Le carton des Prêtres chanteurs

Date de publication : 09/02/2015

Le groupe Les Prêtres créé par Mgr Di Falco était en concert à Lyon en janvier. Un trio qui en est à son troisième album et qui, contre toute attente, cartonne. Parmi eux, le père Jean-Michel Bardet, formé à Lyon. Il raconte cette aventure inattendue. Interview.

Comment êtes-vous devenu un curé chanteur ?

Jean-Michel Bardet :
J’ai toujours été passionné par la musique. Je suis issu d’une famille de 5 enfants originaire de Briançon et j’ai débuté ma formation musicale avec le piano, puis le trombone à l’harmonie municipale. A  la fin du collège, j’ai choisi un lycée spécialisé, le Conservatoire national de Région de Grenoble. Puis j’ai été admis à Lyon, au CNSM. 

Vous vous destiniez donc à une carrière de musicien ?
Oui. Ça a même été le cas pendant quelques années. Je pratiquais le trombone. Je suis devenu musicien supplémentaire à l’Opéra et surtout à l’Orchestre National de Lyon sous la direction d’Emmanuel Krivine. Ce sont de grands souvenirs. J’ai été par exemple marqué par une série de concerts avec Le Sacre du Printemps de Stravinsky. C’était incroyable pour un jeune comme moi. 

Alors pourquoi avez-vous décidé de devenir prêtre ?

En fait, ça a été un cheminement. Malgré la musique, j’avais l’impression de ne pas me réaliser totalement. J’attendais plus. D’abord, j’ai changé un peu de style. Je me suis intéressé spécifiquement à la musique baroque et à un instrument ancien, la Sacqueboute dont le répertoire est très lié à des œuvres sacrées. Puis, petit à petit, un certain nombre de rencontres m’ont fait redécouvrir la foi chrétienne. Comme cette retraite, dans une abbaye auprès des moines. J’avais cette culture catholique et cette pratique depuis mon enfance, mais je m’en étais un peu écarté. J’ai donc décidé de suivre cette voie, notamment pour approfondir les relations humaines et trouver du sens à mon existence. 

Quand avez-vous été ordonné prêtre ?

Une dizaine d’années plus tard, en 1997, à 33 ans. Ça prend logiquement du temps. Il faut faire le séminaire et bien préparer cet engagement. 

Avez-vous alors abandonné la musique ?

Au début, oui, faute de temps. Mais mon professeur de théologie m’a encouragé à reprendre la pratique instrumentale, car il était lui-même musicien. J’ai ensuite été nommé curé à Gap. J’en ai profité pour m’inscrire à un cursus de chant classique au Conservatoire, tout en pratiquant le trombone dans des ensembles des Hautes Alpes. Je suis toujours aujourd’hui, curé de la Cathédrale de Gap.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans ce groupe de prêtres chanteurs ?

Notre évêque, Mgr Di Falco m’a sollicité pour réaliser un disque. Il voulait uniquement des prêtres du diocèse. Le choix était donc limité ! On était 5. On a passé un mini casting devant Didier Barbelivien à l’automne 2009. J’ai été choisi. Ça m’a plu. Car c’était amusant. D’autant qu’on mêlait des chants religieux et profanes. Même si les arrangements m’ont valu quelques critiques du côté de mes amis musiciens !

C’était donc une démarche marketing avec l’idée assumée de vendre des albums...

Oui, ce n’était pas une démarche artistique au départ. On avait une finalité : financer des œuvres humanitaires. Ça va de la réalisation de travaux à Notre-Dame du Laus, l’association malgache "Spirale”, ou encore ATD Quart Monde...

Avez-vous été surpris par le succès de ce premier disque, Spiritus Dei, classé premier des ventes en France ?

Bien sûr ! On ne s’attendait à rien de précis car on était très éloignés de cet univers. On a assisté comme tout le monde à ce phénomène. 

Comment expliquez-vous cette réussite ?

