Violences à lyon, les cartes de l’insécurité

Date de publication : 14/02/2013

"Document confidentiel”.

C’est ce qui est précisé en bas de chacune des soixante pages du dernier bilan de l’Observatoire local de la sécurité que Mag2 Lyon a finalement pu se procurer après avoir obtenu plusieurs feux verts. Pourquoi confidentiel ? Parce qu’il est réalisé grâce à plusieurs sources, notamment les services de la ville de Lyon, la police et les pompiers, dont les responsables craignent de révéler les principaux problèmes voire de stigmatiser certains quartiers sensibles déjà mal vus. En réalité, ces chiffres recensés au travers de 54 "ilôts” permettent au contraire d’éviter les amalgames en ayant une vision précise de l’insécurité. Et de répondre à certaines polémiques. Exemple : Manuels Valls, le ministre de l’Intérieur, a-t-il eu raison de cibler à nouveau la Duchère, dans le 9e arrondissement en la classant "zone de sécurité prioritaire” ?
Cela permet aussi de lever certaines idées reçues et de dépasser les phrases toutes faites style "cela ne sert à rien car on peut tout faire dire aux chiffres”. Dans les débats sur l’insécurité, la droite et la gauche sont toujours accusées de manipulation. Le cannabis revient souvent au cœur des débats. Les policiers auraient tendance à poursuivre de plus en plus les jeunes consommateurs. Objectif : augmenter leur taux d’élucidation puisque chaque jeune interpellé est évidemment identifié. Plus simple que de stopper des go-fast !
Mais l’inconvénient est d’augmenter le nombre de crimes et délits. Inversement, un peu plus de tolérance permet de le faire refluer en compensant par exemple une hausse d’autres délinquances comme les agressions. Cela peut dépendre de consignes politiques ou simplement de l’état d’esprit de la hiérarchie policière. Est-ce que les commissaires lyonnais jouent à ce petit jeu pour présenter des chiffres à leur avantage.
Pour en avoir le cœur net, Mag2 Lyon publie donc deux "palmarès” de l’insécurité en ramenant bien sûr les chiffres au nombre d’habitants de chaque arrondissement pour obtenir des taux comparables. Dans le premier, on a le taux brut. Dans le second, le taux sans les délits liés aux stupéfiants. De quoi dépasser les faux débats car le classement est identique.
Quant à l’examen détaillé des catégories de délinquance, il démontre que les "sécuritaires” ont tort : la délinquance recule globalement si on examine la tendance sur 15 ans. Mais les "laxistes” se trompent tout autant s’ils en restent aux grandes déclarations rassurantes. En effet, la violence de la délinquance augmente. En particulier les violences volontaires, c’est-à-dire gratuites, et les vols avec violence.
Certes, les vols de voitures baissent car elles sont mieux protégées. De même que les vols dans les voitures. Mais cela ne veut pas dire que les Lyonnais se font moins voler. Au contraire. C’est leur plus gros risque même s’il est devenu multiforme. La catégorie "autres vols” augmente sans cesse. Il s’agit notamment des vols par ruse avec les faux plombiers ou faux policiers qui abusent de la naïveté des personnes âgées pour pénétrer à leur domicile. L’imposteur les occupent sous un faux prétexte pendant que son complice fait une razzia sur l’argent et les bijoux facilement accessibles. C’est aussi dans cette catégorie qu’on retrouve les vols sur les chantiers également en augmentation.
Ainsi, la carte de l’insécurité à Lyon se dessine de manière plus précise. Globalement, Presqu’île, Part-Dieu, Perrache, et la rive gauche du Rhône sont aujourd’hui les plus concernés. Sans oublier le Vieux-Lyon et les berges du Rhône pendant la nuit. Mais pour la violence et les vols, il faut ajouter les quartiers Etats-Unis, Jean Macé et Vaise. Alors que pour les cambriolages, c’est plutôt le 3e, 6e et le 8e mais aussi Gorge de Loup, le quartier Général Frère et la Confluence.

