Psy Une voix intérieure tyrannique

Date de publication : 06/11/2013

Le psychiatre lyonnais Frédéric Fanget, spécialiste de l’anxiété et de l’affirmation de soi, publie "Je me libère”. Pour vraiment se réaliser.  Par Maud Guillot.

De quoi doit-on se libérer ?

Frédéric Fanget : De cette petite voix critique intérieure qui nous parle sans cesse et qui alimente notre anxiété. Elle nous répète : "Je dois réussir”, "je dois être conforme”, "je dois faire plaisir aux autres”… Ces pensées quotidiennes nous bloquent et nous paralysent. Elles nous empêchent de nous affirmer, de nous réaliser pleinement, de façon inconsciente.

D’où viennent ces pensées négatives ?
Elles sont souvent issues de valeurs construites dans le passé, à travers la culture familiale du patient, son éducation, son tempérament, ses influences… On se forge tous progressivement des règles de vie totalement justifiées. Mais qui, à un moment donné, peuvent devenir inadaptées. J’ai eu le cas d’une femme qui ne savait pas dire non quand on lui demandait un service car l’altruisme faisait partie de ses valeurs fondamentales. Le problème, c’est que dans le monde du travail très individualiste, de combat, elle se faisait marcher dessus et en souffrait.

Donc si ces personnes souffrent, c’est parce qu’elles ne renoncent pas à leurs valeurs !
Si on écarte les cas pathologiques liés à des traumatismes ou des violences, ces personnes qui souffrent de problèmes quotidiens manquent en effet de souplesse mentale. Elles sont rigides, la plupart du temps parce qu’elles n’ont pas confiance en elles. Elles sont convaincues que si elles ne se conforment pas à une règle, elles ne sont rien. Donc elles s’y accrochent. Souvent parce que dans leur enfance, on leur a imposé ces valeurs de
façon stricte.

Ça veut dire qu’il ne faut pas imposer des règles trop strictes à nos enfants ?
Oui, il faut apprendre aux enfants à s’adapter, à écouter les autres et le monde qui les entoure. C’est bien par exemple d’insister sur le respect des autres. Mais en précisant que cette valeur est valable dans notre société, dans notre pays, à notre époque, donc de contextualiser. Car peut-être que dans un autre pays ou en cas d’agression, elle est totalement inadaptée.

Mais l’éducation consiste justement à ne pas transiger sur les valeurs !
Mais je ne dis pas qu’il ne faut pas de règles. Je dis qu’elles ne doivent pas être immuables. Moi par exemple, je milite pour l’affirmation de soi qui consiste à faire valoir son point de vue en respectant les autres. Mais si quatre voyous me demandent mon portefeuille, je vais renoncer à cette valeur sinon je serai affirmé, mais mort. Ces patients ne savent pas le faire. J’en récupère certains qui ressassent les mêmes problèmes depuis 15 ans. Comme cette femme qui a soigné son mari alcoolique pendant 20 ans car le dévouement faisait partie de ses valeurs. À 50 ans, ses enfants sont partis, elle a passé sa vie à se soumettre et elle est en dépression.

Quelles sont les solutions que vous proposez ?
C’est à ce niveau que l’approche est un peu novatrice. Ça fait un siècle qu’on se focalise sur la faille ou la faiblesse qui provoque la souffrance. La neurologie cherche la cause dans le cerveau, la psychanalyse dans la sexualité infantile, les thérapies comportementales dans un mauvais conditionnement… Et le patient se résume à ce trouble. Mon postulat est différent. Je pense que si ces patients souffrent, ce n’est pas seulement parce qu’ils ont un problème mais parce qu’ils ne connaissent pas leur potentiel positif. Ils ne voient plus ce qu’il y a de bien en eux.

En clair, il faut positiver ?
Oui, mais il ne s’agit pas d’une simple méthode Coué. On ne renonce pas à traiter la souffrance qui est réelle. En revanche, il faut comprendre qu’une personne est une médaille à deux faces, positive et négative, collées l’une à l’autre. Si on rejette totalement le côté négatif, on risque de lui faire renoncer à sa personnalité.

Des exemples ?

Une personne qui ne sait pas dire non est aussi une personne perçue comme généreuse, une personne angoissée est aussi en général organisée et prévoyante pour ses proches. Il faut donc aider le patient à mieux gérer ses ressources pour vivre avec ses problèmes, gérer l’excès de souffrance pour lui permettre de bénéficier de ses bons côtés.

Comment ça se passe concrètement ?

Au fil des séances, je leur fais revivre des situations concrètes, avec leur chef, leur conjoint, en mettant en avant ce que leur disait leur voix intérieure toujours négative. Ensuite, je leur apprends à prendre de la distance, à débattre avec elle, à cesser de lui amener les arguments qui lui donnent raison… Bref, à changer de ratio pour qu’ils parviennent enfin à vivre. 

Interview publiée dans Mag2 Lyon d’octobre, retrouvez chez votre marchands de journaux le numéro de novembre

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