"La fin du laisser-faire !“

Date de publication : 12/08/2013

Dossier publié dans Mag2 Lyon de Juin 2013
En rubrique Politique dans le numéro en kiosque, retrouvez Jean-Jack Queyranne, Le Conseil régionnal, Anne Brugnera, Laurent Wauquiez et les Antifa lyonnais

Le ministre Arnaud Montebourg défend son action de redressement productif qu’il mène depuis un an au Gouvernement. Exemples régionaux et chiffres à l’appui. Avec son volontarisme habituel et son style engagé. Par Lionel Favrot


Qu’est-ce qui justifie l’existence de votre ministère du Redressement Productif ?

Arnaud Montebourg : La volonté du Gouvernement était de reconstruire un ministère de l’Industrie disposant de pouvoirs nouveaux et très forts, permettant d’intervenir dans l’économie pour aider les entreprises à se redresser, préserver les outils industriels et productifs, mais aussi conserver le plus possible de savoir-faire, de technologie et d’emploi.

Quoi de vraiment nouveau dans cette démarche ?

C’est la fin du laisser-faire ! Toute une partie de la classe dirigeante de notre pays avait théorisé la disparition de nos usines. Et bien nous sommes servis ! Ils ont réalisé leurs pronostics. Beaucoup d’usines ferment. Nous, nous avons monté une stratégie consistant, même dans la crise, à préserver l’existant. Un peu à l’allemande. Mais pas seulement. Il s’agit aussi d’inventer les industries du futur. Dans notre politique, il y a une jambe défensive et une jambe offensive avec des programmes de renouveau industriel.

Quels sont ces programmes ?

C’est le cas de notre politique dans l’automobile, l’aéronautique, le ferroviaire, le numérique, la robotique, la chimie, les industries extractives… Dans chacune de ses filières, on mène un travail de reconstruction de l’industrie et d’alliance des forces productives. Nous unissons les entreprises, petites et grandes, les territoires, les pôles de compétitivité, les laboratoires publics et privés, le système bancaire… Nous finançons et nous organisons des choix technologiques qui nous engagent tous. Exemple : le véhicule qui ne consommera que 2 l au 100 km. Pour la première fois dans l’histoire de l’automobile, j’ai réuni autour d’une même table les deux constructeurs français, Renault et PSA, et les quatre équipementiers de rang 1 : Valéo, Faurecia, Michelin et Plastic Omnium.

Quelle est la place de la région dans votre action ?

Rhône-Alpes est la deuxième région industrielle de France derrière l’île de France en nombre de salariés, 410 000, et en valeur ajoutée produite : 28 milliards. Mais sur 20 ans, on a perdu un quart des emplois industriels. C’est une région qui était initialement col-bleu et qui devient col blanc car dans le même temps, la part des cadres a augmenté de 45 %.

Comment vous êtes intervenu dans la région lyonnaise ?

À Lyon, j’ai réuni la filière chimie et on s’est mis d’accord sur des objectifs d’innovation technologiques pour évoluer vers la chimie verte, en évitant par exemple l’utilisation des polymères issus de l’hydrocarbure. Pour la robotique, c’est la même volonté, mais les problèmes sont différents. Nous avons décidé de participer au financement de nombreuses start-up présentes au salon Innorobo à Lyon en organisant l’alliance des capitaux publics et privés pour que ces entreprises se développent très rapidement dans un secteur en très grande croissance. Il y a là des milliards à faire gagner au commerce extérieur français. Et à Saint-Étienne, qui est pour moi la capitale du design en France, nous organisons la mise en relation des PME avec les designers qui sont une des forces de notre pays.

Mais si on prend des dossiers concrets comme Kem One par exemple, un spécialiste du PVC qui a son siège social à Lyon ?

C’est un dossier difficile qui ne concerne pas que la région lyonnaise car il y a plusieurs sites en France. Nous le suivons donc directement au niveau national avec la nécessité de réussir car l’imbrication des productions, en amont et en aval, doit amener tous les partenaires à une prise de responsabilité par rapport au devenir de Kem One. Notre travail a consisté pour l’instant à faire financer la période d’observation en obtenant une contribution de tous les grands acteurs d’Arkema à Total. Et je les en ai remerciés. Nous travaillons à des solutions durables pour préserver l’outil industriel et le remettre d’aplomb en termes de rentabilité. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant. Mais nous faisons un travail au cas par cas comme on la fait à Saint-Jean-de-Maurienne pour le site de Rio Tinto qui était promis à la fermeture.

Qu’est-ce que vous pouvez revendiquer comme intervention dans ce dossier Rio Tinto ?

