Larcenet, un artiste entier

Date de publication : 12/05/2014

En signant le dernier tome de la série «Blast», Manu Larcenet achève une série qui fera date. A 45 ans, l’auteur de bande-dessinée retiré dans le Beaujolais peut se targuer d’être l’un des plus grands auteurs de sa génération. Portrait.

Il n’a pas souhaité répondre à notre interview. «Je fais grève !», a-t-il simplement indiqué par SMS, préférant se consacrer à son prochain travail. Il est comme ça Manu Larcenet. Franc, droit dans ses bottes. Et surtout bosseur. En 20 ans de carrière, Larcenet a déjà publié une cinquantaine d’albums. « De manière un peu pompeuse, c’est l’un des plus grands auteurs parmi les quadragénaires de la scène actuelle. Il n’a fait aucun album qui ne mérite pas qu’on se penche dessus», assure Laurent Parrez, libraire spécialisé BD. Très attendu, le quatrième et dernier tome de Blast « Pourvu que les Bouddhistes se trompent», vient clore une saga magistrale. Larcenet n’en est pas à son coup d’essai. L’auteur avait déjà fait sensation avec sa saga Le Combat ordinaire, publiée chez Dargaud dès 2003. Le livre avait décroché le Prix du meilleur album à Angoulême et conquis les critiques. L’histoire de Marco, jeune photographe névrosé un peu paumé sans histoires avait aussi su séduire le grand public, en se vendant à plus de 600 000 exemplaires. « Peu d’artistes ont sa créativité, sa capacité à prendre des risques, à explorer sans cesse des chemins différents », explique Philippe Ostermann, directeur général délégué de Dargaud.
« Gros nez »
Né en 1969 à Vélizy près de Paris, Emmanuel Larcenet vit une «enfance peinarde», ponctuée « de crises d’angoisse qui lui gâchent la vie», selon sa biographie officielle ! Il se lance dans la BD à 12 ans, pour ne plus jamais s’arrêter. Après une adolescence punk, cet ancien membre du réseau antifasciste SCALP (Section carrément anti Le Pen) claque la porte de son groupe de musique et entre chez Fluide Glacial. C’est la période « gros nez », humour potache et absurde. Gotlib, Blutch l’inspirent. Le succès est au rendez-vous : Spirou, Dupuis, Glénat se l’arrachent. Il finit par s’installer chez Poisson Pilote en 2000. «Il a navigué aux confins de plusieurs écoles et a fini par se trouver», analyse Yan Lindingre. Admiratif, le dessinateur ne tarit pas d’éloges sur son collègue : « C’est du haut niveau. Il va vraiment au fond de ses personnages, il fait des trouvailles, il ne nous ressert pas ce qu’on connaît. C’est un chercheur, un fouilleur ». Banlieusard depuis toujours, Manu Larcenet part s’installer dans le Rhône, au Bois d’Oingt, en 2001. Il suit sa femme, vétérinaire avec qui il a deux enfants. Cet exil donnera naissance à sa série Le Retour à la terre, dessinée par ses soins et scénarisée par son ami Jean-Yves Ferri.  On y retrouve de façon très drôle les déboires à la campagne de son double Manu «Larssinet» et sa femme Mariette, son anxiété à l’idée d’être père, ses questions existentielles... Le tout avec une sacrée dose d’auto-parodie. « Le retour à la terre l’a aidé, ça lui a permis de débroussailler le terrain de ce qui allait lui arriver à la campagne », sourit Jean-Yves Ferri.
La BD comme thérapie
Collègue de Fluide Glacial depuis les premières planches, le scénariste qualifie volontiers son ami de «pénible et de désordonné» dans un éclat de rire, avant de lui reconnaître de  véritables qualités. «Il vit du dessin, il en a besoin. On ressent cette nécessité d’expression, d’urgence à la lecture. Avoir un collègue aussi nerveux dans le dessin, ça permet de se motiver. Nous sommes très complémentaires», explique-t-il. Les deux compères signeront notamment le jubilatoire Correspondances, compilation de conversations délirantes par fax interposés. Au delà des sujets noirs et sombres comme Blast, Manu Larcenet sait signer des albums pour le moins amusants. « L’humour peut être un catalyseur pour améliorer son moral », avance Yan Lindingre. Oscillant constamment dans le tragi-comique, Larcenet parvient à enchaîner avec cohérence les moments de tendresse et les crises d’angoisses de ces personnages. Toujours creusés, ces derniers s’avèrent souvent complexes, jamais tout à fait bons ou mauvais. « Il arrive à apporter une nuance aux personnages qui permet d’aller plus loin dans l’histoire. C’est quelqu’un de très intelligent, d’intuitif », ajoute Yan Lindingre. Surtout, Larcenet sait s’arrêter. Devant le succès du Combat ordinaire, il aurait pu continuer à dessiner des tonnes de tomes. Il préférera s’arrêter à quatre, parce qu’il avait dit ce qu’il avait à dire. « C’est quelqu’un de très entier, immergé dans ce qu’il fait, dans une sincérité totale. Il ne fait jamais les choses en se disant ‘ça va marcher’, il les fait s’il en a envie, il n’y a pas une seule once de calcul en lui », confirme son éditeur. Dans l’intimité, Manu est « quelqu’un d’assez compliqué ». « Il ne se livre pas facilement en amitié, il peut être cassant et très froid. Mais quand il se laisse approcher, c’est quelqu’un de très riche humainement », confie Guillaume Bouzard, ami dessinateur. Solitaire, Larcenet ne croit pas avoir de talent de base. Il ne croit pas aux « gens qui naissent génies, c’est d’une stupidité crasse », expliquait-il récemment sur les ondes de France Inter. Alors, Manu bosse. «C’est un fou de travail, qui dessine comme il respire. Il n’est jamais content de son travail, il recherche beaucoup graphiquement et narrativement, comme s’il essayait d’inventer quelque chose», poursuit Guillaume Bouzard. Larcenet aime simplement raconter des histoires. La mort de son père, son service militaire et les angoisses qui en découlent, le mal être corporel et psychologique, la place de l’art dans la société... sont autant de thèmes récurrents dans ses œuvres. La BD comme thérapie ? Sans doute. Mais tout aussi personnelles que soient ses histoires, elles parviennent à parler à tout le monde et c’est ce qui fait leur force.

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