Le maire de Grenoble veut “Casser le mur entre élus et citoyens”

Date de publication : 09/12/2014

Élu en mars dernier à Grenoble, Éric Piolle est le seul maire écologiste à la tête d’une grande ville française. Sa priorité: la démocratie locale. Il a déjà pris des décisions symboliques et compte maintenir ce cap malgré les attaques de l’ancienne municipalité socialiste et de l’UMP. Par Lionel Favrot

Est-ce que vous ressentez une pression particulière depuis que vous êtes élu?


Éric Piolle : Non. On est désormais 120 maires écologistes. Ce qui représente une progression importante puisqu’ils étaient 80 en 2008. Même si je suis le seul dans une ville de cette taille, cette situation n’a pas de portée particulière dans ma vie quotidienne. Et puis ce n’est pas l’écologie politique qui a gagné aux élections municipales de 2014. C’est un rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes. Une différence fondamentale qui est au cœur de mon engagement politique. Trois termes qui ont la même importance. Pour ma part, je suis engagé chez Europe Écologie depuis seulement cinq ans.

Certains affirment que vous vous êtes bunkerisé après votre élection !

Non. Il y a eu une attention et un regard particulier des médias. Les micros étaient tendus. On a simplement pris garde à ne pas sortir de notre sujet qui est l’action locale et à ne pas commenter en permanence la politique nationale. On est là pour mettre en œuvre un projet.

Vous vous affichez toujours avec votre vélo. C’est quand même de la com’!

Non. Mais je suis effectivement toujours à vélo tant que je me déplace sur l’agglomération, c’est-à-dire environ une quinzaine de kilomètres. Et cela in-téresse les médias parce que cela symbolise quelque chose. J’ai dû prendre seulement quatre ou cinq fois la voiture depuis mon élection.

Quelle est votre stratégie pour Grenoble ?

La richesse de Grenoble c’est sa citoyenneté. Il y a historiquement une porosité entre les milieux politiques, associatifs, culturels, sportifs... C’est une vraie richesse qui permet de faire émerger des réseaux citoyens. Beaucoup de collectifs se sont constitués à Grenoble ces dernières années. C’est ce qui a permis de construire un projet comme on l’a fait pour les élections municipales. Cela laisse la place à ceux qui veulent s’engager à cette occasion autour d’un projet en dépassant les étiquettes politiques. Au contraire, dans d’autres villes comme Lyon, il y a une étanchéité relative.

Qu’avez-vous changé depuis votre élection ?
Tout d’abord l’état d’esprit. Il y avait une flotte de voiture hypertrophiée avec 20 voitures pour les adjoints. Le maire lui-même en avait trois : deux berlines noires et une Toyota Prius qu’il utilisait pour les événements écolo. On a rendu les deux premières et pas mal d’autres mais on a conservé l’hybride.

Comment font vos adjoints aujourd’hui ?

La majorité roule comme moi à vélo. Et on a organisé des pôles pour en réduire le nombre.

D’autres changements dans la pratique ?

La rémunération des présidences de société d’économie mixte était assez variable. On a tout uniformisé à 500 euros. On a aussi annulé la hausse de 25 % des indemnités que les élus s’étaient votés en 2008. On a aussi imposé le mandat unique. Moi-même j’ai démissionné du Conseil régional et aucun de mes adjoints ne cumule ses fonctions avec des vice-présidences à la Métropole. On veut vraiment retisser un lien avec les citoyens et leur montrer qu’on ne vit pas dans un autre monde. L’autre aspect, c’est la démocratie locale : je passe beaucoup de temps en réunions publiques.

Combien vous êtes payé comme maire ?
4 200 euros moins que ce que je gagnais dans le privé.

L’opposition doit vous reprocher votre inexpérience ?
Non. Dans le privé, je gérais un bud- get plus important que la ville de Grenoble avec 750 millions d’euros. Mais ils attaquent mon équipe. Ils disent : "le maire ça va, mais derrière, ce sont des fous.”
Ces attaques portent dans l’opinion ?
Non. L’adjoint aux écoles était directeur de recherches au CNRS et astrophysicien, l’adjointe au personnel travaillait comme haut fonctionnaire, l’adjointe aux espaces publics est une professeur d’histoire-géo, l’adjoint à la démocratie locale un directeur informatique... Les Grenoblois voient bien qu’on fait un travail d’équipe.

