Fusion des CCI Rhône-Alpes et Auvergne

Date de publication : 09/02/2015

Fin décembre, les chambres de commerce et d’industrie de Rhône-Alpes et de l’Auvergne ont annoncé leur volonté de se rapprocher pour ne former qu’une seule CCIR. Un mariage dicté par un contexte de coupes budgétaires sévères et qui semble déséquilibré puisque Rhône-Alpes aura naturellement le leadership. Bernard Schoumacher, président de la CCIR Auvergne reste pourtant confiant. Interview.

Etes-vous favorable à cette fusion avec la CCIR Rhône-Alpes ou êtes-vous contraint par le contexte et les réformes territoriales ?
Bernard Schoumacher : Non, nous militons depuis 10 ans pour que notre ouverture se fasse en direction de Rhône-Alpes, notamment à l’occasion de grands projets d’infrastructures comme l’A89. D’ailleurs, lors du grand débat sur le choix des régions que l’Auvergne devait rejoindre, nous nous sommes tout de suite positionné en faveur de Rhône-Alpes. Aujourd’hui, nous préférons anticiper en prenant une motion avant qu’on ne nous l’impose et créer une seule CCI Auvergne-Rhône-Alpes.
Vous rapprocher du Limousin ou du Grand Massif Central ne vous intéressait pas ?
Non, le Limousin et le Grand Massif Central ne nous intéressaient pas en terme d’économie. Additionner deux petites régions ça n’avait pas beaucoup d’intérêt en termes d’innovation et d’international... La solution c’est Rhône-Alpes !
Pourquoi ?
Tout d’abord parce les entreprises de l’Auvergne travaillent naturellement et depuis de nombreuses années avec Rhône-Alpes. Dans les 50 000 établissements que compte l’Auvergne, environ 1000 ont leur siège en Rhône-Alpes. Et parmi les 13 millions de tonnes de marchandises qui partent de chez nous, un peu plus de 30% sont à destination de Rhône-Alpes. Cette région va être un fabuleux accélérateur notamment sur le plan de l’international et de l’innovation. C’est la 2e région de France, la 6e européenne... Nous, "petite Auvergne”, on pourra bénéficier des implantations de Rhône-Alpes à l’étranger, de son image et de ses connexions. Ce ne peut être qu’un accélérateur des flux. Et c’est pareil pour la recherche, le budget de Rhône-Alpes dans ce domaine est dix fois supérieur à celui de l’Auvergne !
L’international et l’innovation sont-ils vos points faibles en Auvergne ?
L’Auvergne n’a pas à rougir puisque c’est l’une des rares régions avec une balance commerciale positive. Mais nous comptons seulement 1600 entreprises exportatrices. Nous aidons déjà les dirigeants à s’internationaliser mais Rhône-Alpes bénéficie d’un réseau mondial, elle participe à tous les salons et a déjà beaucoup d’entreprises qui exportent. C’est une opportunité pour l’Auvergne, un moyen de s’ouvrir à de nouveaux marchés et d’avoir davantage de capacité d’innovation.
Et qu’est-ce que vous allez apporter à Rhône-Alpes ?
Le numérique et le digital ! C’est l’avenir pour nous tous. L’Auvergne est très avancée dans ces domaines, c’est une grande région, un peu isolée donc elle a investi massivement dans le numérique. Et puis la plus grande entreprise de cette nouvelle CCIR restera Michelin ! Nos autres points forts sont l’agroalimentaire avec le groupe Limagrain et le pôle Céréales Vallée. Nous avons tout ce qui touche les biotech, la santé, les cosmétiques... On travaille aussi beaucoup dans l’aéronautique et et la microtechnique. On a donc des compléments intéressants et des activités spécifiques par rapport à Rhône-Alpes.
Les entreprises d’Auvergne sont-elles favorables à ce rapprochement ?
