Régionales : L’offensive Wauquiez

Date de publication : 06/03/2015

Député-maire UMP du Puy-en-Velay, Laurent Wauquiez veut ravir la présidence de la future grande région Rhône-Alpes à Jean-Jack Queyranne qui termine son deuxième mandat. Sur sa route, Michel Barnier et ses soutiens. Entre autres.

"55 des 60 parlementaires UMP de Rhône-Alpes-Auvergne et 37 des 40 maires de villes de plus de 10 000 habitants me soutiennent. C’est juste pour vous donner un élément de comparaison.” Dix jours avant l’investiture officielle de l’UMP et après deux sondages le plaçant comme favori aux élections régionales, l’auvergnat Laurent Wauquiez affichait sa sérénité face à son rival savoyard Michel Barnier qui brigue lui-aussi la tête de liste. Lors de la présentation officielle de sa candidature à Lyon, début janvier, le député-maire du Puy-en-Velay était d’ailleurs entouré des principaux responsables de l’UMP lyonnaise : Michel Forissier, Michel Havard, Philippe Cochet...
En comparaison, l’annonce de la candidature de Michel Barnier, qui date pourtant de plus de trois mois, est presque passée inaperçue. Du coup, ce dernier a mobilisé à son tour ses soutiens fin janvier avec la signature de 100 élus dont Hervé Gaymard, président du conseil général de Savoie, Michel Dantin, député européen et maire de Chambéry, ou encore Damien Abad, député de l’Ain. Derrière Michel Barnier, on retrouve également la député européenne Modem Sylvie Goulard et le radical de droite Thierry Cornillet. Ce qui confirme sa capacité de rassemblement au centre. En revanche, 65% de ces 100 élus sont de Savoie ou de Haute-Savoie, département d’influence de Barnier, alors que Laurent Wauquiez a des soutiens répartis sur l’ensemble du territoire régional.
Figure des JO d’Albertville, plusieurs fois ministre et ancien commissaire européen, Michel Barnier est à 64 ans une figure de la vie politique. Malgré son expérience, il s’est donc retrouvé en challenger de Laurent Wauquiez qui, à 40 ans, peut afficher une carrière éclaire. Mag2Lyon est donc allé à la rencontre de ce nouveau venu qui fait une entrée fracassante sur la scène politique régionale à la faveur du rapprochement de ces deux régions. Portrait.

