Gabart, le “Lyonnais” du Vendée Globe

Date de publication : 15/02/2013

Pour sa première participation au Vendée Globe, le skippeur François Gabart est la grande révélation de cet "Everest de la mer”. Portrait d’un jeune homme talentueux, Lyonnais d’adoption. 

Lundi 10 décembre, François Gabart bat le record de la plus grande distance parcourue en 24 h lors d’un Vendée Globe. Soit 986,5 kilomètres à près de 22 nœuds de moyenne. Une vitesse impressionnante qui n’a pas semblé affoler plus que ça ce jeune skippeur de 29 ans. "Ça tremblait un peu sur le bateau, mais je n’ai jamais eu l’impression d’aller trop vite”, a-t-il raconté à Mag2 Lyon quelques jours plus tard, au cours d’une interview en pleine mer, au téléphone. Il faut dire que le jeune homme est pressé. Deuxième ce jour-là, il a, grâce à ce record, fondu sur Armel Le Cléac’h pour reprendre la tête. Une vraie performance pour ce novice de la compétition. "Pour ceux qui le connaissent, ce n’est pas une surprise. On savait qu’il avait un bateau rapide et beaucoup de talent. Et puis le large l’a toujours attiré”, explique Romain David, son ami depuis l’INSA de Lyon, où François Gabart est resté 7 ans.
Il faut dire que François Gabart, né à Saint-Michel d’Entraygues en Charente, a été élevé dans une famille passionnée par la mer. Son père, Dominique, décidera d’ailleurs en 1989 d’emmener Catherine, sa femme et ses trois enfants, François, Alice et Cécile, pour une traversée de l’Atlantique, pendant un an, sur un dériveur de 12 m. "Cette traversée, c’était le rêve de mon mari. Nous avons mis nos carrières entre parenthèses, de magistrat pour moi et de dentiste pour mon mari, pendant cette période. Mais ça s’est très bien passé. Il faut dire que les enfants avaient un âge où ils n’aspiraient qu’à une chose, vivre continuellement avec leurs parents”, se souvient sa mère. François Gabart a alors six ans et cette traversée au large des Bahamas, de la Floride ou du Cap Vert, le marque définitivement. "Si aujourd’hui, je fais de la course au large, c’est en grande partie grâce à ce voyage initiatique”, explique-t-il. Pendant cette traversée, le jeune garçon vivra ses premières expériences en mer, seul, sur un petit bateau à moteur qu’il dirige à quelques mètres du bateau familial. Toujours sous la surveillance de ses parents. "Nous lui faisions confiance car ce n’était pas un garçon casse-cou. Il ne prenait jamais de risques inconsidérés et il était déjà très à l’aise”, se souvient sa mère.
Revenu sur la terre ferme, son père lui construit un optimist. Un petit bateau de 2,3 mètres de long sur lequel le jeune garçon dispute ses premières courses dans le club de voile d’Angoulême. Puis deux ans plus tard, sur un nouvel optimist acheté par ses parents, il gagne même ses premières coupes. Sa progression est rapide et en 1997, il devient champion de France.