Est-ce que vous avez arrêté certains projets de Michel Destot ?
Oui. On a révisé le plan local d’urbanisme. La précédente municipalité était partie dans une espèce de démesure. Un fantasme de mégalopole. Du coup, de nombreux projets se retrouvaient en confrontation avec les citoyens et elle avait déjà dû reculer. Exemple: deux tours de 100 m de haut qui devaient être construites en vis-à-vis à l’entrée de Grenoble. On a stoppé ce projet et on a limité la hauteur constructible sur la grande esplanade à 33 m. On a aussi augmenté les surfaces de pleine terre pour favoriser la porosité avec la nappe phréatique et faciliter l’écoulement de l’eau. Et pour les nouvelles constructions, on va aller plus loin que les normes actuelles avec des consommations énergétiques 20 % inférieures au BBC.

Et le grand stade qui a fait tant polémique ?
L’ancienne municipalité l’avait imaginé dans l’espoir de voir jouer Grenoble en 1re division. On connaît la suite. On a donc décidé que le rugby jouerait aussi dans ce stade et on a arrêté le projet de rénovation de son propre stade qui allait encore coûter quelques millions d’euros. On a aussi révisé le mode de gestion du Palais des sports. La concession datait de l’époque Cari- gnon et il n’accueillait qu’une dizaine de dates par an contre 70 à 80 pour un zénith.

D’autres priorités?
L’éducation. L’ancienne municipalité a construit des logements à tout va mais les équipements publics n’ont pas suivi. Les écoles sont saturées. Les effectifs augmentaient depuis dix ans mais ils n’ont rien fait! On va aussi travailler sur la question des horaires des enfants en prenant leur parcours du lundi au vendredi soir. On veut arrêter de saucissonner et se recentrer sur le rythme de l’enfant. Il faut profiter des nouveaux temps scolaires pour l’ouverture au monde et mettre par exemple en relation écoles et associations pour que chacun ne reste pas dans un vase clos. Nous avons aussi décidé de mon- ter à 40 % de logements sociaux dans les grandes opérations. Sur ce point, l’équipe précédente avait déjà été dans ce sens puisqu’on est à 21 % à Grenoble mais il faut aller plus loin.

Les Grenoblois n’ont pas peur que vous rendiez la circulation des voitures impossibles pour favoriser les vélos?

Mais il faut être objectif: la circulation est déjà très difficile à Grenoble avec des problèmes récurrents de pollution aux particules. En tant qu’élus, le périmètre de notre action ne concerne qu’un petit bout de la vie. Mais ça marche. Depuis qu’on est élu, le nombre de vélo a explosé à Grenoble.

Vous voulez dire qu’ils imitent leur maire ?
En tout cas que la berline noire n’est plus l’élément statutaire incontournable !

On vous reproche de négliger 
la sécurité en étant opposé à la vidéosurveillance...
Il faut d’abord examiner la situation de Grenoble. Le réseau public de vidéosurveillance ne représente qu’une toute petite partie des 2 000 caméras installées. La majorité est privée. Nous allons donc discuter avec la police nationale pour déterminer quelles sont les caméras réellement utiles à leurs enquêtes. Je ne veux pas avoir d’attitude à la Sarkozy qui faisait de grands discours après chaque drame mais qui dans le même temps, réduisait les moyens de la police et de la justice. La tranquillité publique est pour moi une question fondamentale mais on peut la résoudre par de la présence humaine. En revanche, on a désarmé la police municipale qui ne doit pas concurrencer la police nationale.

