Rugby : portrait de Yann Roubert

Date de publication : 12/01/2015

Dans les dernières places du classement, l’équipe de rugby du LOU peine en ce début de saison. Mais aucun défaitisme chez Yann Roubert, qui a pris la tête de ce club il y a deux ans. Un président jeune, nommé par l’actionnaire GL Events, pour redresser la situation, et qui est en train d’imprimer sa marque. Portrait.

Quel a été votre parcours avant de prendre la tête du LOU ?
Yann Roubert : J’ai toujours été un passionné de sports. Comme toute ma famille, car je suis le dernier d’une famille de 5 enfants. Mais j’ai un premier défaut : je suis Stéphanois ! J’ai donc traditionnellement joué au foot à l’ASSE. Puis j’ai surtout pratiqué l’alpinisme à haut niveau, la passion de mon père qui est d’origine savoyarde. Et la voile. Je passais tous mes étés au yacht club de Monaco, je conduisais des bateaux pour des propriétaires, je faisais des courses... J’aurais pu devenir skipper ou guide de haute montagne. Mais j’ai basculé vers un métier plus sérieux puisque j’ai suivi des études de commerce à Nice. Tout en restant dans l’univers du sport.

Quels ont été vos postes dans cet univers du sport ?
Je suis entré à Bouygues Telecom où j’ai été chargé des partenariats sportifs voile et montagne, pendant trois ans. Je suis ensuite parti en expédition pendant un an. J’ai gravi 6 sommets de plus de 6 000 mètres. J’ai d’ailleurs fêté mon 26e anniversaire au pied de l’Everest ! Quand je suis revenu, j’ai travaillé chez SFR, où je suis devenu directeur du sponsoring, des événements et des RP. Je me suis marié, j’ai eu deux enfants qui ont aujourd’hui 7 et 4 ans. En février 2009, j’ai été embauché par GL Events.

Quel était votre rôle au sein de GL Events ?

J’ai passé plus de trois ans à Dubaï. J’étais chargé du développement des activités de GL au Moyen Orient, dans le sport mais pas seulement. J’ai géré la coupe d’Asie des Nations au Qatar. On a lancé le Qatar Motor Show, des événements golfs, pas mal de salons... Une expérience riche dans un monde fascinant, avec de multiples brassages, ses excès, mais où tout est possible. Mais il y a deux ans, Olivier Ginon m’a proposé de m’occuper du LOU.
Mais vous ne connaissiez pas vraiment le rugby...

Je connaissais bien le LOU puisque j’étais chargé du volet sport de GL Events. J’ai aussi pratiqué le rugby, mais pas en pro ! C’est un sport que j’aime évidemment beaucoup. Ses valeurs ne sont pas éloignées de celles de la montagne ou du bateau. Et puis les exigences du haut niveau sont les mêmes. D’ailleurs, j’estime que ça m’aide de n’être ni vraiment Lyonnais, ni vraiment rugbyman. Je propose un œil neuf, sans influence, et je ne suis pas tenté de faire l’équipe à la place de mon entraîneur. 

Quelle était votre mission au moment de votre nomination ?
Développer ce club, le faire monter dans le TOP 14, l’installer dans l’élite du rugby, mais aussi faire de Lyon une ville de rugby, ce qui est un challenge extraordinaire. C’est pour ça que je suis revenu. Mais il y a le potentiel.
Comment s’est passée la succession avec Yvan Patet, dont on dit qu’il a été un peu "débarqué” par l’actionnaire majoritaire GL Events ?
Très bien. Yvan a passé 10 ans dans ce club et je lui rends hommage. Il est encore très présent puisqu’il est toujours actionnaire. Il m’aide beaucoup. J’ai d’ailleurs été 6 mois à ses côtés avant d’être nommé président. 

Mais on a dit de votre nomination qu’elle symbolisait la reprise en main d’Olivier Ginon sur le club !

Dans n’importe quelle société, l’actionnaire majoritaire a un pouvoir décisionnaire. Ma nomination montre clairement que GL Events, et Olivier Ginon avec qui j’échange beaucoup, s’investissent encore plus dans le rugby. C’est revendiqué. 

Mais cela signifie aussi que les choses allaient mal...

