“Michel Havard doit rassembler sans se renier”

Date de publication : 09/09/2013

Interview publiée dans Mag2 Lyon de Juillet-Août 2013
En rubrique Politique dans le numéro en kiosque, l’utilisation de la réserve parlementaire des députés et des sénateurs. Mais aussi Municipales : Saint-Didier : un maire trop bétonneur ?

Ancien ministre et député-maire du Puy-en-Velay, Laurent Wauquiez est le leader de la Droite sociale, le courant modéré de l’UMP. Il suit de près la vie politique de Lyon où il est né. Diagnostic et conseils à la droite lyonnaise, moins d’un an avant les municipales. Propos recueillis par Lionel Favrot


Quels liens gardez-vous avec Lyon ?
Laurent Wauquiez : C’est une ville que j’aime énormément. Quand j’étais ministre, je me suis beaucoup battu pour elle, notamment en faveur du développement du pôle d’enseignement supérieur. Je crois vraiment à cette ville. Et puis je conserve une proximité géographique car la Haute-Loire où je suis élu, est très tournée vers Lyon.


Qu’est-ce qui vous marque dans son évolution ?

C’est évidemment la réhabilitation du centre-ville. J’apprécie en particulier l’aménagement des Berges du Rhône. Je suis aussi impressionné par le fait qu’elle a su garder son dynamisme économique malgré la crise. Mais je trouve qu’aujourd’hui, Lyon s’endort un peu. Elle mérite mieux car elle un gros potentiel.

Votre analyse du bilan de Gérard Collomb ?
Je reconnais qu’il a fait des choses au cours de son premier mandat. 
Mais je n’oublie pas qu’avant lui, Michel Noir a réveillé Lyon et que Raymond Barre a lancé de grands chantiers. Et aujourd’hui, Lyon 
n’a plus le même rayonnement. C’est pourtant une ville extraordinaire qui a des leçons à donner à la France. Mais on n’entend plus la voix de Lyon. Paris, Marseille, Toulouse ou Bordeaux font davantage parler d’elles.

Mais Lyon a beaucoup changé au cours de ses mandats !
Oui, ce serait absurde de dire l’inverse ! Mais globalement, le développement actuel de Lyon manque d’équilibre car la priorité est donnée à certaines vitrines. Les efforts ont été trop concentrés sur certains quartiers du centre-ville comme la Confluence. Je regrette aussi qu’il n’y ait pas eu davantage de travail autour de la Part-Dieu où là encore, on s’arrête sur quelques grandes avenues sans travail de fond sur l’ensemble du quartier.

Pourtant, il y a de grandes opérations de rénovation urbaine…
Mais le problème de ces quartiers ne se résout pas seulement par des travaux sur les cages d’escalier. Le retour à l’emploi, par exemple, est prioritaire. Il ne faut pas non plus négliger la vie quotidienne mais au contraire améliorer les équipements publics, recréer du lien social, favoriser le vivre-ensemble et éviter les dérives communautaristes. Je trouve que trop de quartiers ont été délaissés à Lyon. Mon autre préoccupation est la fuite des classes moyennes à cause d’un prix de l’immobilier prohibitif. Aujourd’hui, on a soit le très chic, soit le social. Mais la catégorie intermédiaire a beaucoup de mal à se loger à Lyon.

Vous pensez que Michel Havard, désigné tête de liste UMP pour les municipales, pourrait faire mieux ?

Oui, j’aime beaucoup Michel Havard. Il a de l’énergie et du dynamisme !

Pourtant, on l’a souvent décrit comme manquant de charisme…

Il a parfois été à tort sous-estimé mais je l’ai toujours défendu. Il est très sincère dans son engagement, il l’a mené dans la durée. Un gros potentiel. Il a choisi de se consacrer totalement à Lyon. Et c’est une bonne chose.

Mais certains élus de droite lui ont reproché pendant cette primaire d’être moins combatif que son principal adversaire, Georges Fenech, député de Givors…
D’abord c’était une très belle primaire. On n’a pas connu des tensions comme à Paris. Et Michel a gagné par lui-même, il est aujourd’hui incontestable et incontesté. Mais j’ai toujours pensé que ce serait l’issue de cette primaire.