Est-ce que vous avez levé des lièvres dans la gestion de la précédente municipalité ?
Cela ne nous intéresse pas. On est tourné vers le futur. À moins évidemment de trouver un éléphant, ce n’est pas notre préoccupation. En revanche, je maintiens qu’il y a eu une gestion approximative. La précédente municipalité a augmenté les impôts en 2008, ce qui avait donné à la ville 9 millions d’euros de part d’autofinancement supplémentaire. Mais cette marge a été complètement mangée dans les trois dernières années du mandat avec une masse salariale qui a augmenté de 15 millions d’euros de 2011 à 2014.

Où est allé cet argent ?

Pas dans la poche des agents municipaux en tout cas.

Vous n’allez pas saisir la Chambre régionale des comptes pour y voir plus clair ?
Non. Nous avons demandé un diagnostic aux services de la ville en qui nous avons toute confiance. Mon prédécesseur a par exemple sous-estimé volontairement de 7 millions d’euros le budget primitif 2014 et les services de la ville l’avaient signalé.

Votre priorité au fond, c’est une nouvelle manière de faire de la politique ?

Le fond, la méthode et le style: les trois sont importants pour moi. On a ainsi proposé aux citoyens de suivre une formation pour comprendre les finances municipales. Elle a été saturée tout de suite. Nous voulons prendre le temps de construire la ville à l’échelle humaine et de préparer la transition énergétique. Il faut préparer ces projets avec les habitants, parfois plutôt penser à réhabiliter que construire... Notre objectif c’est qu’ils puissent avoir un jugement éclairé sur notre action.



ÉCOLO OU TECHNO ?

Écolo radical pour ses détracteurs de gauche et de droite, écolo trop mou pour les extrémistes verts... L’image d’Éric Piolle est encore floue. Son parcours.
Dans quelles circonstances avez-vous rejoint les écologistes ?

Éric Piolle : Je suis arrivé à Grenoble en 1993 et je me suis engagé l’année suivante aux côtés de Pierre Laroutourou sur des thèmes comme la semaine des 4 jours. C’était un engagement associatif même si on s’est présenté à certaines élections pour se faire entendre. En 2009, quatre d’entre nous ont rejoint Europe Écologie les Verts. Finalement, Pierre est revenu au PS parce qu’il pensait pouvoir peser de l’intérieur sur les choix de ce parti.
Vous-même, pourquoi avez-vous choisi EELV plutôt que le PS ?
Parce que c’est le seul mouvement qui amène de la turbulence dans le monde politique. Les écologistes ont commencé à tracer un autre chemin pour sortir de l’alternance droite-gauche. Au contraire, le PS, après avoir gagné par surprise aux élections législatives de 1997, n’a mené aucun travail de fond. Malgré sa défaite à la présidentielle de 2002, il s’est à nouveau contenté de parier sur un jeu de chaise musicale avec la droite. Avec le résultat que l’on connaît.
Mais vous n’avez pas eu envie de vous engager plus tôt en politique?
Je me suis intéressé très tôt à la vie politique. Je me souviens de l’élection présidentielle de Mitterrand en 1981 alors que je n’avais que 8 ans et j’ai commencé à lire le Canard enchaîné au collège. À part un vote pour Juquin, j’ai toujours voté écolo au 1er tour et à gauche au second tour. Mais comme beaucoup de citoyens, je critiquais le décalage et même l’incohérence entre les discours des politiciens de carrière et leurs actes. Bref, je n’ai jamais eu envie de rejoindre le PS car pour moi, il y avait un véritable délabrement idéologique avec des élus qui n’avaient qu’une priorité : éviter l’effondrement. Et puis j’avais déjà une vie professionnelle et associative bien remplie!

Qu’est-ce qui vous a décidé à franchir le pas ?

Après avoir réfléchi aux vrais enjeux économiques et sociaux pour le XXIe siècle, j’ai fait la jonction avec les problématiques environnementales en lisant The Carbon War de Jérémy Leggett, le représentant de Greenpeace aux négociations internationales pour le climat. Ce livre sur la guerre du carbone m’a permis de faire la jonction avec la crise environnementale. Au fond, c’est la même urgence.

Quelle vision vous aviez de l’ancienne municipalité de Grenoble ?

