Bolloré : “On est très enthousiastes !”

Date de publication : 09/09/2013

Interview publiée dans Mag2 Lyon de Juillet-Août 2013
En rubrique Économie dans le numéro en kiosque :
Portrait. Brice Robert. Derrière cette marque incontournable dans l’immobilier lyonnais, se cache un patron atypique et déterminé qui a traversé toutes les crises. Enquête. La laboratoire pharmaceutique Sanofi, bien implanté à Lyon, est au cœur d’une enquête de l’Etat chinois sur de possibles corruptions de médecins. Une affaire sensible. Interview. Fondée en 2011 et basée à Grenoble, l’entreprise Delta Drone s’attaque au marché du drone civil. Pour Frédéric Serre, son président et co-fondateur, la France a toutes les cartes en main pour dominer le secteur. A condition que les autorités s’impliquent rapidement... Analyse. Le secteur de la protection sociale est en plein bouleversement. Le groupe Apicil, installé à Caluire, en est l’un des acteurs majeurs en France. Interview de son directeur général Philippe Barret.


Les Lyonnais pourront louer une voiture électrique à partir du 10 octobre grâce au nouveau système d’autopartage Bluely. Sur le même principe qu’Autolib à Paris. Interview de Vincent Bolloré qui a été retenu pour cette opération. Par Lionel Favrot

Que représente cette installation à Lyon pour le groupe Bolloré ?
Vincent Bolloré : C’est une étape importante car c’est la première fois qu’on quitte l’Île de France et les 56 communes qui nous ont fait confiance pour Autolib. De plus, Lyon est une ville très exigeante car elle fait beaucoup d’efforts en matière de qualité de vie et d’écologie depuis plusieurs années. On sait qu’on sera jugé avec particulièrement d’attention.

Quelles leçons vous tirez de votre expérience parisienne ?
La première, c’est que la voiture, sa batterie et son système de traction électrique sont robustes puisqu’on totalise aujourd’hui plus de deux millions d’utilisations avec un rythme mensuel de 250 000 actuellement. La question technique ne se pose plus. Même bilan positif pour le système de localisation et de réservation ou l’assistance 24h/24h. On fait pratiquement 1 000 abonnements de plus par semaine avec un taux de satisfaction record des autolibeurs : 98 %. Un succès réalisé uniquement grâce au bouche-à-oreille.

Mais la presse en a parlé pour son côté innovant et écologique…
Aujourd’hui, la presse est effectivement très positive. Mais au début, elle n’en a pas parlé forcément en bien car elle avait des doutes.

Les raisons de ce scepticisme au début d’Autolib ?
Beaucoup d’observateurs pensaient que les Français refuseraient de partager une voiture. Mais Autolib a démontré qu’ils étaient prêts à partir du moment où l’offre s’avérait suffisante. L’expérience montre aussi que c’est une offre complémentaire des réseaux de transports en commun. On sait aussi que cela réduit les problèmes de circulation et d’embouteillage car on rejoint les projections réalisées par l’équipe de Bertrand Delanoë à savoir qu’une voiture autopartagée en remplace quatre ou cinq.

A quoi vous attribuez ce succès ?
C’est très pratique, pas cher et écologique. Et on répond à un besoin avec un mélange d’informatique et d’humanité. Les utilisateurs peuvent réserver par un service totalement digitalisé depuis leur smartphone. Mais s’ils préfèrent un contact humain, il y a un écran de visioconférence aux bornes et un bouton dans la voiture avec quelqu’un au bout de la ligne 24h sur 24 et 7 jours sur 7.

Où allez-vous installer Bluely à Lyon ?
On a trouvé des locaux anciennement occupés par Carglass avec des centres permettant d’accueillir les Lyonnais, de procéder aux réparations… On arrive à Lyon avec un système bien rodé mais les Lyonnais attendent plus. On va donc rajouter des prestations qui n’existent pas en Île de France.

Bluely sera davantage que la simple copie d’Autolib ?
Oui. Nos deux années d’expérience en Île de France nous permettent de tirer des conclusions utiles pour Lyon. Mais on va aller plus loin. Exemple : les autorités lyonnaises nous ont demandé que les compteurs tournent à moitié prix quand on s’arrête à l’heure du déjeuner. Ce qui nous paraît une bonne initiative. L’abonnement annuel commence aussi moins cher que celui d’Autolib. Et comme Lyon est pas mal ensoleillée, on se demande si on pourrait recharger les Bluely avec des panneaux solaires.

