Mont Verdun : la base stratégique de l’armée de l’air

Date de publication : 11/02/2014

Logée au sommet du Mont Verdun au nord de Lyon, la base 942 héberge les activités les plus stratégiques de l’armée de l’air. Reportage au cœur de cette zone militaire ultra sécurisée, où sont coordonnées les opérations militaires en cours au Mali et en Centrafrique. Par Charlotte Vincent


Direction Limonest, en milieu d’après-midi. Des panneaux de signalisation orientent vers la base 942. Mais il faut s’armer de courage pour atteindre le site. La montée est longue, dans le brouillard avec quelques restes de neige en arrivant au sommet. La vue, habituellement plaisante, est masquée par la pollution et les gros nuages. Un panneau prévient que l’on pénètre dans une zone militaire. L’entrée de la base est hyper contrôlée. Un grand portail,

des gardes. Il faut s’annoncer. Impossible de poursuivre avec son propre véhicule. Notre voiture doit rester en dehors de la zone. Mais le chauffeur d’un car rempli de militaires en uniforme s’arrête, pour nous rapprocher des bâtiments, situés à 500 mètres. Dans les allées, les saluts formels se multiplient. Au total, il y a 1 300 militaires au Mont Verdun, surtout des hommes. Une civile ne passe donc pas inaperçue !


GUERRE SUR ORDINATEURS

La base 942 du Mont Verdun est un endroit stratégique pour l’armée de l’air française. La plupart de ses missions sont uniques. À commencer par la planification et la conduite des opérations aériennes en cours, au Mali et en Centrafrique. C’est dans une salle blindée, enterrée à 110 mètres de profondeur, que se préparent toutes les frappes aériennes. Pour y accéder, il faut multiplier les contrôles de sécurité. Car cet ouvrage atypique, construit dans les années 70, en pleine Guerre Froide, a été creusé dans la montagne et bénéficie d’une stabilité rocheuse idéale.Totalement enterré, le site est donc invisible depuis l’extérieur. Ce "bunker” géant assure ainsi une sécurité totale aux militaires et une possibilité de vivre en autonomie en cas de conflit nucléaire pendant "un long moment”, assure, méfiant, Jean-Pierre Wieder, chargé de communication de la base aérienne de Lyon Mont Verdun. L’abri dispose de sa propre centrale électrique et produit son air froid pour climatiser les salles. Une équipe de spécialistes de la maintenance dort même sur place, au cas où une panne sur- viendrait. Un environnement idéal pour installer un centre d’opération et d’information, composé de nombreux serveurs informatiques. Et 6 km de galeries relient 20000 m2 de salles. Des couloirs à perte de vue! Pour se déplacer, des petites voitures électriques sont à disposition des plus fainéants, et des gradés...

À droite du couloir, la salle "Afrique centrale et de l’ouest”. Elle est petite et surtout il y fait chaud, presque autant qu’en Afrique! La lumière du jour étant inexistante, il faut se contenter de néons blancs. L’ambiance est étouffante. Quant à la décoration, elle est sommaire: seulement des cartes du continent noir scotchées sur les murs. Une vingtaine de militaires s’affairent jour et nuit derrière les ordinateurs. C’est la guerre sur écrans! L’agitation est perceptible, c’est une vraie

ruche, depuis que la France a annoncé son intervention en Centrafrique. Des missions qui s’ajoutent à celles déjà menées depuis un an au Mali. "Le Mali, on connais- sait le terrain et les frappes étaient moins nombreuses. La Centrafrique, il faut tout relancer”, explique Étienne Gourdain, le commandant de la base.

Ces militaires "geeks” qui travaillent dans cette salle font par- tie de l’élite de la planification et de la conduite d’opérations aériennes. Leur job? Recevoir les ordres de l’État-Major à Paris et les transcrire en opérations concrètes. "Par exemple, pour le Mali, l’État-Major nous envoie une directive qui vise à stopper l’avancée des djihadistes au nord du pays. Nous identifions et localisons les cibles et déployons les moyens nécessaires. On envoie des ordres et des feuilles de route aux autres bases, en France ou en Afrique, d’où décolleront les avions. Des Rafales mais aussi des ravitailleurs”, explique Étienne Gourdain. Cette équipe lyonnaise prévoit tous les dispositifs, y compris les autorisations de survol des pays et les aléas en cours de mission : panne, réaffectation des avions, menace nouvelle... La plupart de ces militaires a d’ailleurs été formée sur place, puisque le Mont Verdun compte une école de formation à la conduite et la planification. Un établissement unique en France qui est labellisé centre d’excellence de l’Otan.


