“Il faut être courageux et pédagogue”

Date de publication : 05/12/2013

Le Parti radical de gauche représenté à Lyon par Thierry Braillard, député et adjoint aux sports, maintient son alliance avec Gérard Collomb dès le 1er tour aux prochaines élections municipales de 2014. Au contraire des écologistes et des communistes. Interview. Par Lionel Favrot

Comment vous justifiez votre alliance avec le PS à Lyon alors que les Verts et le PC présentent une liste autonome ?
Thierry Braillard : Tout simplement par l’action entreprise par Gérard Collomb depuis son élection aux municipales de 2001. Il a géré Lyon en humaniste et sans sectarisme en encourageant le développement économique avec un succès incontestable. Nous aurions d’ailleurs souhaité assumer ce bilan avec les écologistes et les communistes en nous présentant à nouveau ensemble dès le 1er tour.

Si vous n’aviez qu’une réalisation à citer ?
Le développement du quartier de la Confluence, qui est sur ma circonscription de député, me semble particulièrement emblématique. En 2001, il n’y avait rien. Aujourd’hui, on a un quartier du XXIe siècle, qui met en avant le développement durable, la ville ouverte et intelligente. Il est d’ailleurs observé dans le monde entier et la phase 2 du confluent va compléter cette formidable opération.

Vous ne comprenez pas que les écologistes et les communistes jugent le bilan de Collomb insuffisant ?
Non. Les écologistes ne peuvent pas dire que Gérard Collomb n’en a pas fait assez avec le plan Climat, les investissements dans les écoquartiers, Velo’v... Les communistes ne peuvent pas non plus prétendre qu’il n’a pas assez agi en matière d’action sociale ou de logements. D’ailleurs, cette mission a été assurée par Louis Lévêque, un adjoint communiste. Jamais une municipalité lyonnaise n’a autant fait ! Toute la majorité peut être fière du bilan de Collomb.

Alors comment vous expliquez leurs réactions ?
C’est une position plus partisane que politique. En présentant une liste autonome au 1er tour, les écologistes veulent défendre leur étiquette d’Europe-Écologie Les Verts plutôt que l’écologie elle-même. Pour ce qui concerne les communistes, c’est la conséquence de la mélanchonisation des esprits qui les pousse à des positions anti-Collomb.

Ce n’est pas un phénomène d’usure de la majorité municipale ?
Non. Une majorité municipale peut se renouveler tout en restant unie. Les radicaux de gauche, vont présenter de jeunes candidats prêts à s’investir. C’est au parti d’assurer le renouvellement de leur représentation.

Vous-même, vous ne voulez pas renoncer à votre poste d’adjoint aux sports parce que vous êtes atteint par cette usure du pouvoir ?
Non. Je suis plutôt animé par la volonté de faire autre chose.

Vous auriez déjà voulu abandonner ce poste en 2008 au terme du 1er mandat mais Gérard Collomb vous aurait alors dit : "c’est le sport ou rien”...
Il ne me parle pas en ces termes car il y a entre nous un rapport de confiance. C’est vrai qu’il a souhaité que je poursuive mon action aux sports et avec le recul, il a eu parfaitement raison. Je n’étais qu’au milieu du gué d’une vraie politique sportive pour Lyon. Aujourd’hui, le bilan est conséquent. Depuis 2001, on a beaucoup investi dans les infrastructures sportives et on a augmenté de 150 % les subventions aux clubs lyonnais qui peuvent accueillir leurs licenciés dans de bonnes conditions. On a aussi lancé de nombreux événements : Run in Lyon avec 20 000 coureurs au départ, Lugdunum roller contest, Lyon Kayak, Lyon Urban Trail, le développement de la Sainté Lyon... Mais aussi du sport au service de l’humanitaire avec le Foot-Concert pour l’association Huntington.

Mais il y a aussi la polémique autour du Grand Stade à Décines... C’est une tache sur votre bilan !
Non ! C’est une chance pour Lyon de pouvoir accueillir l’Euro 2016 grâce à ce nouvel équipement. En fait, soit on rénovait le stade de Gerland et les contribuables payaient, soit on choisissait un nouveau projet à Décines et c’est le club qui trouvait les financements.

Ce projet se justifie toujours malgré les performances sportives en baisse de l’OL et ses difficultés financières ?
Bien sûr. Le seul regret, ce sont tous ces recours qui nous ont fait perdre deux ans. On aurait pu être prêts plus tôt.