Oui, les entreprises du bassin souhaitaient que ce soit Rhône-Alpes. Sauf quelques entreprises qui pensent être loin du centre décisionnel de Lyon. Ou d’autres sociétés qui ont un positionnement marketing très terroirs et ont peur que cette image se perde dans ce grand ensemble. Mais globalement les chefs d’entreprise sont prêts à faire des kilomètres pour avoir le service dont ils ont besoin. Et puis, à l’ère du digital, les déplacements sont de moins en moins nécessaires...
Cette fusion est également poussée par les coupes annoncées dans le budget des CCI...
C’est sur que le contexte nationale n’est pas favorable, avec la Loi de finance et la Loi NOTRE qui sera discutée au premier semestre pour définir les compétences des uns et des autres... Il est évident qu’on se doit, en fonction de ces deux lois, de remettre à plat nos missions et dans le cadre d’une grande région, de revoir notre organisation consulaire. Alors on prend les choses en main sans attendre CCI France, on veut rejoindre Rhône-Alpes dès le 1er janvier 2016.
Qu’est-ce que vous pourriez craindre sans fusion ?
Sans fusion, l’avenir serait plus difficile. Mais je pense qu’on a tellement fait d’économies et de restructurations intelligentes qu’on aurait pu représenter un schéma régional unique et s’en sortir.
Vous ne craignez pas de vous faire absorber par la CCIR Rhône-Alpes, qui est beaucoup plus importante que la votre ?
Non. Nous nous sommes rencontrés avec Jean-Paul Mauduy, nos bureaux respectifs vont se voir en ce début d’année et les chefs de service vont nous faire une cartographie des compétences de chacun pour un maximum de performances à moindre coût. Tout dépend de l’état d’esprit mais je ne vois de volonté de cannibalisme de la part de Rhône-Alpes et il n’y a aucune raison que ce soit ainsi. L’intelligence va prévaloir, il faut penser à l’intérêt des entreprises et des territoires. Il faut s’arrêter la.
Vous allez perdre le leadership...
C’est sur qu’avec le Limousin ou le Grand Massif Central, cela aurait été plus facile, en termes de gouvernance et de leadership. L’Auvergne aurait été à la tête de ce nouvel ensemble. Là ce n’est pas le cas. Mais c’est l’intérêt des entreprises qu’il ne faut pas perdre de vue. Les grands groupes du territoire voient cette fusion d’un bon oeil. Il y a des synergies à mettre en oeuvre.
Les deux CCI ont l’habitude de travailler ensemble ?
Oui, on a l’habitude de travailler ensemble sur le plan national. Nous avons déjà des sujets commun comme l’Europe Network. Il s’agit de concept et de sources de financement pour les entreprises à l’international. C’est un projet qu’on présente toujours de façon commune.
Où sera situé le siège de la future CCIR Rhône-Alpes Auvergne ?
Il n’y aura qu’un seul siège, sûrement à Lyon. Je ne vois pas où il pourrait être d’autre, c’est la capitale. La CCIR Auvergne vient d’abandonner son site de l’aéroport pour s’installer dans le même bâtiment que la CCI Puy de Dôme à Clermont-Ferrand. Donc nous n’aurons pas de problème de bâtiment. Il reste à voir qu’elle part de la future CCIR va rester en Auvergne. Ce n’est pas parce qu’on devient une seule CCI que tout doit être à Lyon. If faut faire bénéficier les deux régions.
L’Auvergne accueillera une antenne locale ?
Oui, une forme d’antenne. Cela reste encore à définir... On est encore au tout début !
Êtes-vous prêt à laisser votre place de président au profit d’un Lyonnais ?
Perdre la présidence n’est pas un problème. Je n’ai pas de problème d’égo. Ce sera une CCI régionale, donc ce n’est pas un souci que ce soit un lyonnais, c’est même plutôt logique d’un point de vue mathématique. Mais peut être qu’un jour, le président sera Auvergnat. C’est d’ailleurs un Auvergnat qui est actuellement à la tête de CCI France !

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