SANOFI dans la tourmente chinoise

Date de publication : 21/10/2013

Le laboratoire pharmaceutique Sanofi, bien implanté à Lyon, est au cœur d’une enquête de l’État chinois sur de possibles corruptions de médecins. Une affaire sensible. Par Maud Guillot

"Les allégations d’un lanceur d’alerte faisant référence à certaines activités de surveillance post-marketing qui auraient eu lieu en Chine en 2007 ont récemment été publiées et Sanofi prend toute allégation de ce type très sérieusement…” C’est la réponse de Frédéric Lemonde-San, le directeur des relations presse du groupe Sanofi aux accusations qui pèsent désormais sur son groupe. Il faut dire que l’affaire est grave et l’enjeu économique majeur.
Tout a commencé avec la publication d’un article le 8 août dernier dans le quotidien économique chinois "21st Century Business Herald”. Citant une source anonyme, il fait référence à des pots-de-vin qu’aurait versés l’entreprise française en 2007 à des médecins chinois pour les encourager à prescrire plus de médicaments, de sa marque bien entendu. Une corruption qui concernerait plus de 500 praticiens dans près de 80 hôpitaux. Ils auraient chacun encaissé la somme de 80 yuans, soit 10 euros à chaque prescription. Pour un total de 200 000 euros.


Précurseur

Ces révélations interviennent alors qu’un autre géant du secteur, le britannique GSK, fait lui aussi l’objet d’une enquête pour des faits de corruption. Les autorités chinoises l’accusent d’avoir soudoyé des fonctionnaires, des entreprises locales, ainsi que des hôpitaux et des médecins, par l’intermédiaire d’agences de voyages et de projets de sponsoring.
La commission nationale chinoise du développement et de la réforme espère bien "faire le ménage” puisqu’elle enquête sur 60 sociétés chinoises et étrangères autour du prix des médicaments. La Chine souhaite en effet rationaliser sa santé pour satisfaire son opinion publique, alors que des scandales éclatent régulièrement autour d’erreurs médicales, de l’autofinancement des hôpitaux, des facturations exagérées…
Mais pour Sanofi, le coup est rude. Ce groupe pharmaceutique a été le premier à s’implanter en Chine, où il a ouvert une délégation à Pékin en 1982 et il y affiche la croissance la plus rapide. Il emploie près de 5 000 salariés dans plus de 200 villes et compte trois sites industriels. Sanofi Pasteur est même l’un des leaders des vaccins en Chine.
D’où la réponse très mesurée et "calculée” du laboratoire à Mag2 Lyon, concernant cette affaire : "Nous avons mis en place des procédures pour examiner de telles allégations en adéquation avec nos obligations légales et éthiques. Il serait prématuré de commenter des événements qui se seraient produits ou pas en 2007. Nous sommes bien évidemment prêts à coopérer avec les autorités compétentes.” Et d’ajouter : "Sanofi a toute confiance dans ses opérations commerciales en Chine et s’est engagé à conduire ses activités mondiales avec intégrité.”

Guerre
Il faut dire que le groupe qui réalise 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans le monde mise sur les marchés émergents où il réalise un tiers de son activité, dont 3 milliards en Asie, en croissance de 10 % en 2012. Un continent où les médecines traditionnelles et naturelles ont toujours été prédominantes et où les laboratoires pharmaceutiques ont donc des marges de progression exceptionnelles, surtout avec l’élévation du niveau de vie.
Résultat, devant cet enjeu économique, les observateurs… français s’interrogent. Dont certains qui n’ont pourtant pas la réputation d’être de fervents défenseurs de cette industrie et qu’on ne peut pas taxer de réflexe patriotique ! Comme Gérard Bapt, le député socialiste, né à Saint-Étienne, qui est le président de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur le Mediator et la pharmacovigilance, un "adversaire” des labos. "Personnellement, je me méfie de ces accusations chinoises qui peuvent relever de la guerre économique. Ces autorités sont capables de sortir des affaires quand ça leur plaît pour des raisons politico-économiques.”
En effet, ces "corruptions” relèveraient de la surveillance post-marketing, c’est-à-dire les études de contrôle lancées par le laboratoire après l’autorisation de mise sur le marché. "La surveillance post-marketing apporte une compréhension supplémentaire de la valeur thérapeutique du nouveau médicament, et fournit aux médecins d’importantes données scientifiques et médicales afin qu’ils traitent leurs patients de façon adaptée” explique la communication de Sanofi. Des études qui existent également en France et qui sont légales car encadrées.
"En France, il y a aussi des médecins rémunérés pour mener des études. Mais ils doivent le faire en toute transparence, en déclarant leurs liens d’intérêt. Le vrai problème, c’est quand les labos mènent des études pas très utiles, voire de complaisance, pour nouer des liens avec des médecins hospitaliers…” renchérit Gérard Bapt. "Et comme par hasard, on retrouve ensuite le médicament sur la liste des commandes de l’hôpital…”
Enfin, certains insistent aussi sur le contexte chinois… Ce pays est classé 80e dans le monde en matière de corruption par Transparency International, la France étant 22e. Le laboratoire n’aurait donc que respecté les "us et coutumes” locales…
En tout cas, difficile de savoir quelles seront les conséquences de cette affaire pour Sanofi. Une chose est sûre : le groupe continue d’afficher une rentabilité insolente de 23 % à 8 milliards d’euros.


Sanofi à Lyon
Sanofi est la première entreprise pharmaceutique en France avec 49 sites répartis sur l’ensemble du territoire. Mais elle est particulièrement bien implantée à Lyon. Avec sa division mondiale vaccins, Sanofi Pasteur, dont le site de production principal est à Marcy l’Étoile, emploie 3 400 salariés… Une division qui dispose d’une usine à Neuville-sur-Saône où va être produit le premier vaccin au monde contre la dengue. Mais on compte aussi Merial, spécialisé dans la santé animale à Gerland. Et Genzyme, l’entreprise de biotechnologie spécialisée dans le secteur des maladies rares, également à Gerland.

Article paru dans Mag2 Lyon de septembre
À retrouver dans les pages Éco de Mag2 Lyon d’octobre actuellement en kiosque, Denys Sournac, cigarette électronique, le match Pilot/Reynold’s, et le leader des livres photos Photoweb

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