“Les écologistes sont utiles au gouvernement”

Date de publication : 07/01/2013

Les désaccords se multiplient entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts. Cette alliance est-elle tenable ? L’analyse de Gilles Buna, adjoint à l’Urbanisme, qui a initié la démarche gauche plurielle à Lyon dès les années 1995. Un élu incontournable qui révèle aujourd’hui pourquoi il ne se représentera pas aux prochaines élections municipales.


Avec le recul, vous pensez que l’accord de gouvernement entre socialistes et écologistes était mauvais ?

Gilles Buna : L’accord signé entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts me semblait équilibré et même ambitieux puisqu’il était question de réduire la part du nucléaire de 75 à 50 % d’ici 2025, et de développer les énergies renouvelables pour qu’elles atteignent les 20 % avec un grand programme de rénovation thermique des bâtiments. Les points traités étaient nombreux car on ne parlait pas seulement écologie mais aussi social. Le problème, c’est qu’à peine cet accord signé, les Verts ont décidé de présenter une candidate à l’élection présidentielle. Une attitude contradictoire !

Pourquoi présenter Eva Joly était, selon vous, une erreur ?

Parce qu’elle a mené une campagne qui n’était plus en cohérence avec cet accord, en exigeant par exemple la sortie totale du nucléaire. Et François Hollande lui-même a logiquement déclaré que cet accord entre partis ne l’engageait pas. Les communistes étant pro-nucléaire, il devait s’en émanciper pour conserver cette alliance. Il a donc fallu attendre le lendemain du premier tour pour négocier en 48 h un nouvel accord. Dans la précipitation. Ce qui était forcément du rafistolage.

Mais depuis l’entrée des écologistes au Gouvernement, ils ont obtenu des avancées ?

Oui. En matière de justice, de fiscalité, d’emploi des jeunes, d’éducation, de retraite, de décentralisation, de statut pénal du chef de l’Etat, d’équité de traitement dans les demandes de régularisation des étrangers... On verra aussi ce qui va sortir de la conférence sur la transition énergétique. Pour moi, les aspects positifs l’emportent largement.

Les deux ministres, Cécile Dufflot et Pascal Canfin, vous paraissent à la hauteur ?

Oui. Cécile Dufflot n’a pas attendu d’être ministre pour s’occuper de logement. C’est un dossier qu’elle connaissait bien pour avoir travaillé chez un bailleur social. Et elle sait se montrer pragmatique. Quant à Pascal Canfin, il n’est pas ministre mais secrétaire d’Etat en charge d’un domaine qui n’est peut-être pas à la une de l’actualité. Mais on connaît son sérieux. Quand il était député européen, il a réalisé un travail remarquable sur les paradis fiscaux qui a inspiré en grande partie la législation européenne actuelle.

Aucun regret ?

Si. Je pense qu’un troisième ministre comme Yannick Jadot, un autre député européen, n’aurait pas été de trop. Mais il a été écarté par certains dirigeants des Verts comment Jean-Vincent Placé au motif qu’il était trop proche de Daniel Cohn-Bendit, clairement opposé à la candidature d’Eva Joly.

Les écologistes doivent rester au Gouvernement malgré des désaccords ?

Oui. Certains désaccords comme Notre-Dame-des-Landes étaient d’ailleurs actés dès le départ. En revanche, je suis choqué par l’évacuation du site. Quand Mitterrand a été élu en 1981, il a mis au contraire fin au conflit du Larzac. Je ne me souviens pas d’interventions aussi sauvages des forces de police. Aujourd’hui, il y a eu un excès dans la répression et le Gouvernement a été obligé de négocier en créant une commission.

D’autres points qui vous choquent  ?

Les déclarations de Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, quand il s’exonère de toute responsabilité dans l’arrestation d’une indépendantiste basque extradée pour des faits qui ne sont pas considérés comme des délits en France. Au motif qu’il n’était pas informé.

Vous oubliez l’éviction de Nicole Bricq du ministère de l’écologie ?

