UMP Lyonnaise L’OPA loupée de Fenech

Date de publication : 10/06/2013

Georges Fenech n’aura pas économisé son énergie pour s’imposer comme candidat de la droite lyonnaise pour affronter Gérard Collomb aux prochaines élections municipales en 2014.
Pour y parvenir, il a tout d’abord déroulé son CV. A 58 ans, l’actuel député de Givors revendique des expériences multiples puisqu’il a été juge d’instruction, responsable de l’APM, un syndicat très à droite créé en réaction à l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République en 1981, mais aussi président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Il s’est aussi inscrit avec beaucoup de présence dans le débat politique le plus polémique et le plus clivant qu’est l’opposition au Mariage pour tous. Ce qui devait lui permettre de mobiliser l’électorat le plus à droite. D’ailleurs, l’association qui organise les manifestations contre la loi Taubira à Lyon a publié la veille du second tour un communiqué le présentant comme "le” candidat des familles. Les élus lyonnais du MPF, le mouvement de Philippe de Villiers, Jeanne d’Anglejan et Patrick Louis, l’ont aussi rallié. Tout comme les députés UMP du Rhône se réclamant de la sensibilité Droite populaire de l’UMP Philippe Meunier et Christophe Guilloteau. 
Georges Fenech est aussi allé chercher des soutiens nationaux comme Henri Guaino, député des Yvelines, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy ou Bruno Beschizza, ex-secrétaire général de Synergie-Officiers, un syndicat de policiers également classé très à droite.


Soutien noiriste

Pour conforter son ancrage lyonnais, le député de Givors a enfin décidé d’afficher une filiation noiriste. Après Jean-François Mermet et Alain Dussauchoy, deux anciens adjoints de Michel Noir, c’est l’ancien député-maire lui-même qui a affiché son soutien à Fenech entre les deux tours. Enfin, il a obtenu le ralliement d’Emmanuel Hamelin et Nora Berra, écartés au 1er tour. En théorie, il avait réussi à isoler son adversaire au terme d’une campagne finalement très sarkozyste où il a surfé sur plusieurs faits-divers pour promettre de faire de Lyon une ville plus sûre. En s’affichant comme "le candidat des familles et des valeurs”.



"Victoire du courage”


Michel Havard a donc réussi à retourner la situation en lançant un appel aux Lyonnais de la droite et du centre entre les deux tours, jouant sur la carte de l’opposition à la capitale car la candidature de Georges Fenech a rapidement paru être une opération de Jean-François Copé. Le président du groupe UMP au conseil municipal de Lyon a davantage mis en avant des valeurs lyonnaises comme la modération que des valeurs politiques marquées à droite. Et cela a fonctionné.
"J’ai touché le coeur des Lyonnais et ils pourront compter sur moi”, a déclaré après sa victoire Michel Havard. La mobilisation a en effet été très forte puisqu’il y a eu 5 452 votants pour ce second tour alors que certains UMP ne pariaient pas sur plus de 3 000 à 4 000 votants à ces primaires il y a encore quelques semaines. 
Visiblement les sympathisants de la droite lyonnaise ont voulu saluer le travail patient et laborieux que mène Havard comme opposant de Gérard Collomb depuis 2008. Alors que Fenech a mené une campagne très rapide, présentant son programme à la presse le 23 mai, à peine 15 jours avant le premier tour.
Les Lyonnais ont aussi été moins réceptifs que l’espéraient les partisans de Fenech à un discours sarkozyste de droite décomplexée. Tout porte à croire que les sympathisants de centre-droit se sont au contraire mobilisés pour faire gagner Havard. Christophe Geourjon, un proche de Michel Mercier, a été d’ailleurs un des premiers à saluer sa victoire hier soir. "C’est une victoire du courage, une victoire contre les appareils politiques nationaux”, déclarait l’élu centriste.
Les Lyonnais ont donc été également peu sensibles aux retournements de leurs élus. En effet, Emmanuel Hamelin n’a jamais caché qu’il y avait peu d’écart entre sa ligne politique et celle de Michel Havard. Tous deux se réclamant d’une droite modérée. Il se considérait simplement plus combattif sur certains dossiers sensibles. Pourtant, il a apporté son soutien à Georges Fenech entre les deux tours. Quant à Nora Berra, elle avait carrément prétendue être derrière Michel Havard sans avoir d’ambitions municipales personnelles. Mais le principal intéressé n’y croyait pas vraiment. Et il avait vu juste puisqu’elle s’est finalement présentée contre lui avant de rallier son rival. Elle-aussi affirmait se réclamer d’une droite modérée. Les Lyonnais n’ont donc pas été dupes de ces retournements qui ont peut-être des explications plus politiciennes que politiques. 
Emmanuel Hamelin n’a jamais pardonné à Michel Havard de ne pas l’avoir soutenu quand il a été écarté de la liste UMP pour les dernières élections régionales. Quant à Nora Berra, elle avait exigé de se présenter dans la circonscription du 6e arrondissement de Dominique Perben, réputé plus facilement gagnable que la circonscription du 3e arrondissement qu’elle avait initialement choisie pour se présenter aux élections législatives de 2008. La droite lyonnaise, et Havard en particulier, s’était alors opposée à ce changement de dernière minute. Hamelin et Berra ont profité de l’occasion pour lui faire payer ses choix.

Il faut bien sûr prendre en compte l’effet parachutage. Même si Georges Fenech est député de Givors, une commune de l’agglomération lyonnaise, la droite lyonnaise conserve encore en mémoire la désillusion Perben. Cet ancien ministre avait débarqué de Châlon-sur-Saône, la ville dont il avait été député-maire, en revendiquant sans succès ses racines lyonnaises lors de la dernière élection municipale. Enfin, les Lyonnais n’ont pas suivi Georges Fenech dans sa recherche du passé puisque le soutien de Michel Noir et des noiristes n’a pas du tout eu l’impact espéré. 
Au final, Michel Havard ayant été élu contre l’appareil et certains vieux réseaux de la droite lyonnaise, il a l’opportunité de jouer la carte du renouvellement.
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