2e arrondissement

Taux crimes et délits 2011 /1 000 habitants : 185
Tendance 2010 : + 1,15%
Évolution depuis 1996 : - 6,3 %

La Presqu’île est logiquement en tête de ce type de classement compte-tenu de la surfréquentation de ses zones commerciales et piétonnières. Ces particularités m’empêchent pas d’examiner les tendances de fond dans le 2e arrondissement. Premier constat : c’est un des rares secteurs de Lyon où la délinquance a globalement augmenté entre 2010 et 2011. Mais aussi celui où la baisse est la plus faible en quinze ans (- 6%). Les incendies et dégradations sont mêmes restés à un niveau alarmant ces dernières années et n’ont connu un reflux qu’en 2011. Les autres vols, donc les vols par ruse, augmentent ainsi de 40 % contre 26 % pour le 1er arrondissement. Interrogés dans le cadre de cet observatoire municipal, les habitants se plaignent également des incivilités, type tapage nocturne aux abords des boites de nuit, notamment entre Bellecour et Cordeliers. Les principales plaintes remontent toujours du secteur Perrache avec des agressions dans les halls d’immeubles et les nuisances liées à la prostitution.

1er arrondissement

Taux crimes et délits 2011 /1 000 habitants : 114
Tendance 2010 : - 9 %
Évolution depuis 1996 : - 16,4 %

Les violences gratuites restent la plaie des pentes de la Croix-Rousse avec une hausse spectaculaire de 1996 à 2008, période pendant laquelle elles ont été multipliées par quatre avant de diminuer ces dernières années. Mais le 1er reste un des trois arrondissements de Lyon les plus dangereux sur ce point. En revanche, globalement, c’est l’un des quartiers où la baisse globale de la délinquance est la plus significative depuis 15 ans grâce à la chute des vols de voitures. Même s’il reste quand même au-dessus de la moyenne nationale avec un taux de crimes et délits qui atteint près de 114 pour 1 000 habitants, cette amélioration est perçue des habitants qui se sentent en majorité en sécurité selon l’enquête de terrain associée à ce rapport.

3e arrondissement

Taux crimes et délits 2011 /1 000 habitants : 107
Tendance 2010 : - 8%
Évolution depuis 1996 : + 20,6 %

L’arrondissement le plus peuplé de Lyon obtient un taux plus favorable que les années précédentes car sa population continue à augmenter sans que la délinquance suive le même rythme. Mais certains phénomènes inquiétants persistent. Les violences gratuites et les vols avec violence ont été multipliés par trois en 15 ans. Entre la place Gabriel Péri et le secteur Ballanche, on relève toujours trafics de drogue, ventes de cigarettes de contrebandes ou recels de matériels volés. Certaines opérations coup de poing ont été menées par la police, notamment rue Mortier, entraînant un recul du phénomène. Au quotidien, les riverains de la place Bir Hakeim et de l’avenue Garibaldi se plaignent toujours du comportement de certains SDF. Menaces, attentats à la pudeur... Des pickpockets sévissent aussi dans le métro, notamment vers les distributeurs de tickets. Sans surprise, le secteur Part-Dieu concentre les principaux problèmes. Du simple regroupement de jeunes perturbateurs aux bagarres, notamment sur les places Milan, Saint-Anne et Charles Béraudier. Ou encore vers la bibliothèque.
Le quartier Montchat est plus tranquille mais il y a des dégradations autour de la place de la Reconnaissance et du parc Bazin d’où des projectiles ont été jetés sur les bâtiments environnants. En revanche, le quartier Sans Souci-Dauphiné semble plus calme.
Les cambriolages ont connu une progression inquiétante dans le 3e jusqu’aux années 2002 où on en a compté 1 640, soit 5 par jours, avant de reculer. Les dégradations et incendies ont aussi diminué mais c’est plus récent. En 15 ans, ils ne sont passés que quatre fois sous la barre symbolique des mille, de 2000 à 2002, et en 2011. Même constat alarmant pour les vols notamment par ruse ou sur les chantiers. Ils restent depuis cinq ans autour des 3 000 par an soit près d’une dizaine par jours. Deux fois plus qu’en 1996.
Autre particularité de cet arrondissement : la délinquance est sensible en pleine journée, essentiellement à partir de 14 h, notamment les vendredis et samedis. Ce n’est pas une insécurité circonscrite à la nuit.

