“Une politique de terre brûlée”

Date de publication : 31/03/2014

Dernier champion olympique français de patinage avec Marina Anissina en 2002, Gwendal Peizerat dénonce la politique mise en place par la Fédération française des sports de glace. Pour le conseiller régional délégué aux sports, il est temps que les choses changent.

Quel bilan dressez-vous de ces Jeux olympiques pour le patinage français ?

Gwendal Peizerat : C’est un triste bilan, bien sûr, puisqu’aucune médaille n’a été remportée. Mais il y avait des signes avant-coureurs. Que ce soit en couple ou en individuel, tous les patineurs français ont réalisé un début de saison plutôt moyen. Entre ceux plutôt en fin de carrière et des jeunes pas encore à leur meilleur niveau, aucun n’arrivait au top.
Le couple Bourzat-Péchalat était l’une des vraies chances françaises, comment expliquez-vous qu’il n’ait jamais décroché une médaille olympique ?
Je pense qu’ils ont eu des moments dans leur carrière où ils ont craqué mentalement. Avec un peu plus de stabilité, leur courbe de progression aurait sans doute été plus précoce. Je trouve dommage qu’ils aient changé aussi souvent d’entraîneurs. Ils ont commencé à Lyon avant d’aller en Russie puis aux Etats-Unis. Mais ils ont quand même réussi une superbe carrière avec une médaille de bronze au championnat du monde, deux titres de champions d’Europe et une très belle prestation à Sotchi où ils finissent au pied du podium.
Trouvez-vous justifié leurs critiques à l’égard des juges qui ont préféré l’interprétation du Lac des cygnes des Russes à leur programme plus original ?
Pas forcément. Je crois qu’il faut savoir s’adapter en fonction de l’endroit où on patine. C’est de notoriété publique que juges sont influencés par l’ambiance qui se dégage dans une patinoire. Or, la culture russe est imprégnée par la musique classique. Tous leurs concurrents ont pris en compte cet aspect, eux un peu moins. C’est peut-être ça qui a fait la différence même si leur chorégraphie du Petit Prince était très bien exécutée.
Il n’y a eu aucun favoritisme à l’égard des patineurs russes ?
Je n’en ai pas l’impression. Ils ont très bien patiné et il n’y a rien de scandaleux dans cette décision. Je rappelle d’ailleurs que ce couple avait déjà terminé devant les Français lors du Trophée Éric Bompard, disputé à Bercy, en début de saison.
Mais les juges sont souvent pointés du doigt comme étant corrompus dans cette discipline !
Mais si c’était le cas, ce serait toujours les mêmes qui gagneraient ! Pour être le plus objectif possible, le système de notations a beaucoup évolué. C’est désormais le plus compliqué et en même temps le plus perfectionné au monde. Après, il y a peut-être des arrangements mais quand on se penche sur ce classement des JO, il n’y a pas grand chose à redire.
Qu’est-ce qui a manqué aux autres patineurs français pour obtenir une médaille?
Je pense qu’on a manqué d’outsiders prêts à prendre le relais des favoris en cas d’échec, comme ça a pu être le cas en ski par exemple. Cela fait un moment que les résultats du patinage dépendent presque uniquement de Fabian Bourzat et Nathalie Péchalat ainsi que de Brian Joubert. Et quand ils se ratent, personne n’assume le rôle de leader derrière. Pour moi, ce ne sont pas les sportifs qui sont en cause mais plutôt la Fédération sportive des sports de glace.
Pourquoi mettez-vous en cause la fédération sportive ?
Elle a mis en place une politique qui prône le résultat immédiat au détriment de la construction sur le long terme. Globalement, il y a un vrai mépris de la qualité des formateurs français. Depuis de nombreuses années, ils sont traités comme des moins que rien, et pas seulement dans le patinage. Sébastien Cros, l’entraîneur du champion olympique russe de short-track Viktor Ahn, est l’un des nombreux Français déçu par la fédération qui a préféré partir à l’étranger.
Les clubs de Rhône-Alpes se plaignent aussi de la politique de la fédération ?
Bien sûr. Les centres d’entraînements de Lyon et Annecy se sont vus retirer récemment leur label Structure Sportive d’Excellence par la fédération soi-disant par manque de résultats. Des décisions synonymes de suppression de subvention pour ces structures qui ont toujours abrité de grands champions. Et la fédération fait pression sur les sportifs de ces centres pour qu’ils rejoignent des clubs parisiens alors que la plupart n’en ont pas envie. C’est une vraie politique de terre brûlée qui est mise en place.

Et rien n’est fait pour l’arrêter ?
Non. Dernièrement, l’ancien patineur Olivier Schoenfelder, aujourd’hui entraîneur au centre de Lyon, a écrit à la ministre des Sports pour lui demander de protéger deux de ses sportifs qui subissaient des pressions pour quitter leur centre... J’ai connu des championnats de France où nous étions une quinzaine de couples à concourir. Aujourd’hui, ils sont trois fois moins sur certaines disciplines. C’est le résultat de la politique mise en place par le président Didier Gailhaguet.
Ce dernier se défend en mettant en avant les 56 médailles glanées par les Français lors des grands championnats depuis quatre ans !

Peut-être. Mais dès l’instant où on va un peu plus loin dans l’analyse on voit tous les problèmes qui se cachent derrière ces résultats. Je me demande comment va rebondir cette équipe de France après les JO car la plupart des patineurs sont en fin de carrière et la relève n’évolue pas dans de bonnes conditions. En tant que délégué aux sports de la région, j’ai dû avoir une vingtaine de rendez-vous avec Michel Vion, le président de la Fédération française de ski, mais aucun avec Didier Gailhaguet. Aucune réflexion n’est faite pour développer ce sport en Rhône-Alpes !
Que faudrait-il faire pour redonner un nouveau souffle à cette fédération ?
Il faut vraiment repartir de la base et refaire un travail de fourmis auprès des clubs. Je crois qu’il est nécessaire aussi de rencontrer les collectivités pour tenter de relancer l’engouement pour ce sport. Et, bien sûr, remotiver tous les encadrants et les patineurs pour qu’ils continuent de croire en leur discipline. J’ai entendu dire que Fabian Bourzat voulait devenir entraîneur mais plutôt aux Etats-Unis qu’en France. C’est dommage qu’on en arrive là car toutes ces personnes ont des idées, de l’énergie et un grand amour pour ce sport.
Et tout cela passe par un changement à la tête de la présidence ?
Oui, mais pas seulement. C’est toute l’équipe dirigeante actuelle qu’il faut changer.
Vous êtes confiant pour l’avenir de ce sport ?
Si les choses changent, bien sûr. Nous avons d’excellents patineurs en France et notamment en Rhône-Alpes. Je pense notamment à Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron. Ils ont été vice-champions du monde en 2013, comme nous avec Marina Anissina à l’époque. C’est donc de très bon augure. Mais il y a aussi le couple Estelle Elizabeth et Romain Le Gac, et les jeunes prodiges Angelique Abachkina et Louis Thauron. Tous s’entraînent au centre de Lyon et pourront devenir de futurs grands s’ils sont bien accompagnés.

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