“La flamme de 2001 s’est éteinte”

Date de publication : 07/05/2013

Les Verts, après deux mandats aux côtés de Gérard Collomb, veulent présenter leur propre liste aux prochaines élections municipales de Lyon. Interview de Pierre Hémon, président du groupe Europe Ecologie au conseil municipal de Lyon qui est l’un des initiateurs de cette ligne autonomiste. 

Interview publiée dans le Mag2 Lyon d’avril 2013.
Mag2 Lyon de mai actuellement en kiosque avec la réplique d’Alain Giordano, maire écologiste du 9e arrondissement


Vous en êtes où dans la préparation des élections municipales ?

Pierre Hémon : On va voter le 29 juin pour décider si on présente ou pas une liste écologiste autonome au premier tour de l’élection municipale. Et si oui, désigner ensuite notre tandem, un homme-une femme, pour la conduire. Mais j’ai peu de doute sur l’issue du vote. Avant les élections de 2008, on était 48 % à être favorables à cette stratégie contre 52 % pour une liste commune avec le PS et le PC. Cette année, le rapport est plutôt 80 %-20 %.


Quelle est votre stratégie ?

On veut renouer avec l’esprit, et, espérons-le, avec les bons scores des élections régionales et européennes qui étaient de grands moments d’ouverture de l’écologie politique vers la société. C’est pourquoi nous avons lancé un appel en direction des citoyens lyonnais intéressés par l’écologie afin qu’ils nous rejoignent et préparent avec nous un nouveau projet pour les prochaines élections municipales. Cela s’appelle "un nouveau souffle pour Lyon” avec un site internet (*) et une page facebook dédiée.


C’est une stratégie nationale d’Europe Ecologie-les Verts de défier le PS ?

Non. Il s’agit bien là d’une initiative lyonnaise dont je suis l’un des initiateurs avec Philippe Meirieu, Gaël Roustan, Emeline Baume et Fanny Dubot.


Pourquoi ressentez-vous la nécessité d’un nouveau souffle ?

Parce qu’il y a des enjeux importants auxquels l’équipe actuelle ne répond pas. Lors du dernier épisode de pollution lié aux particules diesel, notre groupe politique a été le seul à communiquer. Ni la ville ni le préfet n’ont réagi.


Mais vous faites partie de la majorité municipale de Gérard Collomb depuis les élections municipales de 2001 !

On se réclame de son bilan puisqu’on y a contribué. On est aussi très content de nos réalisations comme les Berges du Rhône. Mais on dit juste que la flamme de 2001 s’est éteinte.


Gérard Collomb fait pourtant du développement durable l’un des points forts de sa politique...

Oui. Mais il insiste toujours sur le fait que dans développement durable, il y a d’abord le développement économique. Et pour le durable, on verra après.


Qu’est-ce qui vous déçoit le plus ?

Les déplacements. Au PS, on considère encore qu’il faut privilégier la voiture et que les transports en commun sont accessoires. Le rapport entre les transports en commun et la voiture est toujours aussi déséquilibré. Un exemple tout simple : il était prévu de créer 83 km de bus en site propre au cours de ce second mandat et il n’y en aura que 53 km.


Mais le maire de Lyon affirme au contraire qu’il a fait beaucoup d’efforts...

Alors prenez le C3, le trolley-bus qui traverse Lyon depuis Saint-Paul jusqu’à Vaulx-en-Velin en passant par Villeurbanne. C’était paraît-il un projet prioritaire pour le Grand Lyon, pour le Sytral... Cela devait être fait en 2014. Aux dernières nouvelles, cela se fera au plus tôt en 2018. Pourtant, c’est urgent de prévoir un site propre dans les deux sens car 55 000 Lyonnais s’entassent tous les jours dans des bus surchargés qui se suivent parfois en file indienne compte-tenu de l’affluence. C’est davantage que certaines lignes de tramway.


Selon vous, pourquoi ce projet a pris du retard ?

On nous dit que c’est compliqué de contraindre la circulation automobile cours Lafayette mais aussi à la traversée de l’avenue Garibaldi. Bref, ce n’est pas une priorité. Et je crois que la vraie raison, c’est que les moyens financiers du Sytral ont été mobilisés sur d’autres projets comme la prolongation du tramway jusqu’à Eurexpo pour desservir le Grand Stade de l’OL à Décines.


D’autres regrets ?

