Oyonnax : les clés du  maintien

Date de publication : 05/12/2013

Des petits poucets en Top 14, il y en a eu d’autres. Mais rares sont les équipes qui peuvent accrocher à leur tableau de chasse des clubs comme Toulon, Castres ou Clermont. Une réussite qui passe par une gestion millimétrée et un état d’esprit combatif et familial. Par Simon Jousset

À Oyonnax, les couleurs de l’USO Rugby sont partout, même sur le polo des employés d’une chaîne de fast-food bien connue. À quelques mètres de là se dresse le stade Charles-Mathon. Ce vendredi matin à Oyonnax, ville de 22 000 habitants, dans l’Ain, l’équipe de rugby s’entraîne. L’ambiance est détendue. Une trentaine de visiteurs sont présents au bord du terrain. Certains joueurs viennent leur serrer la main. Le tutoiement est de rigueur.
Rien ne semble avoir changé depuis que l’USO, cette saison, joue en Top 14, l’une des plus prestigieuses compétitions de rugby au monde. Sauf peut-être la capacité du stade qui a été revue à la hausse pour faire face à l’affluence des matchs. L’an dernier, en moyenne, 5 200 spectateurs venaient au stade. Depuis la montée en Top 14, ils sont 8 000. Car désormais, sur la pelouse du stade, on croise des stars comme l’ouvreur anglais Jonny Wilkinson, qui était du voyage avec son équipe de Toulon, championne d’Europe en titre… Et battue par Oyonnax en septembre dernier !

Du nez
Mais ce matin-là, inutile de chercher des stars dans les rangs de l’USO. "Ici il n’y en a pas. Notre point fort, c’est l’équipe” lance Christophe Urios, l’entraîneur de 47 ans installé dans la salle de presse, où les joueurs de 120 kg font plier les minuscules chaises en plastique mises à leur disposition. Arrivé en 2007 à Oyonnax, cet homme, qui a gardé son physique de talonneur et son franc-parler, est pour beaucoup dans la réussite du club. Il fait avec les moyens du bord. Neuf millions d’euros, c’est le plus petit budget du Top 14, quatre fois moins que le Stade toulousain, club le mieux loti.
"Le budget est mince, mais les dépenses sont bien équilibrées. Christophe Urios a du nez, c’est un très bon recruteur. Il n’a pas besoin de prendre quatre joueurs pour trouver le bon”, explique Jean-Pierre Dunand, journaliste à Midi Olympique et auteur du livre "L’US Oyonnax en Top 14, la consécration”. C’est Urios qui a déniché par exemple Benjamín Urdapilleta, le demi-d’ouverture très en vue actuellement. L’Argentin, qui a coûté 10 fois moins à son club que Jonny Wilkinson, n’a pas à rougir de ses performances face à la star anglaise, bien au contraire.
Passé par Castres et Bourgoin-Jallieu, Christophe Urios recrutait avant tous ses joueurs sur leur technique et leur sens tactique. À Oyonnax, il a parfaitement compris qu’une dimension supplémentaire devait être prise en compte. Car venir jouer dans l’Ain est particulier. "Le joueur, soit il adhère, soit il repart vite. On est très vigilant sur la dimension humaine, car c’est spécial ici à Oyo, ce n’est pas Biarritz ! On doit être d’autant plus vigilants que le budget est très serré”, confie Christophe Urios.

Bout du monde
La plupart des joueurs recrutés ont des liens avant d’atterrir ici. Une sorte de parrainage en quelque sorte. Ceci facilite leur intégration, les soude à l’équipe. Des bénévoles œuvrent également en ce sens. Par exemple, Damien Lagrange est un grand ami de Thibault Lassalle. Les deux joueurs se connaissaient déjà avant de jouer à Oyonnax. "Le groupe vit bien, il y a une très bonne ambiance. On fait des choses ensemble, des sorties. La ville est petite, donc quand tu viens à Oyo il faut vivre le rugby car il n’y a pas beaucoup d’autres choses à faire”, sourit Joe El-Abd, qui a joué à Toulon trois ans avant de poser ses valises à Oyonnax l’année dernière et de prendre le brassard de capitaine.

