La revanche d’un passionné

Date de publication : 07/01/2013

Victor Bosch signe son grand retour. Deux ans après son éviction du Transbordeur, il reprend la direction d’une nouvelle salle de spectacle : le Radiant-Bellevue à Caluire qu’il veut transformer en Olympia. Une revanche ?

Il a un look improbable. "Des cheveux de clown”, comme il en plaisante lui-même, qui ont tendance à partir sur le côté, alors que son crâne reste désespérément chauve. Une allure qui lui donne tout de suite une tête sympa. D’autant plus que Victor Bosch affiche en permanence un grand sourire et a toujours le mot pour rire. Un vrai personnage qui, à 61 ans, semble avoir déjà vécu plusieurs vies.

Après les événements de mai 68, Victor Bosch monte, avec une bande de copains, un groupe de rock, Pulsar, dont il est le batteur. Ce qui devait être un loisir se professionnalise rapidement, et les jeunes Français enregistrent cinq albums. Ils se font remarquer en signant avec une maison de disques anglaise. Une première à l’époque. "C’est aussi prestigieux que pour un étudiant d’être admis à l’université de Yale”, se souvient, encore fier, Victor Bosch. Un de leurs albums, "Halloween” sorti en 1977, va même être classé parmi les meilleurs albums de rock progressif. A 26 ans, le jeune Victor Bosch a déjà réussi à se faire un nom dans le milieu de la musique. Pourtant, brutalement, il arrête tout au début des années 80. "Ce qui me faisait vibrer à 18 ans le faisait moins à 30. Et puis je n’avais pas envie de faire partie du cimetière des éléphants. J’ai donc préféré tout arrêter, même si le rock reste ma passion première.” Victor Bosch part alors à la recherche d’un nouveau projet.

Au début des années 80, il rencontre Guy Darmet qui vient de prendre la direction de la Maison de la Danse et qui réfléchit à monter une Biennale. Les deux hommes ne se connaissent pas, mais s’entendent immédiatement. Victor Bosch devient ainsi chargé de production de la première Biennale de la danse en 1981 ainsi que du Festival Berlioz consacré à la musique lyrique. Festival qui sera remplacé des années plus tard par la Biennale d’Art contemporain. On est loin de l’univers du rock. "Je ne connaissais rien à la danse classique et aux chanteurs lyriques, mais cette expérience m’a permis d’acquérir un bac +10 en culture !” raconte, enjoué, Victor Bosch. A cette occasion, il rencontre de nombreux artistes et professionnels. C’est aussi à cette époque qu’il apprend à monter des opéras. Pendant toutes ces années, il s’éclate. Mais le rock est toujours dans un coin de sa tête.

Zone industrielle

Nouveau coup du hasard. En 1987, André Soulier, adjoint de Francisque Collomb, le maire de Lyon, demande à le rencontrer. On est à moins de deux ans des élections municipales. Victor Bosch se souvient bien de cet entretien improbable : "Il m’a dit : il paraît que vous connaissez bien le monde de la musique et du rock. Puis il a été hyper franc en me disant de but en blanc : On n’a rien fait pour la jeunesse pendant le mandat donc il faut absolument trouver une idée. Il pensait à une sorte de club.” Ça faisait déjà un moment que Victor Bosch rêvait d’une salle de rock à Lyon. Il se saisit tout de suite de ce projet et part à la recherche d’une salle. Coup de cœur immédiat pour l’ancienne usine des eaux qui servait à l’époque de lieu de performances artistiques un peu hype et underground. Le lieu n’est pas très accueillant et ressemble plus à une zone industrielle, avec une autoroute à proximité, qu’à une future salle de concert. Pourtant, c’est bien sur ce site que Victor Bosch va oser le pari fou de créer une salle de spectacle de 1 500 places. Le Transbordeur. Et à l’époque, tout le monde dénonce ce projet. Notamment Gérard Collomb, qui fait alors partie de l’opposition. Personne ne croit à la viabilité d’une telle salle. Pourtant, en quelques années, Le Transbordeur va accueillir presque tous les grands noms du rock international, puis du hip-hop et des musiques internationales. Le lieu devient incontournable, et Victor Bosch gagne encore en notoriété au niveau national, où tout le monde salue son initiative. Mais la carrière du Lyonnais va prendre un nouveau tournant au milieu des années 90. Encore grâce à une belle rencontre et un sacré culot.