A7 qui va du 7e à Villeurbanne devait devenir T7 donc une ligne forte. Mais on n’en est qu’au stade des études. Cela signifie bien qu’il y a de la frilosité, des atermoiements... Derrière tout cela, il y a un problème idéologique de gens qui vivent avec les idées du siècle dernier et qui ont peur de gêner la voiture


Vos critiques ne concernent que les transports ?

Non. Prenez l’Hôtel-Dieu où le projet pôle régional de santé a complètement disparu au profit d’un hôtel 5 étoiles.


Mais Gérard Collomb est moins soucieux de l’écologie que pendant ces deux premiers mandats ?

Je crois surtout qu’il est moins proche des Lyonnais et beaucoup plus soucieux du développement de la Métropole, du rayonnement international... Il a perdu en proximité.


Le Vert Gilles Buna, adjoint à l’Urbanisme, considère au contraire que Gérard Collomb a intégré l’écologie dans sa démarche...

Un certain nombre de projets sont sortis grâce à la pugnacité de Gilles Buna et les écologistes en sont fiers. On nous sort des "écoquartiers” avec des bâtiments à énergie positive mais il n’y pas d’évolution dans la conception générale de la ville. Moi je pense au contraire que l’écologie est pour lui une donnée parmi d’autres et qu’il ne l’a pas vraiment intégrée dans son raisonnement.


Même au Confluent ?

Oui. Il y a quand même un grand centre commercial. Comme dans beaucoup de villes. Mais pourquoi Lyon devrait ressembler à toutes les autres villes du monde ? On aurait préféré des commerces de proximité. C’est pour cela qu’on veut donner la possibilité aux Lyonnais de dire s’ils veulent davantage ou non d’écologie au prochain mandat. Notre objectif n’est pas de critiquer un bilan qu’on partage. Même si on pense qu’il aurait pu être encore mieux, on ne le juge pas négatif. C’est surtout qu’on pense qu’il faut aborder les prochaines élections municipales avec de nouveaux projets qui répondent aux enjeux du réchauffement climatique, de la pollution, des déplacements...


Quels sont les projets emblématiques que vous lanceriez si vous étiez élu ?

Comment permettre aux gens d’éviter d’être coincés dans des embouteillages, en privilégiant les transports en commun.


Et le nouveau service d’autopartage que le Grand Lyon va lancer avec Bolloré, vous n’y croyez pas comme Gilles Vesco ?

C’est un des outils. Mais cela ne résoudra pas tout. Cela ne nous intéresse pas de faire de la com’ autour d’une carte "x” ou "y” pour rayonner vers l’extérieur. Il faut penser à la majorité de la population et répondre aux besoins intérieurs. Donc je lui dis : prenez le C3 ! Il y a quand même un collectif qui s’est lancé, "C3ctrop”. On le remet à plus tard alors que c’est urgent. Il y a un problème !


D’autres pistes que vous souhaitez lancer pour les élections municipales ?

Est-ce que la Presqu’île ne devrait pas devenir totalement piétonne et être libérée de la voiture ? Est-ce que Lyon ne devrait pas être une ville entièrement zone 30 ? Ou encore parler du péage urbain. On ne veut pas l’imposer car l’écologie punitive, ce n’est pas la marque de fabrique des écologistes lyonnais. Mais on veut leur proposer.


Les écologistes ont des chances de faire un bon score à Lyon ?

Oui. Si je défend cette stratégie c’est aussi parce que j’ai fait des calculs. On peut sans souci dépasser les 10 %, ce qui permettra d’être au second tour. On a fait 25 % aux élections européennes, plus de 20 % aux élections régionales, on a gagné les élections cantonales à la Croix-Rousse. Aux élections législatives de 2012 on était à 6 % contre 3 % cinq ans plus tôt...


Gérard Collomb a clairement dit que si vous étiez autonome au premier tour, il se passerait de vous pour sa liste au deuxième tour... 

On verra les résultats. Mais la politique, ce n’est pas des menaces.


Si le maire de Lyon met sa menace à exécution, vous prenez un trop gros risque car vous ne serez plus dans l’exécutif !

C’est ce qui s’est passé avec le maire de Grenoble Michel Destot qui a écarté les écologistes de sa majorité. Mais il n’y aura pas de scenario à la grenobloise aux prochaines élections municipales à Lyon car il y a neuf arrondissements et dans plusieurs d’entre eux, les écologistes seront indispensables.

(*) http://lyonnouveausouffle.fr
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