Un Ardéchois pour relancer la boxe

Date de publication : 07/01/2013

Depuis trois ans, la boxe est en déclin. La fédération a décidé de créer une commission de travail avec pour coordinateur principal Gérard Teysseron. Un vrai défi pour cet ardéchois de 64 ans, jusqu’alors principal organisateur de boxe en France.


Quel est votre rôle au sein de cette commission de travail ?

Gérard Teysseron : J’ai été nommé en octobre dernier par Humbert Furgoni, le président de la Fédération française de boxe, pour mettre en place un groupe de travail. Notre objectif est d’animer la boxe et notamment de suppléer la Ligue de boxe professionnelle, qui ne comptait plus que deux dirigeants l’an dernier ! Du coup, les jeunes boxeurs français n’ont disputé que 21 combats l’an passé, soit deux ou trois combats chacun. Ce n’est pas possible de progresser correctement avec si peu de rencontres. Augmenter ce nombre est mon plus gros challenge. 

Comment expliquez-vous ce déclin de la Ligue ?

D’abord, on manque de vrais dirigeants dans les clubs. Ce sont les entraîneurs et l’encadrement technique qui priment, ce qui est bien. Mais ils ne peuvent pas s’occuper en même temps de la vie du club et des boxeurs. Ils font donc moins de communication et moins d’événements. Mais le vrai problème, c’est le désintérêt progressif des télévisions. A l’époque d’Asloum, Canal+ avait déboursé 20 millions d’euros pour retransmettre les combats français et étrangers. Quatre ans après, c’est à peine 500 000 euros sur Ma Chaîne Sport.

Comment expliquez-vous le désintérêt des télévisions ?

Il y a de plus en plus de catégories et de champions en même temps dans la même saison. Le spectateur a bien du mal à comprendre notre sport. L’autre gros problème, c’est qu’on manque de stars. Depuis Jean-Marc Mormeck, personne ne tire cette discipline vers le haut. Et encore, même lui n’était pas très médiatique, car il n’a pas boxé en France pendant de longues années.

Mais il y a aussi la responsabilité des promoteurs qui ont bien profité du système !

Oui, je pense que c’est en partie la faute des promoteurs. On leur a proposé trop de combats avec un intérêt sportif limité. Par exemple, des affrontements entre boxeurs de niveaux différents. Moi-même, je ne peux pas dire que j’ai fait exclusivement des bons combats.

Ce désintérêt est propre à la France ?

Non, il est général. Dans de nombreux pays, il y a des problèmes de diffusion. En Allemagne, notamment, les plus grands organisateurs ont les mêmes problèmes que nous !

Mais la boxe ne manque-t-elle pas de lisibilité ?

Je comprends ce que vous voulez dire car il y a, dans le monde, de nombreux championnats et ça peut être difficile à suivre pour les novices. Mais il faut savoir, qu’en France, on a juste quatre compétitions : le championnat, la coupe de France, le critérium et les tournois. Donc pas de vrais problèmes de lisibilité. 

La boxe pourrait disparaître ?

Non, car il y aura toujours des combats. Il faut savoir que tous les boxeurs en France sont licenciés à la Fédération et ils font des combats internes entre eux, mais aussi face à des boxeurs étrangers, grâce aux promoteurs. De plus, il y a quelques années, nous avions 20 000 licenciés et aujourd’hui nous en sommes à 42 000. Ça prouve bien que la boxe n’est pas morte !

Qu’est-ce que vous avez mis en place pour cela ?

Il faut encourager l’organisation de galas. Pour permettre à des boxeurs de vivre, de progresser, mais aussi aux spectateurs d’assister à des combats. J’ai donc réduit les taxes. Avant, pour organiser un championnat de France, il fallait débourser environ 1 800 euros, dont 800 euros de taxes demandées par la fédération. J’ai fait baisser cette somme à 400 euros. Avec cette baisse significative, j’ai bon espoir que les promoteurs se lancent plus facilement. J’ai aussi demandé la création d’un tournoi pour boxeurs débutants et on compte déjà 80 engagés. D’ici janvier, date où ces deux mesures seront en place, on devrait arriver à prévoir plus de 200 combats pour ces jeunes boxeurs.

Ces mesures sont suffisantes ?

