Les nouvelles féministes

Date de publication : 12/05/2014

Qu’elles soient chefs d’entreprise, qu’elles portent la barbe ou refusent d’avoir des enfants, ces Lyonnaises défendent d’autres combats que leurs aînées et incarnent une nouvelle génération de féministes. Mag2 Lyon les a rencontrés.

Jeunes, les seins nus et barbouillés de slogans militants, les Femen incarnent un nouveau féministe, très médiatique et radical. Leur nudité sert d’arme pour que les femmes ne soient plus considérées comme des objets sexuels. Si le mouvement, d’origine ukrainienne, a fait des émules dans toutes les capitales européennes, il n’a pas encore gagné Lyon. "Nous n’avons pas de Femen à Lyon. Mais on en aura peut-être très bientôt”, répond avec beaucoup d’espoirs Inna Schevckenko, représentante des Femen à Paris. Mais même sans Femen, Lyon reste un terreau féministe très fort et voit arriver de nouveau mouvement aux modes d’actions toujours plus innovants. À l’image de la Slutwalk : "la marche des salopes”. Ce mouvement né au Canada a gagné Lyon l’an dernier. Il proteste contre la culpabilisation des victimes de viol et le discours affirmant que "les femmes violées n’avaient qu’à pas porter de jupes”. Le principe ? Défiler en tenue très légère dans la rue. La dernière marche a été organisée le 28 septembre à Lyon et dans plusieurs villes en France. Une centaine de femmes mais aussi d’hommes ont défilé. Mais le mouvement reste cependant minoritaire et n’a pas d’actions régulières.
L’égalité par l’économie
Là où les Lyonnaises sont les plus actives, c’est en matière d’économie. La ville compte plus d’une vingtaine d’associations féminines autour de l’entrepreneuriat, l’aide au retour à l’emploi et à la représentation des femmes dans les médias… Il existe également des branches féminines dans les associations étudiantes des grandes écoles comme l’EM Lyon et Sciences Po. Ainsi que des déclinaisons au sein des syndicats patronaux comme le "Pôle femmes chefs d’entreprise” à la CGPME. "On travaille à une juste place des femmes dans la société et dans le monde économique. Et avec l’économie, on a un levier pour que les femmes accèdent à un équilibre”, explique Wilma Odin-Lumetta, fondatrice de l’association Supplément Dames, qui vise à favoriser l’entreprenariat féminin et l’ascension des femmes à des postes à responsabilité. En effet, en matière économique, les inégalités hommes femmes sont encore criantes. L’écart de salaire entre les deux sexes est de 24 % à poste égal, seulement 18 % des dirigeants d’entreprise sont des femmes et elles représentent 28 % des créateurs d’entreprises.
Face à ces données, 14 des associations lyonnaises ont décidé de se réunir pour peser plus et ont créé le Ref, le réseau économique féminin. Au total, ce regroupement représente 1 500 membres et vise à mener des actions concrètes pour faire avancer la cause féminine dans l’économie. Par exemple, le Ref vient de relayer la Semaine de sensibilisation des jeunes à l’entrepreneuriat au féminin, lancée par la ministre Najat Vallaud Belkacem. Concrètement, 88 dirigeantes ont visité les collèges et lycées de la région Rhône-Alpes pour éveiller les consciences, dès le plus jeune âge. "Rhône-Alpes est la région qui a mobilisé le plus de femme chefs d’entreprise en France !” se félicite Anne-Lise Rodier, présidente du Ref. La jeune femme, qui dirige par ailleurs la société Adelyo Conseil, espère bien prolonger l’opération.
Même si elles travaillent à faire avancer la cause féminine, les membres du Ref ont du mal à se considérer comme des "féministes”. "Le terme est sans doute trop radical. Parmi nos membres, certaines se sentent féministes, d’autres moins. On est davantage dans la responsabilité sociétale en vue d’un meilleur équilibre entre les gens”, nuance Wilma Odin-Lumetta.