Non. C’était un mauvais signal car elle a été remplacée par une ministre, Delphine Batho, moins offensive. Mais pour moi, cela relève plus d’un problème de cohérence de l’ensemble du Gouvernement que d’une tension spécifique entre PS et écologistes.

Quelle manque de cohérence ?

Ce Gouvernement n’arrive pas à se tenir à une orientation. Au contraire, on assiste à une véritable cacophonie avec des ministres qui enchaînent des déclarations contradictoires et un président qui cède sur certains dossiers avant de revenir ensuite sur ses déclarations. La communication est assez déplorable. Je plains sincèrement Najat Vallaud-Belkacem qui m’a confié que les informations qu’elle reçoit des cabinets ministériels ne sont valables que quelques heures dans la journée.

Comment sortir de ces cafouillages ?

La mise en place de groupes de travail entre les différentes sensibilités politiques qui vient d’être annoncée me semble être un préalable. C’est indispensable pour retrouver une cohérence car il est plus que temps de remettre de l’ordre dans ce gouvernement avec une démarche collective pour que des orientations intéressantes ne soient plus occultées par les dissensions sur leurs applications.

L’expérience lyonnaise de travail entre socialistes et écologistes peut servir ?

Oui. On a discuté ensemble du programme bien en amont. Ce qui a évité ensuite des tensions. En 2001 comme en 2008.

Vous-même, vous tirez un bilan positif après deux mandats aux côtés de Collomb ?

Oui. Après onze ans d’exercice de la gauche plurielle à Lyon, j’estime qu’on a obtenu une évolution considérable. Ce qui n’était pas gagné au départ car le développement durable n’est pas dans ses gênes. Gérard Collomb est plutôt de culture positiviste, c’est-à-dire qu’il pense que la science peut trouver des solutions à tous les problèmes. Mais il a vite appris. Lyon est devenue une ville plus verte. On a requalifié des quartiers, rénové l’habitat, densifié la ville plutôt que de l’étendre indéfiniment tout en rééquilibrant le végétal et le minéral avec la création de parcs comme Sergent Blandan ou des jardins de proximité. On a aussi lancé un grand plan d’économie d’énergie sur la lumière.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier ?

Les questions de mobilité et de reconquête de l’espace public sur l’automobile, en particulier les berges du Rhône. Au départ, Gérard Collomb était réticent à supprimer 1 600 places de parking sur les quais. Il était tenté de faire ce projet à moitié, c’est-à-dire de laisser encore une part à la voiture plutôt que de reconquérir entièrement les berges pour les modes doux, piétons et vélos. Mais il m’a fait confiance et il a suivi la méthode que je proposais. On s’est d’abord adressé à ceux que le projet allait enthousiasmer. Les associations de piétons et des cyclistes, les riverains... Puis on a élargi. Et on connaît aujourd’hui le succès de cet aménagement.

Pas de projet auquel vous avez dû renoncer ?

Si, l’ascenseur qui aurait permis de relier le centre du second tunnel de la Croix-Rousse, réservé aux mode doux, au boulevard de la Croix-Rousse. Cela aurait permis d’éviter à ses habitants de devoir faire le tour par les quais du Rhône ou de la Saône pour le rejoindre. Mais ce projet n’a jamais été chiffré. J’avais pourtant le soutien de Jean-Luc da Passano, chargé du projet à la Communauté urbaine.

Rien à critiquer dans l’attitude de Gérard Collomb ?

Si, et j’ai déjà eu l’occasion de lui dire. Je l’ai trouvé trop brutal et trop agressif dans son expression à la Communauté urbaine contre certains écologistes ou lors de la campagne aux élections législatives entre Thierry Braillard et Philippe Meirieu. Au lieu de souligner que les écologistes votent 97 % des délibérations, il les provoque et ils s’empressent de répliquer !

Continuer à déléguer l’eau au privé, c’est quand même un renoncement pour les écologistes qui ont toujours milité pour la remunicipalisation de ce service public !