Vous n’avez pas été surpris que Nora Berra et Emmanuel Hamelin réputés être sur la même ligne politique que lui, le lâchent entre les deux tours pour Fenech ?
Cela n’a pas été un entre-deux-tours facile pour Michel mais on se forge dans les épreuves. Et pour moi il sort vraiment grandi de ces primaires. Ce sont vraiment les Lyonnais qui l’ont choisi. Pas les petites combines, les petits accords… C’est pour lui une grande force.

Vous pensez aujourd’hui qu’il doit rassembler toute la droite, y compris ceux qui l’ont combattu, ou profiter de l’occasion pour un grand renouvellement ?
Pour donner un tout petit conseil, car les conseilleurs ne sont pas les payeurs, je lui recommanderais de se rassembler sans se renier. C’est toujours l’équilibre à trouver.

A quoi vous faites référence ?
C’est toujours plus facile à dire qu’à faire mais, dans ma ville du Puy, j’ai fonctionné comme ça : on ne gagne pas une ville sur des petites alliances de parti ni sur les combines politiciennes. On gagne une ville sur son dynamisme en lui montrant qu’on a envie de porter un projet pour elle et sur sa capacité à traiter les sujets de la vie quotidienne. Enfin, c’est une des leçons des derniers échecs de la droite lyonnaise aux élections municipales, il faut laisser Michel Havard avancer. Qu’il propose, qu’il crée cet élan !

Havard doit tendre la main à Fenech qui vient de relancer une association ?
Les primaires de Lyon se sont déroulées dans un climat globalement respectueux même s’il y a eu des tensions dans la dernière semaine. De plus, les candidats qui se sont présentés aux primaires, ont davantage de choses en commun que de différences. Mais c’est à Michel de fixer ses lignes et de voir comment il va composer cela. L’avantage c’est qu’il a les mains libres pour éviter les petites salades et les petits compromis.

Lors de ces primaires, Copé a voulu imposer Fenech. Et vous, vous avez essayé de pousser Havard ?
Non. Précisément parce que je connais suffisamment Lyon pour savoir que ceux qui chercheront à imposer des choses à Lyon, seront toujours déçus à l’arrivée. Moi, je n’ai jamais cherché à imposer quoi que ce soit. J’ai fait confiance 
aux Lyonnais !

Cet interventionniste ne va pas laisser des traces ?
Je pense qu’on se trompe toujours quand on cherche à intervenir, surtout dans une ville fière, et à juste titre, comme Lyon.

Vous-même avez été souvent cité comme une des personnalités nationales de droite qui pourrait se présenter face à Collomb…
Honnêtement, je n’ai jamais réfléchi sérieusement à cette hypothèse. Cela me faisait plaisir car c’était aussi une reconnaissance de mon lien affectif avec Lyon. Mais j’étais aussi gêné car je ne voulais pas que cela affecte mes liens d’amitié avec les élus lyonnais. Et c’est vrai qu’il y a des proximités intellectuelles entre la Droite sociale et la droite lyonnaise.

Au fond, qu’est-ce qui caractérise votre courant de Droite sociale ?
C’est une droite qui défend les classes moyennes, une droite attachée à la valeur travail qui défend le social mais refuse l’assistanat, une droite européenne qui refuse l’Europe actuelle, trop élargie et devenue totalement naïve dans son libre-échange car elle ne défend plus les entreprises et s’enferme dans des normes au lieu de porter un projet… Enfin, une droite exigeante sur l’exemplarité des hommes politiques.

Votre critique de l’assistanat a surpris car cela relève plus de la Droite forte, le courant le plus dur de l’UMP…
Mais le but de la Droite sociale, ce n’est pas de faire du social de gauche. J’assume totalement cette différence. Aujourd’hui, le social consiste à acheter le silence des gens. On les enferme dans le chèque qui tombe chaque mois et on ne les aide pas à revenir vers le travail. Moi je suis favorable à un social qui repose sur un meilleur équilibre droits et devoirs en demandant 5 heures de travail d’intérêt général à tous les bénéficiaires du RSA. Au Puy-en-Velay dont je suis maire, on applique en partie ce principe puisque tous ceux qui sont aidés par la commune, font en contrepartie des choses pour la collectivité.

Votre sensibilité modérée de "Droite sociale” correspond donc assez bien au profil de Lyon ?
Mais c’est aussi exactement le profil de Michel Havard ! J’ai une vraie confiance dans sa capacité à réussir et je serai aux côtés de son équipe.

D’autres recommandations ?

Écoute et dynamisme, je crois que c’est cela dont Lyon a besoin et qui sera vraiment pour Michel la clé de la réussite.

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