Porter une barbe
Pour dénoncer la suprématie des hommes dans les sphères politiques et économiques, d’autres courants féministes ont préféré miser sur l’humour. C’est le cas de La Barbe, un collectif national qui dispose d’une antenne à Lyon depuis 2012. Son mode d’action ? Porter une barbe et s’introduire dans tous les lieux de pouvoirs dominés par les hommes : instances politiques, médias… Les membres lisent et distribuent alors des tracts, aussi rédigés ironiquement, félicitant les hommes pour leur non-mixité. Puis restent dans un coin de la salle, silencieuses et disposées à expliquer leur démarche aux visiteurs. Sur son site internet, La Barbe propose même un kit pour réaliser la "parfaite barbe féministe”. "On fabrique nos barbes et on choisit une cible. Il s’agit principalement de réunions publiques, de cérémonies officielles… On essaie de chercher des statistiques en amont, de regarder qui est invité. Si ce sont principalement des hommes on intervient”, explique Florence Grand qui représente La Barbe à Lyon. Une quinzaine de femmes à barbe sont ainsi intervenues lors des Rendez-vous Carnot, des Journées de l’économie, du Lyon BD Festival… Elles se sont également rendues au Progrès, pour dénoncer le manque de femmes parmi les dirigeants. Le mouvement lyonnais est constitué de femmes de 20 à 40 ans. "On se considère comme des féministes, ce n’est pas un gros mot. On remarque de réelles inégalités entre hommes et femmes et elles se répercutent sur les lieux de pouvoir. Et grâce à l’humour, on peut dénoncer cette suprématie masculine !”, résume Florence Grand.
Phénomène No Kids
L’économie et le pouvoir politique ne sont pas seuls thèmes défendus par la nouvelle génération de féministes. Le combat pour le droit des femmes à disposer de leur corps est encore bien présent. "Je ne pensais pas qu’en 2014, on manifesterait encore pour le droit à l’avortement”, déplore Muriel Salle, historienne et maître de conférences sur le genre, le sexe et la politique à l’IEP de Lyon (voir l’interview en page suivante). En effet, la récente interdiction de l’IVG en Espagne a réveillé les consciences féministes en France et à Lyon. Deux manifestations ont été organisées, la plus récente s’est tenue en janvier dernier. Ces événements sont portés par les mouvements féministes historiques comme le Planning familial et Osez le féminisme. Mais aussi par des associations gays et lesbiennes.
Mais aujourd’hui les slogans pour disposer de son corps ont évolué et de nouveaux mouvements apparaissent comme celui des No Kids. Constitués de célibataires hommes et femmes ou de couples qui ne veulent pas avoir d’enfants, les No Kids ne sont pas structurés en association. La dernière étude sur la question faite par l’Institut national des études démographiques estime de 6,3 % des hommes et 4,3 % des femmes ne veulent pas d’enfants. "Avoir un enfant, c’est une contrainte, une responsabilité. C’est un investissement personnel trop lourd. Je préfère garder ma liberté”, explique Katie, 33 ans. Cette Lyonnaise, comme toutes les autres femmes dans son cas, doit continuellement expliquer son choix face à des collègues, des amis ou une famille qui les regardent avec un œil accusateur. Blanche, une Lyonnaise de 35 ans, appréhende ainsi les réunions de famille. "À chaque fois, c’est la même question. Les gens regardent mon ventre ! Du coup, j’ai appris à atténuer mon discours. Je dis que je changerai peut-être d’avis alors que je ne le pense pas…”, s’exaspère-t-elle. Pour ces deux jeunes femmes, ne pas vouloir d’enfant n’est pas seulement un engagement féministe, mais aussi écologiste. "On est déjà beaucoup sur cette planète, autant ne pas en rajouter et détruire l’environnement. Si jamais un jour je veux un enfant je pourrai adopter !”, souligne Katie.
Pas question pour autant de militer ou de défiler dans la rue. Les No Kids sont discrets. "C’est davantage un choix personnel. Je ne me considère pas comme une féministe”, détaille Blanche. Comment faire évoluer les consciences alors ? "Elles évoluent déjà. Les regards changent petit à petit, assure Katie. Pour la nouvelle génération, c’est bien plus simple de faire le choix de ne pas avoir d’enfants”, se réjouit-elle.
Stérilisation volontaire
Un autre combat est encore à mener pour ces No Kids : celui de la stérilisation volontaire. Certaines femmes cherchent en effet à pouvoir se faire stériliser librement, même jeune. C’est autorisé par la loi dès 18 ans mais beaucoup de médecins refusent de pratiquer ces actes de peur que les patients regrettent quelques années plus tard. Une association s’est donc créée pour faire valoir ce droit : le Mouvement Libre pour la Stérilisation Volontaire (MLSV). Son objectif : lutter contre les idées reçues autour de la stérilisation volontaire et partager les contacts de médecins qui acceptent de pratiquer ces actes. Le MLSV n’a pas d’antenne à Lyon, mais des Lyonnaises menant ce combat, de façon individuelle. C’est le cas de Véronique, une Lyonnaise de 35 ans : "Je ne veux pas d’enfant et je n’en ai jamais voulu. La stérilisation volontaire est pour moi une solution de confort, afin d’éviter la pilule et les soucis de diabète et de cholestérol qui vont avec”, explique la jeune femme. Vers 30 ans, elle demande à sa gynécologue qui la suit depuis toujours de lui ligaturer les trompes. Elle refuse. "Je n’étais pas en couple et elle me trouvait trop jeune. Elle m’a dit qu’elle le ferait à partir de 40 ans”. Aujourd’hui, Véronique n’est toujours pas arrivée à faire entendre raison à son médecin mais elle ne désespère pas. "Je pense que vers 38 ans, elle acceptera…”. Elle ne s’est pas lancée pour autant dans un combat acharné car son médecin a fait preuve d’une grande écoute. "Je ne me suis pas sentie bafouée dans mes droits mais je comprends celles et ceux qui vont toquer à toutes les portes pour trouver un médecin qui accepte”, assure Véronique. Avant d’ajouter : "Mais la stérilisation est un choix de vie, il faut le respecter. C’est comme l’avortement. En refusant, un gynécologue prend le risque qu’une femme avorte, abandonne son enfant, ou pire !”.
Le combat de la stérilisation s’annonce encore long à mener, faute de structures militantes structurées. Comme celui des No Kids. Pour autant, celui des femmes dans l’économie, très bien organisé, met aussi du temps à avancer. Les mouvements féministes ont donc encore du pain sur la planche…
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