POLICE DU CIEL

De retour dans les couloirs sous-terrains, on arrive au centre de détection et de contrôle. Une sorte de police du ciel.

L’espace est grand et là encore, les écrans sont partout. Derrière, encore des militaires en uniforme, qui ne lâchent pas des yeux leurs ordinateurs. Ils contrôlent l’espace aérien de tout le territoire grâce à de gigantesques radars, installés sur le Mont Verdun et le Mont Thou, juste en face. Ces grosses boules sont facilement repérables de loin. Elles retranscrivent chaque vol par un petit point coloré sur un fond noir. Il suffit de cliquer dessus pour savoir d’où il vient, où il va, par quelle compagnie il est exploité... Les militaires doivent s’assurer que chaque avion qui traverse le pays, militaire ou civil, est identifié. S’il ne l’est pas, un Rafale ou un Mirage est envoyé en reconnaissance. "Il doit pouvoir rejoindre l’avion suspect en 15 minutes”, assure le colonel Étienne Gourdain. Aucun appareil ne décollant du Mont Verdun, la base 942 envoie, là encore, un ordre de départ à une autre base française. À Orange dans le Vaucluse ou Saint-Dizier, en Haute-Marne par exemple. Parmi la trentaine de fonctionnaires dans la salle, certains vérifient également que les zones d’entraîne- ment militaire sont respectées et contournées et qu’il n’y a aucun risque d’accident. "En temps de paix, les avions de ligne sont prioritaires. Pour s’entraîner, on doit donc définir des zones, prévenir les autorités compétentes en avance, et s’assurer que l’exercice respecte bien ses limites”, explique un contrôleur aérien.

Ces gros radars sont aussi utilisés par le centre de coordination et de sauvetage. Une unité qui se charge des recherches aériennes en cas de crash d’un avion sur la zone sud-est, qui s’étend de Dijon à la Corse. "Ça fait partie de nos missions de service public. Nous organisons les moyens aériens pour retrouver l’épave. Il y a trois autres centres de ce type en France mais nous faisons partie des plus sollicités. Car beaucoup de gens volent dans la région et les Alpes sont une zone très accidentogène”, détaille Étienne Gourdain. L’unité a été particulièrement mise à contribution ces derniers mois suite aux nombreux accidents de petits avions dans la région.


ARME NUCLÉAIRE

Mais la pépite du Mont Verdun, c’est son "centre de dévolution stratégique”. Un jargon militaire incompréhensible qui signifie que la base 942 est habilitée pour mettre en œuvre une arme nucléaire aérienne en cas de défaillance du centre principal, dont la localisation est top secrète. Le Mont Verdun, c’est donc le plan B nucléaire de la France. Ce qui justifie davantage le caractère stratégique de cette base. Mais cette compétence, l’armée n’aime pas trop en parler. "C’est stratégique. Je ne crois pas qu’il soit intéressant d’en parler”, coupe court le colonel Étienne Gourdain. Impossible donc de pénétrer dans la salle mystère. La "Grande muette” renoue vite avec ses habitudes...

La visite s’arrête là. La nuit est tombée sur le Mont Verdun. Le froid et le brouillard sont en revanche toujours là. Il est 18 heures, le Colonel rentre chez lui. Il a fait le choix d’habiter en dehors de la base, pas très loin, en famille. Mais la majorité des militaires vit sur place. Un quotidien rythmé par la salle de sport et la piscine, comme seules distractions. "Pour le reste, il faut prendre la voiture et venir sur Lyon”, s’amuse une jeune militaire, affectée à la communication de la base 942.

On quitte la zone militaire et redescendons la colline stratégique.

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