Vous ne craignez pas que les soirs de match, tout l’Est lyonnais soit paralysé ?
Non. On a consenti des investissements publics qui ne serviront pas qu’au Grand Stade, par exemple la prolongation du tramway qui arrive enfin à Eurexpo, mais qui permettront de fluidifier la circulation les soirs de match.

Quelle place vous occuperez dans le prochain mandat ?
On verra. Les électeurs n’apprécieraient pas qu’on se répartisse les postes alors que la campagne électorale commence. Je me tiens à la disposition de Gérard Collomb s’il est réélu. Mais je ne cache pas mon intérêt pour la question de l’emploi et du chômage qui est vraiment une question prégnante dans mon esprit.

Cela ne vous gêne pas de cumuler un poste de député avec un poste dans un exécutif à Lyon ?
Au contraire, c’est compatible et même extrêmement complémentaire.

Pas trop dur d’être député de gauche avec Hollande président ?
Moi, j’ai une conception de la politique où la loyauté a une place importante. Quand je vois certains députés critiquer aujourd’hui l’action du gouvernement, je me rappelle qu’ils semblaient bien contents de poser avec Hollande sur les photos pour être élu député, en juin 2012. C’était il n’y a même pas 18 mois !

Vous assumez la politique du gouvernement quand vous êtes sur le terrain à Lyon ?
J’assume ce que j’assume à Paris et je prends mes distances sur ce que je critique à Paris. Exemple : je me suis abstenu sur le projet de loi qui repousse la valorisation des retraites d’avril à octobre car cela me paraît injuste.

Et la fin de l’exonération des heures supplémentaires qui a fait perdre du pouvoir d’achat, vous assumez aussi ?
Oui. Et je l’ai dit ! C’était un effet d’aubaine pour certaines entreprises. En période de crise, il vaut mieux les inciter à donner du travail à ceux qui n’en ont pas, en embauchant des chômeurs, plutôt qu’en donner à ceux qui en ont déjà. Mais il y a eu des aménagements pour les petites entreprises et certains députés réfléchissent à les rétablir pour les revenus modestes. Ce qui me semble une piste de réflexion intéressante.

Et les 35 000 riches qui se seraient exilés fiscalement à cause de l’impôt à 75 %…
Mais il faut expliquer à quoi sert l’impôt ! Ce n’est pas négatif. Cela permet de créer et de faire vivre des services publics. Au fond, le problème est que ce soit possible d’aller à Bruxelles par exemple pour des raisons fiscales. Cela démontre que l’Europe n’avance plus. D’ailleurs, le projet d’un salaire minimum commun est aussi en panne.

L’éco-taxe, c’est celle de trop ?
D’abord il faut rappeler qu’elle a été votée dans la foulée du Grenelle de l’Environnement quand Nicolas Sarkozy était président de la République. C’était alors une volonté politique de la droite et de la gauche. L’UMP ne doit pas faire semblant de l’oublier. Quatre ans après, le contexte économique est différent. De plus, la France a voulu être exemplaire sur la question de l’environnement mais d’autres pays européens n’ont pas encore pris ces mesures. Je comprends donc que le gouvernement décide de la suspendre car certaines entreprises qui ont vu déjà leur marge fondre avec la concurrence internationale, ont peur de mettre la clé sous la porte.

Comment calmer le ras-le-bol des Français ?
Je crois qu’il faut être courageux et pédagogue. Quand la gauche a pris le pouvoir l’an dernier, on n’a pas assez dit que Nicolas Sarkozy nous laissait un déficit public abyssal. Certes, il y a la crise mais ses choix politiques ont aussi été critiquables. Au contraire, le gouvernement actuel a osé lancer de grandes réformes et on va réduire le déficit public de 15 milliards d’euros en 2014.

C’est juste un problème de communication ?
Il faut effectivement gérer ce problème de l’immédiateté de l’information avec ces sujets parfois sans intérêt qu’on voit tourner en boucle dans les médias. Mais je crois qu’il y a aussi un problème, c’est la faiblesse de la parole publique.