7e arrondissement

Taux crimes et délits 2011 /1 000 habitants : 88
Tendance 2010 : + 2,45%
Évolution depuis 1996 : -4,45 %

Aucune amélioration spectaculaire dans cet arrondissement. Même si les vols de voiture sont en baisse comme dans toute la ville de Lyon. Les vols à la roulotte ont fortement baissé entre 2010 et 2011 mais ils ont dépassé tous les records de 1997 à 2005. En 2002, on en relevait 2 335, soit plus de six par jours en moyenne. Même constat pour le vol à l’arraché  :  il y en a eu plus de 400 par an depuis 2002 et seule l’année 2011 a été plus calme. Les violences volontaires sont elles à un niveau inquiétant depuis quatre ans. Le secteur où les riverains sont les plus mécontents, c’est de loin Gerland. Y compris en pleine journée. D’ailleurs, selon cette enquête, deux tiers des habitants interrogés se sentent en sécurité, ce qui est le plus mauvais score de Lyon, contre 84 % à la Guillotière, pourtant historiquement sensible. Autre comparaison : un tiers des habitants affirment avoir été témoin d’un acte de délinquance contre moins de 20 % en moyenne dans les quartiers sensibles.

9e arrondissement

Taux crimes et délits 2011 /1 000 habitants : 78,87
Tendance 2010 : + 8,77 %
Évolution depuis 1996 : - 27,44 %

Si on regarde en détail la situation de ce quartier, on s’aperçoit que son ciblage par le ministre de l’Intérieur est en partie injustifié car cela va beaucoup mieux dans le fameux quartier de la Duchère. La rénovation urbaine continue à porter ses effets puisque les deux tiers des habitants estiment que la situation s’améliore. C’est la situation inverse de certains quartiers du 7e et du 8e arrondissement par exemple. Mais les habitants du Plateau sont plus optimistes que leurs voisins du Château, du Vergoin et de la Sauvegarde qui réclament davantage de surveillance policière car la situation est plus problématique. Le phénomène des incendies et dégradations posent toujours problème car il n’y a pas une tendance nette au recul. En effet, après avoir atteint un nombre record de 1 598 en 1996, ils ont baissé à 317 avant d’augmenter jusqu’en 2006 pour dépasser à nouveau les 1 000 puis de reculer à nouveau significativement depuis deux ans. Bref, des efforts à poursuivre d’autant que les nouveaux habitants sur qui les pouvoirs publics comptent beaucoup pour changer l’atmosphère du quartier au quotidien, pourraient perdre patience et aller se loger ailleurs.

6e arrondissement

Taux crimes et délits 2011 /1 000 habitants : 69,29
Tendance 2010 : - 4 %
Évolution depuis 1996 : - 17,3 %

Cet arrondissement aisé n’est pas très bien placé malgré sa réputation de quartier tranquille avec des prix immobiliers élevés. Ce qui s’explique par des mauvais scores sur certains types de délinquance en particulier les cambriolages et les vols de voiture. C’est aussi un secteur où les vols "divers”, notamment par ruse, sont élevés depuis plusieurs années. Le 6e arrondissement a même atteint des taux records dès l’an 2000 et malgré quelques années plus calmes de 2008 à 2010, la tendance est à la hausse. Quant aux habitants interrogés dans le cadre de cet observatoire municipal de la délinquance, ils se plaignent de phénomènes propres à certains secteurs. Bagarres et rackets vers le collège Vendôme, SDF parfois agressifs vers la place Edgar Quinet et le stade tout proche, ou vers la Station Masséna, cours Vitton. Aux Brotteaux, ce sont les établissements de nuit qui posent problème puisqu’à leur sortie, on compterait près de 1 500 personnes en vadrouille. Ce qui ne passe pas inaperçu aux heures tardives.