Quand je suis arrivé, le club n’était pas dans la meilleure des positions. Il était 8e de Pro D2. Il fallait redresser ce club sportivement et économiquement. Or c’était une filiale de GL Events qui a donc pris ses responsabilités. C’est logique. Un club, c’est à la fois une équipe et une entreprise. L’enjeu est de trouver le bon équilibre entre les valeurs du sport et la gestion sérieuse d’une entreprise. 

Mais ce poste est beaucoup plus exposé médiatiquement que ceux que vous avez occupés...

C’est sûr que les résultats sont visibles. La pression est donc un peu différente. Les responsabilités aussi. Mais elles ne sont pas mieux ou pires que dans mes précédents postes. A Dubaï par exemple, je travaillais à distance, donc en étant un peu plus seul. J’étais le représentant de GL au Moyen Orient, donc je me devais d’avoir une certaine visibilité. J’étais aussi impliqué dans les réseaux locaux.

Vous avez les mains libres à la tête de ce club ou vous rendez des comptes à Olivier Ginon ?

Je suis président-salarié d’un club qui rend des comptes à ses actionnaires, que ce soit Olivier Ginon ou les autres comme Guy Mathiolon, Yvan Patet... Ça ne me gène pas, c’est tout à fait normal. Je gère la boite au quotidien et ils m’aident. 

Vous êtes quel genre de président ?

Je suis plutôt chef d’orchestre. Je ne suis ni entraîneur, ni comptable... J’ai donc organisé trois directions avec un patron à chaque fois, les directions sportive, marketing et communication, et financière. Mon rôle est de recruter des gens compétents à ces postes et de les faires travailler ensemble.  
Le fait que vous soyez le plus jeune patron de club de rugby, c’est compliqué ?

Pas du tout. C’est vrai qu’à 37 ans, je suis récent dans le milieu, mais je suis bien entouré. J’écoute. Et je tranche toujours à la fin. Exemple : Aucun recrutement ne se fait sans mon accord.
Mais avec votre côté convivial, vous arrivez à vous faire respecter ?

Quand je suis arrivé, le club allait mal. J’ai du opérer des licenciements, restructurer... Ça fait partie du métier de faire ces choix, de les assumer et de recadrer. Ce n’est pas la partie la plus agréable. Mais je fixe toujours trois exigences auxquelles les joueurs ne peuvent pas déroger : ils doivent être professionnels, sur et en dehors du terrain, ils doivent être à 100 % et ils doivent obtenir des résultats. Le cadre est claire et simple mais strict. Mais j’ai la chance qu’au rugby, le mec bien soit la norme. 

Pourtant, le club n’est pas dans la meilleure des positions, au niveau sportif...
On n’est pas bien classé. Pour autant, je reste confiant. Le contenu des matchs est très encourageant. Contre Grenoble, on est passé à 2 minutes d’une victoire bonifiée. On a été beaucoup pénalisé. Ça m’agace car on doit gagner ce match. Mais ça montre qu’on a le niveau du TOP 14. Je chiffre à 10 minimum le nombre de points qu’on aurait dû prendre, ce qui est frustrant. On va remonter au classement. 

Vous ne vous sentez pas menacé par ces mauvais résultats ?

Non, j’ai des objectifs, mais je ne me sens pas menacé. J’essaie de bien gérer ce club. J’ai la confiance des actionnaires. J’ai accepté ce challenge. Je ne vais pas me dérober. Mais j’ai encore le temps jusqu’à la fin du championnat. 

Votre objectif est donc le maintien, malgré un budget important ?
La limite basse, c’est le maintien bien sûr ! Mais je tiens à relativiser notre budget de 21 millions d’euros. On est un des rares clubs qui gère son propre stade, avec les dépenses de fonctionnement que ça implique, soit 3 millions d’euros, sans aucune subvention. Avec 18 millions, on ne fait donc pas partie des grosses cylindrées.
Vous parvenez à le remplir, ce stade ?

Sur les 6 premiers matchs à domicile, championnat et coupe d’Europe, on dépasse les 10 000 spectacteurs, ce qui est vraiment bien. On était moins de 6 000 il y a deux ans. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a agrandi le stade. Mais notre meilleur marketing, ce sont nos résultats.

Vous pourriez le quitter pour Gerland ?

On est en relation avec la mairie. Mais il faudrait qu’on s’installe vraiment en TOP 14 et qu’on transforme ce stade pour le rugby.
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