“Je viens du pays du bon sens”

Date de publication : 11/02/2014

L’entrepreneur lyonnais Denis Payre, créateur notamment des sociétés Business Objects et Kiala, a lancé en septembre dernier son propre mouvement politique, Nous Citoyens. En ligne de mire: les prochaines élections municipales et peut-être, les présidentielles de 2017. Interview. Par Gautier Guigon


C’est quoi Nous Citoyens?

Denis Payre : J’ai créé Nous Citoyens parce que depuis un moment, en tant qu’entrepreneur, j’intervenais dans des conférences, pour donner envie d’entreprendre à des publics très variés :étudiants,cadres,citoyens... Mais à chaque fois, le débat tournait autour de l’avenir du pays. Et j’avais en face de moi des gens très désemparés qui me demandaient ce qu’on pouvait faire, des gens qui se sentaient "orphelins” en politique.


Mais qu’est-ce qui vous a motivé ? 

Certains menaçaient même de voter Front national aux prochaines élections... Donc des choses très inquiétantes. J’ai quatre enfants et j’ai eu envie de faire quelque chose, pour essayer de ne pas leur laisser une montagne de dettes, un champ de ruines économiques et un pays dirigé, potentiellement, par de dangereux populistes.


Votre constat est pessimiste?

Non. La France est une surdouée qui s’ignore. Ce n’est pas un optimisme naïf, mais ça repose sur une expérience personnelle vécue. Je me suis lancé à 27 ans,avec 10 000 euros, et quand j’ai créé Business Objects dans un domaine totalement dominé par les Allemands et les Américains. Donc je suis persuadé que les Français sont capables de réussir dans tous les domaines, de défier les meilleurs, de réindustrialiser notre pays et de retrouver le plein-emploi.


Maisc’estloind’être le cas !

Aujourd’hui il y a 5 millions de chômeurs et 9 millions de Français qui vivent sous le seuil de pauvreté. On subit plus les conséquences négatives que positives de la mondialisation, parce qu’on vit sur un modèle complètement dépassé qui date de 1945 ! À l’époque on a donné les pleins pouvoirs à la fonction publique pour re- construire le pays et ça avait du sens.


Mais pourquoi créer un nouveau mouvement ? 

Parce que les présidentielles de 2012 ont été des élections pour rien! Per- sonne n’a fait ce constat objectif. On a parlé de viande halal, du coût du permis de conduire, alors que la dette de la France et le système éducatif continuaient à se dégrader et que le chômage atteignait des niveaux stratosphériques. Et puis on a assisté à la reprise des boucs émissaires des extrêmes : François Hollande a ouvert la chasse aux riches et Nicolas Sarkozy la chasse aux étrangers.


Vous vous présentez comme le dernier rempart face aux extrêmes ? 

Je n’irais pas jusque-là... Mais on essaie d’être, très modestement, une troisième voie pour les Français qui sont déçus par les politiques de gouvernement: raisonnable au plan des valeurs, crédible au plan économique et ambitieuse au plan des réformes. Si on est dans cette situation catastrophique, c’est parce qu’on a une vie politique qui ne fonctionne pas, avec des gens qui sont dans une logique de réélection et non pas au service de l’intérêt général. Du coup ces élus tombent dans le clientélisme et minimisent la prise de risque, sans faire les réformes nécessaires.

Votre discours c’est "Tous pourris”? 

Non. Je ne suis pas sur un dis- cours "tous pourris”. Je ne parle pas d’UMPS, c’est ce qui nous différencie de Marine Le Pen. On essaie justement d’être un recours face aux extrêmes et au Front national. Le problème de nos dirigeants ce n’est pas leur honnêteté, mais le manque de diversité dans la classe politique. Ils sont trop nombreux à avoir le même profil. On dit juste qu’il faut de la respiration. C’est une logique constructive. Donc ce n’est pas poujadiste. Mais on est quand même très dur à leur égard parce que le bilan est vraiment catastrophique !


Mais Pierre Larrouturou qui a lancé le parti Nouvelle Donne tient le même discours sur la politique sclérosée !

Oui. Sur ce point, Pierre Larrouturou dit la même chose et fait le même constat... Sauf que lui, c’est un poli- tique de carrière! En plus il est l’inspirateur, avec ses amis, des deux plus grosses erreurs économiques que laFrance a commis depuis 20 ans: les 35 heures et les fameux 75 % de Piketty* qui ont été adoptés et repris par Hollande. Ce sont les deux concepts qui détournent puissamment les investisseurs de notre pays. Un message désastreux.


Pourquoi ne pas avoir intégré l’UDI ou le Modem? 

Ces partis font aussi partie du système! Ils sont co-responsables de la situation dramatique dans laquelle on est. On pense que ce ne sont pas ceux qui nous ont mis dans cette situation qui nous en sortiront. Il faut changer les hommes et mettre à la tête des partis de gouvernement des gens différents, qui ne soient pas dans une logique de métier ou de carrière, ou des fonctionnaires.


Vous voulez sortir les fonctionnaires de la politique? 

Non. Attention, on a en France des fonctionnaires de grande qualité, qui ont un vrai sens de l’intérêt général et qui travaillent beaucoup. Ce sont probablement les meilleurs au monde! Par contre ils sont beaucoup trop nombreux en politique. En fait, ils ont un privilège d’accès à la politique. Par exemple un fonctionnaire battu aux élections retrouvera son job. Mais un candidat battu qui vient du privé a le droit à Pôle emploi et à ses yeux pour pleurer! Au Parlement il y a presque 50 % de fonctionnaires contre 20 % dans la population active.