Je me méfie de ces positions idéologiques. Parce qu’on est écologiste ou de gauche, on doit être favorable à la régie directe. Mais la question de fond, ce n’est pas le choix entre le privé ou le public qui est une querelle abstraite. C’est la capacité de la communauté urbaine à contrôler cette distribution de l’eau pour encadrer ses tarifs, s’assurer de la protection de cette ressource... Bref, définir un cadre avec des fonctionnaires et des experts compétents pour s’assurer qu’il est respecté. Alors que depuis la signature du contrat en 1986, on laissait la part belle au privé.

Mais d’autres villes ont fait ce choix de revenir à une régie directe ?

Certains écologistes citent Paris. Mais ils devraient regarder de plus près car ce retour à une gestion publique est limité. En fait, Paris a simplement repris en main la facturation. Et à Bordeaux, ils se sont donnés six ans pour y réfléchir  ! Il ne faut pas oublier la question de la réintégration des salariés qui travaillent actuellement pour les groupes privés. Cela entraînerait une hausse du nombre de fonctionnaires qui serait aussitôt dénoncée.

En terme de gouvernance, Collomb est plus ou moins tolérant qu’Hollande ?

Cela dépend des écarts. Il tolère des divergences d’analyse et même de stratégie politique. Exemple : Pierre Hémon annonce qu’il veut mener une liste autonome au 1er tour des prochaines élections municipales. Mais il n’est pas pour autant menacé dans sa délégation aux personnes âgées car il assure un travail sérieux.

Mais d’autres élus ont été sanctionnés comme Pascale Bonniel-Chalier ou Etienne Tête...

C’est différent. Pascale Bonniel-Chalier avait failli dans sa gestion de la Fête des Lumières. Quant à Etienne Tête, il y avait une perte de confiance suite à des attaques visant personnellement Collomb et non ses choix politiques. Etienne Tête a porté l’affaire en justice pour contester le retrait de sa délégation mais il a été débouté. En première instance et en appel.

Et quand Jean-Paul Bret retire sa délégation aux élus écologistes de Villeurbanne, vous le comprenez ?

Il n’a peut-être pas été très habile. Mais Béatrice Vessiller est assez extraordinaire. Il y a quelques années, elle affirmait que Jean-Paul Bret était le maire le plus écolo-compatible de l’agglomération. Et aujourd’hui, elle l’attaque. Je suis tout aussi perplexe quand elle critique notre conduite du projet Maisons Neuves. Elle estime que la concertation est trop tardive. Mais si on avait commencé plutôt, elle nous aurait reproché notre précipitation. Malgré son engagement et son intelligence, je peux comprendre que Bret ne souhaite plus cohabiter avec elle car l’expression de ses désaccords est toujours brutale.

Vous êtes favorable à une liste écologiste autonome au 1er tour des élections municipales à Lyon ?

Non. J’y suis totalement défavorable. D’ailleurs, Gérard Collomb estime aujourd’hui suffisamment maîtriser l’écologie pour se passer des Verts et il menace de ne pas faire d’union au second tour pour les écarter de l’exécutif comme Michel Destot à Grenoble.

Vous serez candidat à ces élections  ?

Non. Gérard Collomb souhaitait que je me représente à ses côtés et que je conserve mes fonctions d’adjoint à l’Urbanisme. Il sait que les acteurs de la transformation de la ville me font confiance. Mais j’ai décidé de renoncer pour des raisons de santé. Je lui ai expliqué. Mon état va évoluer et il ne sera plus compatible avec l’investissement qu’exige un poste d’adjoint à l’Urbanisme et aux espaces verts.

Ces problèmes de santé changent votre rapport à la politique ?

Je crois que je prends du recul mais aussi que je suis plus direct dans mon expression, notamment sur l’attitude de certains écologistes qui veulent faire de la politique autrement mais dont le comportement ne me paraît pas toujours respectueux d’une certaine éthique. Mais ces deux mandats auront été une belle aventure avec un travail accompli qui fait de Lyon une ville souvent citée comme exemplaire en matière de développement durable. 

Article publié dans Mag2 Lyon de décembre 2012
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