Il y a sûrement plusieurs explications. D’abord, on reprend des classiques de la chanson française qui ont marqué des générations. Les titres de musique classique sont également connus de tous, avec un arrangement "pop”. On privilégie aussi des textes humanistes. 

Mais le fait que vous soyez prêtre est aussi un plus ?

A mon avis, oui. C’est singulier et ça a attiré une certaine curiosité. Mais je ne pense pas que ce soit suffisant. On a pas mal de retour de gens qui ont acheté l’album. Ils témoignent vraiment d’une émotion particulière.

Ils sont en quête de religiosité ?

En quête de sens certainement. On peut effectivement être porteurs de ce besoin. On est tellement en décalage avec la musique actuelle, qui peut très agressive... 

Vous avez ensuite enchaîné avec deux autres disques ?

Oui, Gloria en 2011 et Amen cette année, pour lequel on est en tournée. A chaque fois, on réussit à trouver des compromis autour des titres. Moi, par exemple, j’ai défendu La quête de Jacques Brel. Et on a eu la chance d’avoir la Chanson des justes écrite par Yves Duteil pour son dernier album qui est magnifique.

Auriez-vous accepté de chanter Like a Virgin comme Soeur Cristina en Italie ?

Ça n’a pas été évoqué. En revanche, on avait proposé Pas de boogie woogie de Eddy Mitchell, mais elle n’a pas été retenue !

Combien avez-vous vendu d’albums au total ?

Environ 1,5 million. 
T
out l’argent récolté est reversé à des œuvres ?

L’argent qui nous reviendrait en tant qu’interprètes. Personnellement, je ne touche pas un centime sur ces ventes d’albums. En revanche, on perçoit un cachet d’intermittent pour les concerts.

Désormais, vous vous prenez pour une star !

Non, non... Ce n’est pas de l’ordre de la tentation ! On nous reconnait surtout quand on est tous les quatre. Mais dans la vie quotidienne, les gens sont très discrets. Et puis, entre deux tournées, on retrouve notre ministère, la vie d’un curé de paroisse. On est confronté à un décès, à un préparation au mariage. Les réalités concrètes nous ramènent sur terre... On consacre environ un trimestre par an à ce projet. 

Cette vie d’artiste, avec ses tentations, n’a pas remis en cause votre sacerdoce ?

Honnêtement non. J’avais déjà eu une vie de musicien avant. Donc je n’ai pas été perturbé. D’autant que je n’ai pas 20 ans. Mais je comprends que ça puisse en déboussoler quelques uns. Chanter devant 2500 à 3000 personnes enthousiastes, ça peut être grisant. 
Certains critiques, y compris catholiques, disent que ce disque vous a transformé en produit...
Moi, je pense qu’il faut être en phase avec son époque. Ce n’est pas une compromission. Il faut être présent, là où les gens sont, pour pouvoir les toucher. Les premières autoroutes utilisées par les missionnaires ont été créées par les Romains ! Ça ne veut pas dire qu’on ne puisse pas émettre des critiques sur le monde d’aujourd’hui et les vecteurs de communication utilisés. Mais se tenir à l’écart ne fait pas avancer les choses.

Mais vous vous interdisez certaines choses ?

On peut refuser la participation à une émission trop polémique ou qui ne nous convienne pas. On s’était posés la question sur les Années Bonheur de Patrick Sébastien où on est finalement allés. Je ne le regrette pas. De l’intérieur, cette émission n’a rien de scandaleuse et ce monsieur est sympathique.

Mais vous êtes quand même associés à TF1, une société capitaliste par excellence...

Ce n’était pas un calcul de leur part. Sincèrement, ils ont été eux mêmes surpris de l’ampleur du phénomène. Dans toutes les négociations et les réflexions mutuelles avec la production, on n’a jamais ressenti de pressions dictées par l’argent. Ce sont juste des gens qui font leurs affaires. 

Alors pourquoi est-ce que vous allez arrêter ?

C’était une super expérience, mais ce n’est pas le cœur de notre vie. On est heureux de cette réalisation. Mais on a d’autres choses plus simples à réaliser.
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