Folie

"Guy Darmet, encore lui, débarque un jour de 1996 au Transbordeur avec Luc Plamondon”, raconte Victor Bosch. "Ils étaient très amis. Quand Plamondon est venu voir Darmet, il était complètement démoralisé car personne ne voulait de sa comédie musicale, Notre-Dame de Paris.” A cette époque, l’artiste traverse même une période difficile. Ses deux dernières comédies musicales, "La légende de Jimmy” et "Les romantiques” ayant été de vrais flops. Pour "Notre-Dame de Paris”, Plamondon a fait appel à Richard Cocciante. A cette période, lui aussi est considéré comme ringard. Sans oublier que les comédies musicales ne sont plus à la mode. Du coup, personne ne veut s’engager sur un tel projet. Victor Bosch accepte cependant d’écouter deux titres : "Belle” et "Le temps des cathédrales”. Un véritable choc. "Je me suis dit que j’avais deux tubes dans les mains”, explique le patron du Transbordeur. Il hésite, se demande pourquoi personne depuis trois ans n’a réagi à ces deux mélodies... Mais finalement, il se lance à fond dans ce projet et investit même de l’argent à titre personnel pour pouvoir monter cette comédie musicale. Malgré les critiques, les reproches et les gens qui le font douter, il ne lâche rien, convaincu de son choix. Et le Lyonnais voit juste. "Notre-Dame de Paris” est un succès international : 10 millions d’albums vendus, 5 millions de spectateurs... Une véritable folie qui va lui permettre de gagner énormément d’argent. Tellement, qu’il refuse de communiquer le moindre chiffre. Mais Victor Bosch ne compte pas s’arrêter là. Il se lance dans une multitude d’autres projets dont "Kirikou et Karaba”, autre comédie musicale à succès. Pourtant, en 2010, Victor Bosch connaît ses premiers déboires.

Rénovation

Alors qu’il gère le Transbordeur depuis plus de 20 ans, Victor Bosch découvre dans la presse que c’est Jean-Pierre Pommier, de la société de production lyonnaise Eldorado, qui va reprendre "son bébé”. La ville de Lyon lui ayant attribué la délégation de service public sans en informer son fondateur. Victor Bosch est déçu et particulièrement énervé contre le maire, Gérard Colllomb. Mais aujourd’hui, il affirme avoir tourné la page, préférant ne pas revenir sur cette polémique. "Je n’ai pas envie de passer pour un mec aigri”, souligne Victor Bosch. Pendant deux ans, il va s’occuper d’organiser des concerts en gérant plusieurs artistes, dont Laurent Voulzy et Francis Cabrel. Puis il y a quelques mois, il apprend que la ville de Caluire cherche quelqu’un pour prendre la direction du Radiant. Une salle qui est en pleins travaux de rénovation. "Honnêtement, je n’avais pas prévu de reprendre une salle”, raconte Victor Bosch. Au début, il est sceptique. D’autant plus qu’il n’y a jamais mis les pieds. Mais il tombe sous le charme du lieu, de son immense plateau, et de ses 2 440 places debout. Une fois encore, il prend sa décision sur un coup de cœur. Il présente sa candidature et devient directeur du Radiant-Bellevue. Son objectif : faire de cet endroit un lieu populaire pour "lutter contre le snobisme de la culture”. En mettant en avant la chanson française  : Jane Birkin, Christophe Willem, Olivia Ruiz, Thomas Fersen... De nombreux artistes ont déjà répondu favorablement à l’appel de Victor Bosch. Le Radiant va ouvrir en janvier. Avec une belle programmation pour cette première demi-saison. Une belle revanche ? "Pas question de parler de revanche”, coupe immédiatement Victor Bosch. Ni même de concurrence. "Je ne vais pas refaire un Transbordeur. Les époques ne sont pas les mêmes et il faut innover sans cesse. D’autant plus qu’il y a de la place pour tout le monde. On ne manque pas d’artistes, mais de lieux pour les accueillir.” Même son de cloche du côté de la municipalité de Caluire et de son maire UMP, Philippe Cochet, qui a été clair lors de la présentation de la saison : "Nous avons souhaité créer un axe pluridisciplinaire fort qui entrera en résonance avec ce qui est déjà proposé à Lyon.” Pas de concurrence donc, mais une cruelle envie de revenir sur le devant de la scène...

Article publié dans Mag2 Lyon de décembre 2012
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