L’inconnue lyonnaise du Quai d ’Orsay

Date de publication : 14/02/2013

Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, a été nommée au Gouvernement en juin 2012. Qui est cette Lyonnaise, longtemps expatriée en Irlande, qui est responsable des 2,5 millions de Français vivant à l’étranger ? Entretien.


Quelles sont vos origines familiales ?

Hélène Conway-Mouret : Je suis née en 1960 en Algérie, car mes parents s’y trouvaient à ce moment-là. Mais je suis arrivée à Sainte-Foy-lès-Lyon 10 jours après ma naissance. Après quelques années de vie lyonnaise, la famille s’est installée à Saint-Romain-en-Gal où j’ai passé l’essentiel de mon enfance. Je suis fille unique, petite-fille de cheminot, mais avec une grande famille, et surtout beaucoup de cousins. Nous passions nos vacances en Provence.


Quelles études avez-vous suivies ?

J’ai passé un bac S car je me destinais à la médecine. Mais avant de passer le concours, je me suis inscrite à la faculté de lettres de Bron-Parilly. J’avais, en outre, envie de parfaire mes connaissances en langues. J’ai alors eu l’idée de partir à l’étranger, avec une copine. En fermant les yeux, on a mis le doigt sur une carte et c’est tombé... sur l’Irlande  ! J’y suis restée plusieurs mois avant de valider ma licence à Lyon. Mais j’ai eu envie de repartir, parce que j’avais des attaches sentimentales en Irlande. J’ai alors été admise à Trinity College, qui est l’équivalent d’Oxford en Irlande, une université de prestige.


Quel a ensuite été votre parcours professionnel ?

A 20 ans, une licence de lettres en poche, j’ai obtenu un emploi d’enseignante dans une école à Dublin. J’avais presque le même âge que les élèves de Terminale ! Mais j’ai obtenu mon indépendance financière. J’ai passé l’équivalent du Capes, puis je me suis inscrite en Master de philosophie, avec des professeurs reconnus pour leur excellence. A 24 ans, j’ai commencé à enseigner le français à l’université, au Dublin Institute of Technology. Et 12 ans plus tard, j’ai été nommée à la tête du département des langues, qui comprenait 40 professeurs et 2000 étudiants.


Quand vous êtes-vous engagée en politique ?

Assez tardivement. Ma famille n’a jamais été vraiment politisée. Mais je me suis toujours sentie proche des valeurs de la gauche. Pendant longtemps, j’ai milité au sein d’associations françaises. Puis j’ai été élue conseillère à l’assemblée des Français de l’étranger en 1997, avec l’étiquette PS. En 2011, j’ai été élue sénatrice représentant les Français établis hors de France. C’était fabuleux d’arriver dans un Sénat qui basculait pour la première fois à gauche. J’ai retrouvé Gérard Collomb, que je connais de longue date et qui défend très bien sa ville dans l’hémicycle.


Pourtant, les expatriés sont sociologiquement à droite !

Le profil socio-économique des Français de l’étranger a évolué. Avant, il y avait beaucoup de cadres de sociétés françaises, mais aujourd’hui, la majorité des gens partent de manière individuelle : des étudiants, jeunes diplômés, mais aussi des familles qui ont une mobilité professionnelle à l’international. On a pu constater ce basculement aux dernières élections législatives, où 8 circonscriptions sur 11 ont été gagnées par la gauche.


Comment avez-vous appris votre nomination au Gouvernement ?

Je l’ai apprise de manière un peu surprenante par le Premier ministre, qui m’a dit par téléphone qu’il tentait de me joindre depuis des heures. En fait, j’avais égaré mon portable et venais de le récupérer avant de prendre le métro, où je me suis aperçue qu’un "inconnu” cherchait à me joindre, au vu des appels en absence enregistrés.... En une minute, je suis passée de sénatrice à ministre, comme ça, dans une station de métro.


Vous vous y attendiez ?

Non, mais j’étais prête, car je travaillais sur les dossiers des Français de l’étranger depuis longtemps. J’appartenais à la fédération des Français de l’étranger du Parti socialiste, où je m’occupais déjà des dossiers de l’audiovisuel extérieur de la France, la culture, le réseau scolaire... Mais quand on est ministre, on a vraiment les moyens d’avancer.


Quels étaient vos rapports avec François Hollande avant d’être nommée au Gouvernement ?