C’est un bon début. Mais le problème en France, c’est que dès que quelqu’un tente de faire bouger les choses, il est critiqué. Comme si je travaillais pour mon intérêt et pas pour le collectif.

Mais en tant qu’organisateur de combat, vous êtes un peu juge et parti !

A chaque fois que j’ai eu un rôle à la fédération, j’ai entendu cet argument. Aujourd’hui, je ne suis plus organisateur professionnel. Certes, je dirige encore la société Europrom, mais depuis que les télés comme TF1 et Canal+ ne nous donnent plus de sommes importantes, la boxe ne me rapporte plus rien. Au contraire, elle me coûte même de l’argent. Pour voir cette discipline sur Ma Chaîne Sport, j’ai investi 20 000 euros, tout comme l’ancien boxeur Antoine Montero. Mon seul objectif, c’est d’aider les 400 boxeurs professionnels que compte désormais la fédération. Avant d’être un organisateur, je suis un dirigeant et surtout un passionné de boxe.

Vous êtes confiant pour l’avenir ?

Bien sûr. L’an dernier, le Paris United de Brahim Asloum a remporté les World Series of Boxing avec de nombreux boxeurs français. Ca prouve qu’il y a du talent dans notre pays. D’autres jeunes sont également très bons, comme Romain Jacob, un calaisien de 23 ans. Mais son problème, c’est qu’il manque de charisme. Avec une vingtaine de combats à son actif, c’est normal. Il faut le laisser grandir, le laisser combattre et prendre de l’expérience. Mormeck, au même âge, n’était pas non plus charismatique. Honnêtement, je pense qu’il peut devenir un très grand.

Plus de 35 ans dans la boxe

Né le 10 octobre 1948 à Vernoux-en-Vivarais en Ardèche, Gérard Teysseron grandit dans des foyers et se réfugie dans le sport. Passionné de handball, il deviendra même, en 1971, président de l’Amical laïque d’Echirolles, après avoir rejoint Grenoble à la fin des années 60. Monteur chauffeur de formation, Gérard Teysseron découvre la boxe en 1978 lors d’un gala. "Un vrai coup de foudre”, se rappelle-t-il aujourd’hui. Du coup, quand le club d’Echirolles se tourne vers lui pour trouver une salle où boxer, l’Ardéchois n’hésite pas une seconde : il cède le siège de l’Amical laïque et obtient un rôle de délégué de réunion au sein du club. Peu à peu, il gravit les échelons et devient président en 1980. "L’intensité de cette discipline m’a convaincu que je devais devenir acteur et organiser des combats”, explique-t-il. Il prend alors en charge la carrière d’un certain René Jacquot, qu’il propulsera jusqu’au titre de champion du monde, en 1989. Un succès qui ouvre les portes de la gloire à Gérard Teysseron et à son club. Dès lors, de nombreux boxeurs comme Carmelo Nato ou Angel Mona s’inscrivent à Echirolles. "On est devenu l’un des plus grands clubs français. Tout le monde venait chez nous, car je m’occupais de trouver des combats pour les boxeurs, mais aussi des emplois à côté”, se souvient-il. Sa réussite lui ouvre les portes du team RMO, une structure plus professionnelle, où il devient directeur sportif. Là encore, une réelle réussite, puisque tous ses boxeurs deviendront au moins des champions d’Europe. Puis en 1992, Teysseron décide de se lancer en solo et de créer sa propre entreprise de production de combat : Europrom. De grands noms comme Boudouani, Girard, Salmon et plus récemment Mormeck travailleront avec lui. En partenariat pendant de nombreuses années avec TF1, ce sexagénaire devient le numéro un de l’organisation de combat. Mais la fin des partenariats entre les grandes chaînes de télévision et sa discipline le conduiront à réorienter sa carrière. Vice-président de la fédération française de boxe jusqu’en 2004, il deviendra ensuite consultant pour Eurosport et, plus récemment, producteur pour Ma Chaîne Sport. Désormais, il a en charge l’avenir de la boxe. Un challenge compliqué, qu’il prend comme un nouveau défi : "J’espère réussir, mais si je sens que j’échoue, je saurai laisser ma place sans qu’on me le demande”.

Article publié dans Mag2 Lyon de décembre 2012
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