Notre travail a consisté à trouver un repreneur et à bâtir des alliances pour défendre l’aluminium français qui est né il y a un siècle dans cette vallée de la Maurienne. Nous avons là un outil de travail exceptionnel. Nous sommes en négociation avec Trimet et je me suis rendu en Allemagne pour rencontrer ce producteur d’aluminium. Nous sommes en train de reconstruire sous une forme franco-allemande, un nouveau Péchiney, qui était le champion européen de l’aluminium. Une alliance industrielle public-privé.

Mais vous avez des dossiers terminés dans la région ?

Oui. Prenons l’exemple de Set, cette entreprise de soudure de très haute précision de puces. Un savoir-faire unique ! On nous a alertés de la sensibilité de ce dossier et il était hors de question que nous perdions cet outil industriel. Notre travail consiste à trouver des solutions. Là, on l’a trouvée dans le cadre d’une scop, c’est-à-dire que des salariés et des cadres sont devenus eux-mêmes actionnaires, et on les a aidés à bâtir une solution autogérée permettant le maintien de cette industrie stratégique en France.

Pour Véninov, à Vénissieux, cela n’avance pas !

Nous avons insisté auprès du tribunal de commerce de Lyon sur la responsabilité de l’ancien actionnaire. Je l’ai dit d’ailleurs aux syndicalistes qui m’ont rencontré quand je suis venu à Lyon. Notre travail consiste à ne jamais abandonner l’idée que nous pouvons préserver des outils industriels. Et quand il y a une entreprise qui perd de l’argent, tout le monde fait des sacrifices. Les actionnaires, les dirigeants, les salariés… et même l’État. Pourquoi ? Parce qu’il ne s’agit pas d’aller en faillite.

Vous estimez avoir sauvé combien d’emplois ?

Les statistiques évoluent tous les jours. Dans l’affaire SET par exemple, on a sauvé 40 emplois sur 43. Au plan national, j’ai 2 200 entreprises et 624 dossiers ont été traités. Sur les 90 881 emplois qui étaient menacés, 76 907 emplois ont été préservés

Certains experts affirment qu’il vaut mieux aider les entreprises en développement plutôt que les entreprises en difficulté…

Mais c’est absurde ! C’est comme si on disait que les malades devraient être tous immédiatement exécutés à l’entrée de l’hôpital pour permettre aux personnes bien portantes d’avoir la totalité des ressources de la nation. On doit soigner les entreprises malades pour les aider à retrouver une rentabilité.

Pourtant, même à gauche, il y a cette analyse comme à la tête de la Banque publique d’investissement où Ségolène Royal est favorable à l’aide aux entreprises en difficulté mais pas son directeur général…

Il est inexact de dire qu’il y a un débat car la doctrine d’orientation de la BPI n’exclut pas le retournement, c’est-à-dire de prendre des entreprises en difficulté et de les retourner. La BPI est un des outils d’intervention et de soutien de l’industrie qui se développe et qui croit. Tout comme le crédit d’impôt compétitivité emploi issu du rapport Gallois baisse le coût du travail, la BPI va intervenir pour baisser le coût du capital en étant plus patient et moins gourmand de la croissance des entreprises.

Il n’y a pas de secteurs où la situation est trop désespérée ?

Non, il n’y a pas de secteurs perdus et condamnés d’avance. Dans chaque filière, vous avez des entreprises qui gagnent et des entreprises qui perdent. Donc je ne pense pas qu’il faille raisonner en termes de secteurs. Il y a beaucoup d’entreprises qui perdaient de l’argent, mais qui ont retrouvé le chemin non seulement de la profitabilité mais aussi du succès, après des décisions difficiles mais courageuses.

Comment vous êtes perçus par les patrons de la région quand vous les rencontrez ?

Ils se sentent confortés et soutenus. Ils considèrent qu’enfin, ils ont un ministre qui ne les laisse pas tomber et qui s’occupe d’eux. Un ministre sur lequel ils peuvent s’appuyer.

Mais les médias vous opposent souvent aux chefs d’entreprise !

Mais les médias racontent n’importe quoi si vous me passez l’expression. D’abord parce qu’ils sont généralement à Paris, contrairement à la presse régionale, et qu’ils restent à l’intérieur du périphérique parisien. Ils ne sortent pas de Paris, ne font aucune enquête, ne savent absolument pas ce qui se passe ni ce qui se dit sur le terrain. Moi ce que je sais, c’est que tous les jours des syndicalistes, des ouvriers, des élus et des patrons me remercient car je les défends. Et on avait perdu l’idée de défendre l’industrie !

Vous avez l’impression de jouer quel rôle politique à la tête de ce ministère ?

J’apporte des solutions à des gens qui pensent peut-être à tort que la politique ne peut rien faire. Elle ne fait pas de miracle mais je crois qu’elle peut agir sur la réalité. Il faut aider les entreprises !


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