Vous voulez créer un parti de la droite libérale? 

Absolument pas! Je viens du pays du bon sens. Je ne sais pas ce que c’est les idéologies. Je ne crois qu’au pragmatisme. Dans les entreprises, les idéologues on les met à la porte en général, parce que ça ne marche pas. Je crois simplement à des valeurs. On est des humanistes, républicains et européens. On est aussi solidaires, des plus pauvres en priorité, mais on veut se débarrasser des choses qu’on n’arrive pas à justifier, comme les régimes spéciaux de retraite.


Quel est votre programme politique ? 

On croit au retour de la responsabilité en politique, qui consiste à se pré- occuper de créer un environnement prospère pour pouvoir financer des politiques de solidarité ambitieuses. Aujourd’hui c’est nos enfants qui financent le fonctionnement de l’État français et les transferts sociaux ! On s’endette donc pour boucler la paye des fonctionnaires et pour financer les retraites. C’est scandaleux. Et donc inacceptable. C’est pourquoi il faut faire en sorte que les gens qui réussissent, restent en France au profit de la collectivité.


Vous voulez récupérer le mouvement des pigeons? 

J’étais un des principaux animateurs de ce mouvement. Jean-David Chamboredon qui était l’instigateur, puisqu’il a rédigé la première tribune qui a déclenché le mouvement, est aussi un des membres fondateurs de Nous Citoyens. Aujourd’hui on se bat pour une réforme beaucoup plus large. On a choisi neuf thématiques qui sont proches des préoccupations des Français, par exemple le fonctionnement de la vie politique ou l’éducation.


L’entrepreneur que vous êtes est devenu un homme politique? 

Non. La seule chose c’est que moi je suis prêt à aller jusqu’au bout s’il le faut. Je me suis évidemment posé la question au départ. Mais le pouvoir pour le pouvoir ça ne m’intéresse pas. La seule chose qui m’intéresse c’est que le pays soit réformé le plus vite possible et qu’on soit à nouveau fiers d’être Français.


Quels sont vos points forts?

En premier, c’est l’emploi. C’est quelque chose que je connais par cœur, puisque j’ai passé 22 ans à créer 7 000 emplois dans pratiquement tous les pays du monde. En face il y a des gens qui n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise de leur vie! Donc il y a un décalage gigantesque de crédibilité sur le sujet numéro un, auquel les Français sont confrontés. Notre deuxième point fort c’est la bonne gestion. L’État français est géré de façon catastrophique, sans aucun principe de bonne gouvernance. Enfin on est crédible sur la place de la France dans la mondialisation.


Pourquoi vous auriez les solutions ? Au cours de ma vie professionnelle, je me suis lancé à chaque fois face à des gens beaucoup plus riches et beau- coup plus puissants que moi, comme Oracle ou IBM. Et à chaque fois j’y suis arrivé parce que j’étais plus cré- dible et focalisé sur les besoins qui étaient exprimés. Maintenant c’est exactement ce qui se passe face aux partis de gouvernement qui ne sont absolument pas crédibles sur les su- jets que j’ai évoqués et donc sur les besoins des Français.


Quels sont vos objectifs pour les électionsmunicipales ? 

On veut surtout faire passer un message sur notre vision de ce qu’est la bonne gestion municipale. On n’a pas un objectif de présence considérable puisqu’on vient de naître. On a labellisé huit listes et on va en labelliser d’autres... Mais on n’a pas d’ambition quantitative. En Rhône-Alpes, on aura une liste à Grenoble, menée par Denis Bonzy. Et il y en aura une dans l’agglomération lyonnaise aussi, mais c’est encore trop tôt pour en parler. En revanche à Lyon même, on n’a labellisé personne car on n’a pas trouvé de liste qui correspondait nécessairement à ce qu’on cherchait.


Vous voulez gérer les communes comme des entreprises ? 

Non. Ni les communes ni l’État ne doivent être gérés comme des entre- prises. Par contre il y a dans la gestion des entreprises des principes, comme la responsabilité et la transparence, qui devraient être impérativement transposés dans la gestion publique, que ce soit au niveau local, régional ou national.


Vous serez vous-même candidat?

Non, je ne serai pas candidat car je souhaite me consacrer au développement du mouvement. Je ne suis pas là pour prendre le pouvoir. Moi la seule chose qui m’intéresse, c’est que le pays soit réformé. Et si possible avant 2017 !Si François Hollande se décidait à prendre les bonnes décisions, je serais le premier content.


Quel est votre objectif pour les présidentielles en 2017 ? 

Le premier scénario serait qu’un ou plusieurs partis de gouvernement reprennent nos idées. Mais il faut aussi changer le leadership des partis. Il faut qu’il y ait des gens différents qui viennent de la société civile, pour faire le job. Comme Gerhard Schröder en Allemagne qui n’est resté que quelques années. Et si ça ne se produit pas, alors on présentera un candidat, effectivement.


Comment vous financez ce parti? 

Avec les dons des citoyens. On est confiants car il y a une telle exaspération des citoyens vis-à-vis de la classe politique, que les gens donnent et nous soutiennent. On assiste à un réveil citoyen qui porte notre mouvement et nous permet donc de le financer.


Et vous visez quel électorat ?

On compte déjà 10 000 sympathisants et 6000 adhérents mais tous les Français sont concernés par ce qu’on raconte. J’en fais l’expérience, lors de mes déplacements en province à Nantes, Lyon, Rennes, Lille... On retrouve la France entière: artisans, commerçants, professions libérales, employés, chefs d’entreprise, cadres, femmes au foyer... Le message est repris par tout le monde avec enthousiasme.

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