Victoires

Deux ans plus tard, à 15 ans, François Gabart réédite cette performance sur un Moth Europe, un bateau plus grand. "A partir de cet âge-là, il n’avait qu’une idée en tête : en faire son métier”, se rappelle sa mère. Pour poursuivre sa formation, et contenter ses parents désireux de le voir poursuivre ses études, il postule à la section Sport de haut niveau de l’INSA de Lyon. Il est accepté grâce à ses résultats sportifs mais aussi scolaires, puisqu’il validera son bac S avec une mention très bien. A Lyon, il suit une formation d’ingénieur et obtient un diplôme de génie mécanique option développement en 2007. Michel Bouvard, directeur du centre des sports et de la section haut niveau de l’INSA, se souvient d’un élève "sérieux, brillant et surtout très déterminé. Je me souviens de lui comme un garçon très autonome, ce qui est très rare pour un sportif”. Même son de cloche du côté de Romain David, son ami : "Il était studieux, c’était un très bon élève, avec des facilités. Et puis il faut dire qu’à cette époque, on ne sortait pas énormément. Nous étions en préparation olympique et ça demande beaucoup de rigueur pour réussir”, explique-t-il.
Autonome, François Gabart prend énormément de plaisir dans ce double cursus. Sportivement, les efforts du duo Gabart-David finissent par payer, quelques années plus tard, lorsqu’ils remportent, en 2004, le championnat du monde jeune sur un tornado, un catamaran de 6 mètres de long. Loin de s’arrêter là, le jeune skippeur se rapproche, à la fin de sa formation, du navigateur Kito de Pavant et sa structure de préparation et d’entraînement au Centre d’entraînement méditerranée (CEM). "Il avait les yeux qui brillaient en évoquant la course au large et beaucoup d’envie. En 2006, il a disputé une course avec mon bateau sur une étape de la solitaire du Figaro”, explique Kito de Pavant. L’année suivante, Gabart décide de se lancer dans le challenge espoir de la région Bretagne. Une série d’épreuves, qui donne la possibilité au vainqueur d’intégrer le pôle France de Port-la-Forêt, dans le Finistère. Battu par Adrien Hardy, le Charentais est finalement retenu en raison d’un problème du sponsor du vainqueur. "Il a une bonne étoile au-dessus de la tête”, résume en souriant Kito de Pavant.
Dans l’une des plus prestigieuses écoles de formation pour la course au large, François Gabart se démarque en participant au circuit de la Solitaire pendant deux ans. S’il ne brille pas de suite, le jeune homme progresse. Pendant cette période, il participe également à la Transat Jacques Vabre en 2009 avec Kito de Pavant, où il finira 2e.

Culot

En 2009, lorsque son sponsoring avec la région Bretagne s’arrête, François Gabart rebondit en intégrant la section skippeur Macif en 2009. Une opportunité positive, puisqu’elle lui permet de terminer 2e de la Solitaire du Figaro en 2010 et devenir champion de France de course au large en solitaire la même année.
Sûr de son talent, il décide d’aller voir Michel Desjoyeaux, double vainqueur du Vendée Globe, et Jean-Paul Roux, le directeur-général de Mer agitée, une écurie de course au large en mer agitée. "Il nous a expliqué qu’il voulait faire le Vendée Globe et qu’il avait besoin de nous pour convaincre la Macif de se lancer dans cette aventure. J’ai trouvé son initiative culottée et nous avons accepté”, explique Jean-Paul Roux.
La construction du bateau Macif est en marche et le trio parviendra à convaincre la compagnie d’assurance de se lancer dans ce projet à 3 millions d’euros annuels, communication comprise. Un pari coûteux, mais payant pour l’instant puisque dès ses premières courses, Gabart fait ses preuves avec ce bateau en terminant 4e de la Transat Jacques Vabre et vainqueur de la transat B to B. De quoi prendre le départ du Vendée Globe, cette course de 44 000 km sans escale et sans assistance que tous les marins surnomment "l’Everest de la mer”, dans de bonnes dispositions malgré son statut de bizut. Pour continuer à bien figurer, ce passionné de surf et de course à pied devra continuer à bien gérer cette course de trois mois. Et notamment l’absence de sommeil puisqu’en moyenne, les skippeurs dorment entre 3 et 6 heures par jour, mais aussi le manque de ses proches. "J’ai l’impression d’avoir trouvé un bon rythme entre mes moments de solitude et de concentration et ceux où je suis connecté avec mes proches, que ce soit par téléphone ou grâce aux réseaux sociaux”, explique François Gabart.
Désormais davantage surveillé par ses adversaires, l’ancien étudiant de l’INSA ne se prend pas la tête. "Que je sois premier ou quatrième, je ne vais pas changer ma façon de naviguer. Honnêtement, si je peux rester aux avant-postes jusqu’à l’arrivée, je serais ravi, mais la route est encore longue. Déjà, si j’arrive aux Sables-d’Olonne, je ne pourrais qu’être heureux”, analyse-t-il sobrement, même si beaucoup voient en lui un potentiel vainqueur.
Un scénario que n’espère pas Kito de Pavant, présent au départ de la course mais contraint à l’abandon après une collision avec un chalutier. "Bien sûr qu’il peut le remporter mais honnêtement, j’espère qu’il ne gagnera pas cette édition. Je ne dis pas ça par jalousie. Mais si à 29 ans, s’il remporte la plus grande épreuve pour un skippeur, il n’aura plus beaucoup de challenges à réaliser après. Ça serait vraiment dommage, car j’ai envie qu’il garde encore un peu ses petites étoiles dans les yeux”.
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