Ils ont toujours été très bons. C’est un homme incroyablement chaleureux, qui aime les autres et qui est très ouvert. Je l’ai connu davantage pendant la campagne, puisque j’ai assisté à tous ses meetings, que ce soit en France ou à l’étranger. J’ai aussi contribué à sa campagne par des notes, comme tous les parlementaires impliqués dans son équipe de campagne.


Est-ce que cela a un sens de représenter une communauté aussi éclatée et éloignée géographiquement ?

La création du ministère doit affirmer la cohérence de cette communauté. La distance ne justifie pas qu’on oublie 2,5 millions de Français, soit l’équivalent des populations des villes de Lyon et Marseille réunies. Ce serait se priver de relais et d’atouts très importants pour la représentation de la France.


A quoi ressemble désormais votre quotidien au ministère ?

Mon cabinet est composé de 10 membres, avec qui je travaille de 8h à 23h, sept jours sur sept. J’ai énormément de déplacements. En octobre, j’ai passé une seule semaine en France, et en novembre, j’ai surtout travaillé sur les réformes à Paris.


Concrètement, quelles sont vos missions ?

Je suis responsable du réseau consulaire, du réseau des écoles françaises, de la sécurité... C’est un ministère ouvert sur un grand nombre de sujets et de missions que me confie Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères. Je citerais l’exemple de la réforme sur la représentation politique locale des Français de l’étranger que je mène en ce moment, ou de la réforme de l’aide à la scolarité, qui se font à budget constant. Le ministre est informé de tout ce que je fais et valide mon travail.


Mais votre ministère n’est pas vraiment prioritaire...

Au contraire, le redressement du pays passe par l’international. Et pour que les produits se vendent, il faut accompagner les PME françaises à l’exportation, soutenir nos grands groupes pour les rendre plus compétitifs et qu’ils décrochent des marchés. Il y a 10 ans, le commerce extérieur était excédentaire et, aujourd’hui, il est déficitaire de 73 milliards d’euros. On doit faire appel à cette communauté établie hors de France pour nous aider à rétablir ce commerce extérieur. Certains Français de l’étranger qui ont réussi me demandent d’ailleurs comment faire pour aider notre pays.


Mais vous représentez aussi ceux qui quittent la France pour des raisons fiscales, donc qui n’ont aucune envie de la soutenir !

Ils sont une infime minorité et sont souvent le fait de quelques individus médiatiques. Je déplore l’amalgame entre exilés fiscaux et Français de l’étranger, et mon rôle est d’être la porte-parole des centaines de milliers de compatriotes anonymes établis à l’étranger pour des raisons professionnelles, familiales ou autres. Ils sont blessés par cette polémique car elle ne reflète pas la réalité de leur vie et de leurs rapports à la Nation.


Comment expliquez-vous que de plus en plus de Français rêvent de quitter la France ?

Ils ne la quittent pas, mais ils partent à la recherche d’une expérience internationale, généralement entre 3 et 10 ans, puis reviennent. Avec la mondialisation, les Français se comportent comme les autres. Ils se disent qu’il est important d’avoir une expérience internationale et d’apprendre d’autres langues, pour être aussi compétitifs sur le marché du travail que les autres. Ce qui est aussi très intéressant pour la France, puisque l’expérience et les acquis de ces expatriés sont des atouts quand ils reviennent.


Pourtant François Hollande a supprimé la prise en charge des frais de scolarité à l’étranger ?

La France n’a plus les moyens de faire des cadeaux aux plus riches. Mais l’Etat continue de subventionner chaque élève français à l’étranger à hauteur de 2 500 euros par an. Et l’enveloppe des bourses, qui s’élève cette année à 93,6 millions d’euros, sera de 125,5 millions en 2015. L’Etat continue à soutenir les familles, mais on va s’occuper des plus démunis, et les familles qui ont les moyens participeront à la scolarisation de leurs enfants.


Donc il n’y a pas de désamour vis-à-vis de la France ?

La particularité de notre pays est d’être attentive à son image, de se préoccuper de son rayonnement. Je suis convaincue qu’en dépit des difficultés économiques que rencontrent les Français et les Européens dans leur ensemble, il n’y a pas de désamour. Au contraire, l’exigence que montrent nos compatriotes pour leur pays est à la mesure de l’attachement qu’ils ont à la Nation et à ses valeurs. Cet attachement est d’autant plus fort, lorsqu’on est loin du pays. Les Français de l’étranger font partie intégrante de la Nation et le revendiquent.
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