5e arrondissement

Taux crimes et délits 2011 /1 000 habitants : 60
Tendance 2010 : -0,7 %
Évolution depuis 1996 : -31 %

Globalement, le 5e reste l’un des deux arrondissements les plus calmes de Lyon mais à la différence du 4e, la situation ne s’améliore pas. Elle reste stable. Il connaît en effet une situation très contrastée entre le Vieux-Lyon où les riverains se plaignent toujours de nuisances, notamment des bagarres vers les boites de nuit quai Romain Roland et quai Pierre Scize. Mais ces problèmes sont surtout sensibles à des heures tardives. Au contraire, les secteurs Saint-Just, Saint-Irénée et Fourvières sont toujours aussi paisibles. Dans les quartiers sensibles du plateau, comme Champvert, Soeur Janin, Jeunet et Ménival, les habitants sont moins satisfaits, notamment à cause des incivilités persistantes type occupation d’immeubles.

8e arrondissement

Taux crimes et délits 2011 /1 000 habitants : 56,54
Tendance 2010 : + 8,77%
Évolution depuis 1996 : - 27,44 %

Cet arrondissement qui compte plusieurs quartiers sensibles, se retrouve étonnement bien placé. Il faut dire que la délinquance semblait s’enkyster dans certains secteurs, notamment Mermoz avec même une fusillade en pleine journée qui avait coûté la vie d’un jeune garçon. Ce qui a entraîné la réaction des pouvoirs publics. La situation reste tendue dans d’autres secteurs du 8e arrondissement : surtout Langlet-Santy, mais aussi Etats-Unis, Cazaneuve, Tony Garnier et Beauvisage. Les riverains interrogés sont beaucoup moins nombreux à se sentir en sécurité dans ce quartier ou a vouloir y rester, que dans d’autres secteurs sensibles. Exemple extrême à Moulin à Vent : deux tiers des habitants estiment que la situation se dégrade, près de quatre sur dix ne se sentent pas en sécurité et 54 % souhaitent quitter leur quartier..  A Langlet-Santy, ils sont 42 % des habitants, soit 13 points de plus qu’en 2010, à s’avouer pessimistes. Ces problèmes sont parfois très localisés avec les rues Challemel Lacour, de Montagny et de Champagneux ou encore place Lebret sans oublier avenue Paul Santy et passage Comtois. Au contraire, les quartier Monplaisir, Bachut et Transvaal, restent préservés.

4e arrondissement

Taux crimes et délits 2011 /1 000 habitants : 42,25
Tendance 2010 : - 11 %
Évolution depuis 1996 : - 40 %

Le plateau de la Croix-Rousse conserve sa place enviée de quartier le plus sûr de Lyon. Il a les taux les plus faibles des neufs arrondissements dans chacune des catégories de délinquance. Et cela continue à s’améliorer. Mais le 4e arrondissement n’échappe plus aux violences gratuites et aux vols avec violence qui sont trois à quatre fois plus nombreux qu’il y a quinze ans. Exemple : des rackets rue de Birmingham sur les élèves des collège Chartreux et Saint-Charles. Et les riverains de l’esplanade aménagée au-dessus du parking du Gros Cailloux s’agacent de la persistance des nuisances liées aux regroupements sur ce nouvel espace.
* A noter : les chiffres de cambriolage cités dans ce dossier concernent l’ensemble des lieux alors que le dossier publié cet été par Mag2 Lyon portait sur les cambriolages dans les domiciles qui sont en hausse alors que ceux perpétrés dans des entreprises sont en baisse.
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