a besoin d’eux et qu’on va travailler avec eux.

Les "pigeons”, ce n’est pas un mouvement manipulé par la droite ?

Je ne les connais pas en particulier et la droite peut évidemment mettre de l’huile sur le feu. Mais leur réaction correspond à celle des créateurs de start-up que je connais. Beaucoup aiment ce qu’ils font et ne sont pas là uniquement pour maximiser leurs profits. Si on pense qu’en France, il n’y a que des méchants patrons, je ne vois pas comment on va redresser l’économie !

Au fond, quel est le risque de cette fracture avec les chefs d’entreprises ?

Décourager les vocations. Prenez le jeune qui sort à Bac+7. S’il va dans des grands groupes internationaux, il peut s’assurer des revenus très confortables. Alors, est-ce qu’il a intérêt à lancer une entreprise si, après des années d’efforts, après avoir demandé à ses amis d’investir dans sa boîte, tapé sa famille et hypothéqué sa maison, l’Etat dit qu’il va tout lui prendre ? Qu’est-ce qui lui donnera envie d’assumer tous ces risques, de ne pas dormir la nuit et de se lever à 6 h du matin ?

Et les salariés qui ont vu leur revenu baisser à cause de la suppression de l’exonération des heures supplémentaires ?

Dans une vue un peu dogmatique, cette question a été tranchée un peu vite. Et aujourd’hui, je vois des ouvriers qui ont perdu plusieurs centaines d’euros par an. Et qui me disent "bravo la gauche !”.

Vous avez soutenu Hollande et vous ne pouvez pas lui reprocher d’avoir pris cette mesure qu’il avait annoncée dans son programme présidentiel...

Si j’ai soutenu François Hollande, c’est que je pensais qu’il était proche de la politique que je juge nécessaire pour la société française. J’ai soutenu un projet global, pas toutes les promesses…

Hollande aurait dû oublier certaines de ses promesses par pragmatisme ?

Mais les électeurs ne demandent pas aux hommes politiques de tenir toutes leurs promesses coûte que coûte ! Les Français ne sont pas des notaires qui pointeraient chaque proposition des candidats. Ils demandent que l’économie aille mieux, que le chômage régresse et que le pouvoir d’achat s’améliore. Bref, que le gouvernement réussisse.

Vous auriez aussi des réticences sur le mariage homosexuel ?

Non. C’est vrai que c’est une question sur laquelle j’ai longtemps hésité. N’y avait-il pas le PACS ? Mais des amis proches m’ont convaincu sur ce point. Par contre, je mets en garde contre des dérapages qui demain permettraient, de manière mercantile, des recours à des mères porteuses. Car ce serait une régression formidable pour la liberté et la dignité des femmes.

Quels sont les ministres dont vous appréciez particulièrement l’action ?

Manuel Valls. C’est un de ceux dont l’action a une vraie visibilité. On comprend la ligne qu’il incarne. Tant mieux car la sécurité est une question très importante.

Et Najat Vallaud-Belkacem, la Lyonnaise porte-parole du gouvernement, vos relations avec elle sont aussi dégradées que l’affirment certains media ?

Non, tout va bien. Elle fait ses armes dans ce gouvernement. Et c’est très bien qu’elle progresse. Elle fait son job, je fais le mien. Et je ne comprends pas qu’on essaie de nous positionner en rivaux. Ça me semble même stupide. En politique, il faut du temps. Conquérir une mairie, cela se fait dans la continuité. Il faut des années pour être reconnu, apprécié. Moi, ça m’a pris quarante ans.

Comment le gouvernement pourrait-il rebondir ?

En fixant un cap clair. Je me rappelle une réplique de Mitterrand aux députés socialistes qui étaient assez critiques après son élection en 1981. Il leur a demandé de ne plus regarder son action point par point, mais de relier tous ces points pour voir quelle était la ligne. Les Français n’attendent pas une succession de mesures pointillistes, ils veulent voir quelle est la ligne du gouvernement.

Mais Hollande et Ayrault ont tenté de reprendre la main ces dernières semaines...

Deux ou trois interventions dans les media ne suffiront sans doute pas. Mais le gouvernement est déjà en train de rectifier les mesures les plus discutables de la loi de finances. Au fond, cela aura fait beaucoup de bruit pour rien. Il faut écrire une nouvelle page.

Vous craignez que l’affaiblissement de ce gouvernement de gauche ne vous porte tort pour les prochaines élections municipales à Lyon ?