Aucune avant 2010. Je connaissais simplement le nom du maire Michel Destot et d’Annie Deschamp, sa 1re adjointe, quand il a succédé à Carignon en 1995. J’avoue que je n’avais pas entendu parler de Jérôme Saffar, qui a pris la tête de la liste PS cette année. Encore une fois, j’étais davantage préoccupé par de grands enjeux macroéconomiques.

Qu’est-ce qui a fait perdre le PS ?
L’usure du pouvoir. À partir du moment où on envisage un troisième mandat, on ne pense plus qu’à la communication. Michel Destot a transformé la ville en une espèce de vitrine à destination de je ne sais qui. Un showroom qui n’était plus tourné vers ses habitants.

Mais vous voulez tourner le dos aux atouts de Grenoble en matière de sciences et de nouvelles technologies?

Pas du tout. J’en suis même un pur produit. Moi-même je suis ingénieur de formation et j’ai été cadre dirigeant de Hewlett Packard à la tête d’une division qui travaillait dans 120 pays. Je suis donc au cœur de cette mouvance industrielle et scientifique. Ce que j’ai contesté, c’est la manière dont elle était mise en avant car tout était concentré sur une petite partie des atouts de Grenoble. Ce qui a stérilisé les énergies.

Justement, des mouvements contestataires comme PMO, opposés aux nano-particules, vous considèrent plus techno qu’écolo...

Je ne suis pas un techno mais un ingénieur généraliste. C’est-à-dire que j’essaie de comprendre des systèmes complexes. Ce qui est au fond la démarche d’un maire. Je veux contribuer à donner un cap à Grenoble pour donner du sens à notre action et les actions à court terme tendront ensuite naturellement vers ce cap.

Mais vous partagez les critiques de PMO?

Ils portent une réflexion qui est intéressante mais ils ont une critique plus radicale que la mienne. Moi, je cherche à changer le système de l’intérieur. Mais attention, quand on parle nano, il ne faut pas tout confondre. En terme d’électronique, il s’agit simplement d’une nouvelle étape dans la miniaturisation pour aller plus loin que la micro-électronique. Si on parle d’homme augmenté, c’est différent. Ce n’est ni le même concept, ni le même processus de fabrication. Il y a alors un vrai débat philosophique.
Partager

LES DERNIERES ACTUALITES

20/04/2018
Figure de l'entrepreneuriat lyonnais, de la fondation d'Infogrames à son rebond dans la robotique, Bruno Bonnell était très attendu sur les bancs de l'Assemblée. Il a finalement semblé plus discret que prévu jusqu'au buzz provoqué par ses déclarations au Monde début avril. Explications.

20/04/2018
Le documentaire "Pédophilie, un silence de cathédrale” diffusé par France 3 le 22 mars dernier a suscité une nouvelle vague de témoignages auprès de la Parole libérée, l'association lyonnaise qui a révélé l'affaire Preynat. Interview de son président, François Devaux.

12/02/2018

Après Lyon en juin, Mag2 Lyon poursuit son analyse du marché de l'immobilier avec les communes de la métropole. Quelles sont les valeurs sûres ? Quels sont les quartiers qui montent ? Et quels sont ceux à éviter ? Par Hélène Capdeviole

12/09/2016
La Stéphanoise Elodie Clouvel participera à Rio de Janeiro à ses deuxièmes Jeux Olympiques. Mais en parallèle de sa discipline, le pentathlon, elle baigne dans d'autres activités. Elle est également gendarme, mannequin et peut-être même future actrice. Une véritable ambassadrice de son sport. Portrait.

20/04/2018
Cet ancien champion de boxe ayant grandi à Vaulx-en-Velin s'est fait une place à coups de seconds rôles dans le cinéma français, s'appuyant sur une plastique d'athlète, une discipline de fer et une capacité à tout interpréter. En 2018, il se retrouve sur le devant de la scène avec la sortie de trois films dont le très attendu Mektoub My Love d'Abdellatif Kechiche, où il campe un dragueur insouciant. Rencontre.


Retrouvez-nous sur



Création de site internet: Cianeo