"Oyo c’est le bout du monde, il faut avoir envie d’y aller. Soit on vous a proposé un gros salaire pour venir, ce qui n’est pas le cas, soit il y a quelque chose de spécial. Les gars qui viennent ici sont revanchards, ils veulent se relancer. Ils sont ultra motivés. Certains ont un potentiel et ici on leur donne une seconde chance. L’entraîneur recherche ce profil de joueur”, explique Jean-Pierre Dunand. Pour autant, leur salaire n’est pas trop éloigné de ceux pratiqués dans le reste du Top 14. "On n’est pas loin de la moyenne, à 500 ou 800 euros près”, confie Jean-Marc Manducher, président du club depuis 18 ans.
Le bassin d’Oyonnax, surnommé la "Plastics vallée”, a la plus forte concentration d’entreprises spécialisées dans le plastique en Europe. Beaucoup d’entre elles ont investi dans le club, qui compte 140 actionnaires au total, mais aucun n’est majoritaire. Si les entreprises investissent dans le club, c’est parce qu’en retour celui-ci offre une fenêtre de médiatisation loin d’être négligeable pour le bassin d’Oyonnax. "C’est un club qui n’est pas comme les autres. Il dégage autre chose, il est calqué sur les valeurs de la ville, la loyauté, le travail. Ce n’est pas simple dans l’industrie, surtout en ce moment. Il y a un parallèle entre le monde de l’industrie et le club”, explique l’entraîneur de l’USO.
À Oyonnax, ville laborieuse, attachante, on se passe volontiers du bling-bling, des comportements ostentatoires. Les joueurs, lorsqu’ils font leurs courses, s’arrêtent discuter avec les habitants. Ils sont abordables, souriants. Est-ce cette convivialité qui transcende les joueurs lorsqu’ils jouent chez eux et leur permet de battre Toulon, Castres ou encore Clermont-Ferrand ?
"À chaque fois que j’entre dans le stade, j’ai des frissons. À Oyo, le rugby est la grand-messe du week-end. La recette ne marcherait pas à Lyon par exemple. Chez nous on est le petit contre le gros, un peu comme dans l’industrie”, confie Christophe Urios. "Ils ont fait un stade à l’anglaise, un chaudron. L’ambiance est vraiment particulière. Les spectateurs ne sont pas habitués à voir des stars, donc ça fait beaucoup de bruit. Ce soutien du public transcende les joueurs”, explique Jean-Pierre Dunand.

Maintien
L’USO n’aurait pas eu le budget pour agrandir le stade, mais elle a pu compter sur les collectivités, qui ont anticipé l’évolution du club. Dès 2011, des travaux de rénovation et de transformation du stade de 4,5 millions d’euros sont engagés. En quelques mois seulement, deux tribunes sont rénovées et une autre sort de terre. Le stade, qui appartient presque totalement aux collectivités, passe alors d’une capacité de 8 670 à 11 400 places. Les choses n’ont pas traîné. "Si on regarde le classement de l’ISF 2011 (Impôt de solidarité sur la fortune, NDLR), Oyonnax se place au 13e rang des villes où l’on paye le plus d’ISF, devant Paris, 14e. Le plastique ramène de l’argent”, note Jean-Pierre Dunand. Selon lui, c’est ce qui expliquerait la capacité qu’ont les collectivités à mobiliser rapidement des moyens financiers pour accompagner le développement de l’équipe.
Christophe Urios concède que le club a encore besoin d’évoluer pour être en Top 14. Des projets sont encore dans les cartons, comme la modernisation du centre de formation ou l’investissement dans une pelouse chauffante. Les joueurs, eux, ne se plaignent pas. "On a tout ce qu’il faut. La salle de musculation est très bien, on a plusieurs terrains pour s’entraîner. On n’a pas beaucoup d’argent mais on l’utilise bien”, confie le capitaine de l’USO.
État d’esprit, infrastructures, recrutement bien ciblé. Si l’USO est aujourd’hui en top 14, c’est peut-être qu’il était trop gros pour la division d’en dessous ? "Non, l’USO a un petit budget mais exploite au mieux son potentiel. En Pro D2, ils dominaient déjà depuis plusieurs années. Mais ils n’avaient pas un budget extraordinaire pour autant. Le Lou avait un budget de 15 millions d’euros l’an dernier. Oyonnax, c’était 5 millions d’euros. Pourtant le Lou a fini 8e et Oyonnax 1er”, explique Jean-Pierre Dunand.
Placé pour le moment dans le fond du tableau en Top 14, le club tient sa place. Car même s’ils battent à domicile des équipes qui ont le niveau européen, les hommes de Christophe Urios encaissent les essais lorsqu’ils ne sont plus sur la pelouse du stade Charles-Mathon. "Plus ça va, et plus ils risquent de subir la pression à l’extérieur, à cause du manque de résultats. D’autant plus que quand on est promu en Top 14, les équipes ont généralement une chance sur deux de redescendre en Pro D2”, analyse Jean-Pierre Dunand. Pour cette saison, les ambitions de l’entraîneur sont le maintien en Top 14. "Pour l’avenir, il a d’autres ambitions. Urios a les clés du camion, il sait où il va”, confie Jean-Pierre Dunand.
Reste à savoir si les joueurs resteront à Oyonnax. Car même si le point fort de cette équipe est son collectif, très soudé, certains joueurs inconnus il y a quelques mois sortent désormais du lot. Un supporter, venu assister à l’entraînement au stade Charles-Mathon, lâche, un peu dépité : "On est inquiet pour l’an prochain. Certains joueurs ont leur téléphone qui sonne après les matchs”.
Quant à l’objectif financier, Jean-Marc Manducher table sur un budget à l’équilibre l’an prochain. "Si nous nous maintenons, le budget pourrait même évoluer de 15 à 20 %. Pour le moment, le passage en Top 14 a dopé nos recettes commerciales, notamment grâce au sponsoring, en hausse de 50 % par rapport à l’an dernier.” Pas sûr qu’Oyonnax reste un petit poucet très longtemps.

Article publié dans Mag2 Lyon de novembre, retrouvez chez votre marchands de journaux le numéro de novembre
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