Quel serait l’intérêt de cette nouvelle initiative ?
Convaincre le dernier bastion des utilisateurs potentiels sensibles à l’écologie qui résistent car ils considèrent que nos voitures fonctionnent au nucléaire. En France, la majorité de l’électricité est effectivement produite par des centrales. A Lyon, on va fonctionner avec l’énergie verte fournie par les barrages hydrauliques et les centrales photovoltaïques ou éoliennes de la Compagnie nationale du Rhône. Mais on pourrait sans doute à terme charger les bornes directement sur site grâce à des panneaux solaires. Évidemment, il faut définir des emplacements adaptés c’est-à-dire bien orientés pour capter cette énergie.

Vous allez couvrir Lyon et Villeurbanne dès l’ouverture le 10 octobre ?
Oui. Cela avance très vite. On proposera dès l’ouverture 100 stations et 250 voitures. Ce n’est pas une difficulté. Vous savez, on est quand même aujourd’hui bien rodé puisqu’on a 1 850 voitures en Île de France. Nos usines sont tout à fait en capacité de les fournir.

Qui fabrique les bornes de recharge ?
C’est notre groupe avec IER, une entreprise installée à Besançon dans le Doubs. C’est le leader mondial des bornes d’aéroport. Quand on donne son billet d’avion et qu’on reçoit une carte d’embarquement, ou son étiquette à bagage, c’est avec une borne IER. La même société fournit aussi les bornes AS, Automatic System, pour parking. Donc du made in France.

Quand vous pourriez installer des panneaux solaires ?
Dès la fin de l’année. On en a déjà plusieurs en activité depuis deux ans, en Île de France et à Abidjan. On a choisi les panneaux de Sunpower, une filiale de Total, qui ont le meilleur rendement. D’ailleurs, à Abidjan et Yaoundé, on a des bus électriques dans les universités qui tournent toute la journée. On pourrait faire la même chose à Lyon.

Vous pourriez placer des bus électriques à Lyon ?
Oui. On a déjà fait une percée au Mont St Michel, à la Réunion, au centre de Luxembourg. On est donc partant pour les faire circuler dans le deuxième tube du tunnel de la Croix-Rousse qui sera réservé aux modes doux. Avec une petite odeur à la rose à la place des gaz d’échappement !

Il était question d’associer des Renault Twizy à vos Bluecar…
C’est toujours d’actualité. Nous commencerons avec des Twizy car ce sympathique deux places est complémentaire de notre voiture 4 places.

Carlos Tavares, le numéro 2 de Renault, a déclaré que vous n’étiez pas son adversaire mais un allié objectif. C’est aussi votre avis ?
Oui. Ce que fait Renault avec sa gamme ZE nous intéresse énormément. On est des alliés objectifs car ils n’ont pas la partie système de réservation et de recharge. Cela facilite donc la vie aux utilisateurs de Renault. Mais Bolloré, c’est une marque qui était inconnue dans le monde de l’automobile. Le fait qu’un grand constructeur comme Renault s’engage en faveur de l’électrique, crédibilise donc notre démarche.

Mais vos bornes peuvent recharger des Renault ou d’autres véhicules électriques ?
Oui. Elles sont universelles et il y aura un système de carte de chargement.

JC Decaux se plaint beaucoup des dégradations de Vélo’V à Lyon…
On n’en a pas à Paris. Mais il y a eu bien sûr des petits accidents comme avec toutes les voitures : on change des pare-chocs, des déflecteurs… Surtout que beaucoup d’utilisateurs n’avaient jamais conduit d’électrique.

Mais le grand public pourra acheter directement votre voiture pour son usage personnel ?
Oui. Elle sera en vente pour 12 000 euros avec une location de 80 euros par mois pour la batterie dans nos centres lyonnais. Aujourd’hui, on a deux clientèles. Le vrai écologiste qui ne fait que 10-15 km par jour et ne veut pas du tout polluer. Et celui qui est aussi attiré par l’aspect économique puisqu’il peut parcourir 80 à 100 km par jour pour un euro seulement. Dix fois moins cher qu’avec une voiture thermique.

S’il n’y a pas assez de bornes, cela va ralentir l’électrique…
Nous, on a fait beaucoup d’effort. Le Gouvernement avait prévu d’installer 8 000 bornes d’ici la fin de l’année. Rien qu’à nous tout seul, on en aura installé pratiquement 6 000 ! Si on peut réussir tous ensemble à permettre de mieux respirer en ville, c’est formidable. J’ai connu une époque où j’ouvrais ma fenêtre quand je partais de l’Ouest de Paris pour aller travailler à Puteaux. Maintenant je ferme ma fenêtre. Et ce n’est rien par rapport à ce qui se passe en Asie. Pourtant, on doit faire face à des habitudes ou des intérêts de gens qui ne veulent pas de la voiture électrique. Toutes les initiatives qui vont dans le même sens sont donc les bienvenues. A Lyon, on arrive avec beaucoup d’enthousiasme. On fera un bilan dans six mois pour voir si on est à la hauteur de nos espérances. 


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