Je pense qu’à Lyon, les gens ont confiance en l’action de l’équipe que je préside. Il me semble même qu’on rassure dans cet environnement mouvant. Les gens y voient de la solidité, de la stabilité. Quelle que soit leur opinion politique, les Lyonnais savent qu’il y a une ligne qui permet à notre agglomération de continuer à progresser. J’en veux pour preuve la construction de logements. Elle s’effondre dans certaines villes françaises. Pas à Lyon.

Mais la droite lyonnaise s’organise avec des Primaires pour désigner votre adversaire en 2014  !

Quelles Primaires ? Denis Broliquier a annoncé qu’il se présenterait au nom de l’UDI quoiqu’il arrive. Ce ne sera donc plus que des primaires UMP. Et je ne suis pas sûr que le combat pour savoir qui, d’Emmanuel Hamelin et de Michel Havard, sera le candidat de ce parti aux prochaines municipales, mobilisera les foules. Je sais par expérience que rien n’est jamais acquis en politique. On va donc continuer à aller de l’avant ! 

Article publié dans Mag2 Lyon de novembre 2012
A lire dans le Mag2Lyon de décembre :

UMP. L’exception lyonnaise ? Alors que copéistes et fillonistes s’écharpent au niveau national, leurs partisans lyonnais affichent leur volonté de maintenir un dialogue en dénonçant l’irresponsabilité de leurs leaders. 

Verts. Les désaccords se multiplient entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts. Cette alliance est-telle tenable ? L’analyse de Gilles Buna, adjoint à l’urbanisme, qui a initié la démarche gauche plurielle à Lyon dès les années 1995. Un élu incontournable qui révèle aussi pourquoi il ne se représentera pas aux prochaines élections municipales.

PS. David Kimelfeld, premier secrétaire de la fédération socialiste du Rhône est un chef d’entreprise et en plus, il passe pour être le nouveau dauphin du maire de Lyon. Etonnant à une époque où les polémiques entre le gouvernement et le patronat se multiplient. Portrait.


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Les résultats dans les 14 circonscriptions :

Elections Métropolitaines :

Les résultats définitifs par circonscription

Lyon Ouest

L'écologiste Bertrand Artigny est largement en tête avec 43,50% contre 28,63% pour Thomas Rudigoz (Liste Kimelfeld) et 27,87% pour Gérard Collomb (Liste Buffet)

Lyon Centre

L'écologiste Fabien Bagnon (47,31%) distance le président sortant David Kimelfeld (29,51%) et Pierre Chambon (Liste Buffet) (23,19%)

Lyon Nord

Le LR Pascal Blache (40,44%) devance Florence Delaunay (37,48%) et Catherine Panassier (liste Kimelfeld) (22,09%)

Lyon Est

L'écologiste Isabelle Petiot (45,24%) est largement devant Carole Burillon (liste Buffet) (29,86%) et Guy Corazzol (liste Kimelfeld) (24,90%) 

Lyon Sud

Large avance pour l'écologiste Thomas Dossus avec 56,55% des voix devant Myriam Picot (Liste Kimelfeld) (23,49%) et Christophe Geourjon (Liste Buffet) (19,95%)

Lyon Sud-Est

L'écologiste Nathalie Dehan gagne avec 47,25% devant Louis Pelaez (liste Collomb) (27,41%) et Michel Le Faou (liste Kimelfeld) (27,41%)

Villeurbanne

L'écologiste Bruno Bernard l'emporte largement (66,79%) face à Prosper Kabalo (33,21%)

Val de Saône

Marc Grivel (Liste Kimelfeld) 36,84% devance la centriste Michèle Vullien (Liste Buffet) 33,44% et l'écologiste Jérémy Camus (29,72%)

Plateau Nord Caluire

Le LR Philippe Cochet est en tête avec 52,75% contre 29,42% pour l'écologiste Séverine Hemain, 13,40% pour Cécilia Sanchez (13,40%) et 4,43% pour Emmanuelle Pelluet (Liste Collomb du 1er tour)

Rhône Amont 

La PS Hélène Geoffroy (48,72%) devance le LR Christophe Quiniou (Liste Buffet) (39,07%).

Portes du Sud

La mairie communiste sortante de Vénissieux, Michèle Picard (39,87%), devance l'alliance dirigée par Yves Blein, député LREM (33,65%)

Portes des Alpes

Le maire LR de Saint-Priest Gilles Gascon (liste Buffet) 46,35% devance l'écologiste Véronique Moreira (41,03%) et le RN Rémi Berthoux (12,61%)

Lônes et Coteaux

L'écologiste Jean-Charles Kohlhaas (36,61%) arrive tout juste en tête devant François-Noël Buffet (36,07%) soutenu par Gérard Collomb et Jean-Luc da Passano (liste Kimelfeld) (27,32%)

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