Qu’est-ce que vous entendez par la faiblesse de la parole publique ?
Le gouvernement a annoncé une pause fiscale aux Français après leur retour de vacances mais on a vu apparaître une nouvelle série de taxes. À force, cela devient confiscatoire et il y a là un problème de lisibilité de l’action politique. Quand François Fillon avait créé 18 nouvelles taxes en un an, je m’étais élevé contre ce matraquage fiscal. Je ne vais pas me taire parce que c’est la gauche.

Vous parlez de loyauté mais il y a aussi des ministres qui critiquent le gouvernement...
Je pense qu’il y a des limites à ne pas franchir. Quand on est député communiste et qu’on ne vote pas le budget, cela signifie qu’on n’est plus dans la majorité. Quand on est ministre écologiste comme Cécile Duflot mais qu’on accuse Manuel Valls, qui a le soutien du Président de la République, de rompre le pacte républicain je ne vois pas ce qu’on fait encore au gouvernement ! Avoir un pied dedans et un pied dehors, ce n’est pas sain !

L’affaire Léonarda est aussi un beau cafouillage...
Gouverner aujourd’hui, c’est complexe. Mais dans cette affaire, si on prend du recul, on se rend compte que François Hollande a agi comme il devait le faire. Il a montré que le gouvernement avait l’intention d’appliquer la loi avec fermeté car cette famille était expulsable selon les lois en vigueur mais il a aussi fait preuve d’humanité en lui proposant de revenir. Il ne s’agissait pas de la séparer de sa famille puisqu’elle avait une grande soeur en France pour l’accueillir. En revanche, j’ai beaucoup travaillé avec le réseau École sans Frontière et je suis d’accord pour sanctuariser l’école comme le propose Vincent Peillon, le ministre de l’Éducation nationale. Il ne faut pas d’expulsion dans le cadre scolaire.

Que ce soit au niveau du gouvernement de gauche ou de la majorité de Collomb, vous ne croyez pas qu’on est au bord de la rupture ?
Le risque existe mais on peut l’éviter. En fait, ces polémiques révèlent le questionnement des partis sur leur propre avenir. Les Verts et Europe Écologie s’interrogent sur la pertinence même de l’alliance entre leurs deux structures, le Parti communiste est tiraillé entre sa stratégie Front de gauche et sa gestion de nombreuses collectivités locales avec le PS et le PRG. Quant au PS, il s’est affaibli au niveau national et il a aussi besoin de se retrouver. Mais j’ai le souvenir de ce qu’a pu faire la gauche plurielle dans un passé récent et ce rassemblement républicain a encore pour moi tout son sens.

Interview publiée dans Mag2 Lyon de novembre, retrouvez chez votre marchands de journaux le numéro de novembre
Partager

LES DERNIERES ACTUALITES

20/04/2018
Figure de l'entrepreneuriat lyonnais, de la fondation d'Infogrames à son rebond dans la robotique, Bruno Bonnell était très attendu sur les bancs de l'Assemblée. Il a finalement semblé plus discret que prévu jusqu'au buzz provoqué par ses déclarations au Monde début avril. Explications.

20/04/2018
Le documentaire "Pédophilie, un silence de cathédrale” diffusé par France 3 le 22 mars dernier a suscité une nouvelle vague de témoignages auprès de la Parole libérée, l'association lyonnaise qui a révélé l'affaire Preynat. Interview de son président, François Devaux.

12/02/2018

Après Lyon en juin, Mag2 Lyon poursuit son analyse du marché de l'immobilier avec les communes de la métropole. Quelles sont les valeurs sûres ? Quels sont les quartiers qui montent ? Et quels sont ceux à éviter ? Par Hélène Capdeviole

12/09/2016
La Stéphanoise Elodie Clouvel participera à Rio de Janeiro à ses deuxièmes Jeux Olympiques. Mais en parallèle de sa discipline, le pentathlon, elle baigne dans d'autres activités. Elle est également gendarme, mannequin et peut-être même future actrice. Une véritable ambassadrice de son sport. Portrait.

20/04/2018
Cet ancien champion de boxe ayant grandi à Vaulx-en-Velin s'est fait une place à coups de seconds rôles dans le cinéma français, s'appuyant sur une plastique d'athlète, une discipline de fer et une capacité à tout interpréter. En 2018, il se retrouve sur le devant de la scène avec la sortie de trois films dont le très attendu Mektoub My Love d'Abdellatif Kechiche, où il campe un dragueur insouciant. Rencontre.


Retrouvez-nous sur



Création de site internet: Cianeo