Doudoune
Quand on arrive ce vendredi du mois de janvier dans sa mairie du Puy-en-Velay, la neige tient sans tenir sauf sur les collines. Laurent Wauquiez est en pleine réunion de travail avec son adjoint aux finances et les services de la ville. Sujet du jour : le budget 2015. L’occasion de souligner lui-même une gestion "rigoureuse” et de féliciter son équipe sur sa capacité à dégager 5% de marge pour compenser les baisses de dotations de l’Etat qualifiées "d’insupportables”... Donc de tacler le gouvernement socialiste. La politique nationale n’est jamais loin même s’il ne s’agit pas de sortir une petite phrase sur une chaîne d’info continue. C’est en effet la particularité de cet élu. A la fois figure nationale de l’UMP en pleine ascension, bon client des médias en costard-cravate impeccable, et député-maire enraciné dans son terroir, avec parfois des allures de grand duduche avec son inséparable doudoune rouge.
"Je suis typiquement un enfant de cette région puisque je suis né à Lyon en 1975 mais que j’ai passé mon enfance au Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire”, précise Laurent Wauquiez. Né d’un père banquier chez Indosuez à Lyon et d’une mère travaillant au musée d’Art moderne à Saint-Etienne, il est en effet revenu après leur séparation sur les terres auvergnates de ses ancêtres. Son père est gaulliste et sa mère plutôt centriste. A table, la famille Wauquiez parle volontiers politique mais ce sera le seul de sa famille à s’engager. "Pour ma mère, mon frère et mes soeurs, ce n’était pas forcément une bonne idée”, précise Laurent Wauquiez qui se souvient aussi de grandes discussions avec sa grand-mère.
Elève brillant et sportif, il pratique la course d’endurance et veut devenir pilote d’avion. "Je n’étais pas du genre à vouloir devenir président de la République à 4 ans, j’étais parfaitement sain !”, insiste le député-maire du Puy-en-Velay. Le déclic politique lui viendra bien plus tard alors qu’il a déjà décroché une agrégation d’histoire à Paris. Mais dès ses premiers mois en fac’, il ne se sent pas à l’aise. "Ce n’était pas mon karma, ce pour quoi j’étais fait. Ce que j’aime au fond en politique, c’est qu’elle suppose d’être un homme d’action mais aussi de réflexion.”
Ayant appris l’arabe, il va séjourner deux fois en Egypte. Une expérience formatrice. "La relation avec la Méditerranée est centrale pour la France. Quand elle est prospère, notre pays est prospère. L’actualité le confirme aujourd’hui :  c’est à la fois une source de menaces et d’opportunités. On a besoin de passeurs qui comprennent le monde arabe.”
Il faut dire qu’il a été marqué par son action auprès de Soeur Emmanuelle dans les quartiers populaire du Caire, en Egypte. "Je l’avais rejoint comme bénévole et j’ai été impressionné par cette petite boule d’énergie qui vous transperçait de ses yeux . Cette envie de se dire il n’y a rien d’impossible. Si la montagne te semble immense, commence par bouger une pierre et cela sera déjà plus facile. A chaque rencontre, elle demandait ce que vous aviez fait de bon depuis la dernière fois que vous l’aviez vu.” Ce que Laurent Wauquiez estime alors bon, c’est de s’engager en politique.
"Ma conscience politique s’est formée à la fin du règne de Mitterrand quand toutes ces histoires de corruption éclatent comme l’affaire Urba. Cela m’a beaucoup marqué. Je me suis engagé à un moment où plus personne ne faisait de la politique. Mes amis allaient dans le monde de l’entreprise ou partaient à l’étranger. J’avais le sentiment que la politique avait perdu de son âme et qu’il fallait remettre un peu de sens. C’est pour cela que je veille à être exemplaire dans mon comportement d’élu.”
L’ambiance très à gauche de Normale Sup où il a préparé son agrégation va aussi le marquer. "Aux yeux de mes camarades, le PS était presque un dangereux parti d’extrême-droite. Je n’ai pas du tout aimé cette ambiance où on voulait me dire ce que je devais penser. C’était déjà le diktat de la pensée unique. Je me souviens d’un camarade m’expliquant que la gauche avait toujours eu raison dans l’histoire.” Loin de l’endoctriner, cela va provoquer chez lui le réflexe inverse.
Souffle
Ses modèles à lui : Napoléon, Jules Ferry, de Gaulle et Mendes-France. "Je n’aime pas les politiques aux petits pieds et les gens étriqués. Je ne crois pas aux petits gestionnaires qui se contentent de serrer des boulons dans un sens ou dans l’autre. J’aime les gens qui ont du souffle. Des gens capables, dans une situation complète de blocage, de réinventer le fonctionnement de la société française.” Autre figure tutélaire plus originale : Pompidou. Rare pour un jeune élu ! "C’est le dernier président de la France heureuse. J’aime énormément cet homme capable d’écrire une anthologie de la poésie française et en même temps de s’occuper de son Cantal. Il avait une relation très charnelle avec les Français mais il était aussi très audacieux dans sa vision.”
Major de l’Agrégation d’Histoire, il a le choix de son poste. Mais quand il va voir Jacques Barrot, député centriste de Haute-Loire, il ne lui demande pas un poste à son cabinet ministériel mais un stage de terrain dans sa permanence d’Yssingeaux, 6 000 habitants. "Il était surpris mais il m’a pris aux mots en me confiant l’organisation d’Intervilles.” Le jeune agrégé passe donc de la lecture de Thucydide, l’historien athénien, à l’accueil des vachettes et au calcul des litres de crème fraîche et de mousse nécessaire à ce jeu populaire. Loin de lui donner envie de revenir à Paris, il décide de travailler son ancrage territorial. "Je me suis toujours méfié des ors de la République.” Quand Jacques Barrot est nommé commissaire européen, il décroche ses premiers galons en se faisant élire député à faveur d‘une élection législative partielle. Arrivée à l’Assemblée nationale, c’est le choc. Il est alors le plus jeune député. "J’ai projeté un regard assez dur sur l’Assemblée nationale car j’ai été éberlué par son fonctionnement.” De ce choc culturel, il va tirer un livre, le "Huron de la République”. Et il va déjà intervenir sur ce qu’il considère comme le "marqueur” de sa vie politique : la défense des classes moyennes. Le fort en thème en rédigera d’ailleurs un second livre "La lutte des classes moyennes”, aux éditions Odile Jacob.
Nicolas Sarkozy étant élu président de la République en 2007, Laurent Wauquiez va se retrouver propulser porte-parole du gouvernement. Un comble pour un jeune élu qui dit se méfier de la rhétorique et préférer l’action. Puis c’est aux affaires européennes qu’il poursuit son action. "Cela m’a permis de remettre les mains dans le cambouis. Mais quand vous êtes ministre, vous devenez dingue. Vous avez un chauffeur, on s’occupe de vous du matin au soir. Il ne faut pas s’étonner que certains se coupent des réalités.” Et c’est un nouveau choc culturel. "Je suis parti à Bruxelles en étant pro-fédéraliste européen. J’en suis revenu avec la conviction que si on croit à l’Europe et qu’on veut qu’elle survive, il faut totalement revoir son fonctionnement.” Ce qui va donner lieu à un nouveau livre coup de poing en 2014 : "Europe, il faut tout changer”, toujours aux éditions Odile Jacob. Et il n’hésite alors pas à critiquer son propre camp. Ainsi, il considère que la droite est beaucoup trop prisonnière du dogme du libre-échange alors que les Etats-Unis, comme la Chine, n’ont aucun scrupule à aider leur industrie nationale. L’histoire des panneaux solaires chinois va particulièrement l’agacer. Au nom de la libre-concurrence, les collectivités locales ne peuvent pas privilégier les modèles français alors que ces investissements publics auraient été l’occasion idéal pour lancer la filière. Dans sa mairie, il trouvera une astuce en introduisant un critère complémentaire qui relève du bon sens quand on parle de développement durable : la distance à laquelle sont produits ces panneaux solaires. En effet, plus le lieu de production est proche, moins leur empreinte carbone est élevée. Ce qui lui permet d’acheter français. 
Autre thème qui est lui est cher : l’assistanat. Il s’oppose ainsi à la mise en place du RSA. Et quand Nicolas Sarkozy est battu en 2012 par François Hollande, il est convaincu que l’UMP a perdu "non pas parce qu’elle en a trop dit mais parce qu’elle n’en a pas assez fait.” Pas question pour lui de remettre en cause la ligne droitière adoptée par son candidat au cours de cette campagne. D’ailleurs, il se distingue de Nathalie Kosciusko-Morizet qu’il voit en représentante d’une droite "très parisienne” et loin des réalités. Mais il ne s’aligne pas non plus sur Patrick Buisson, le conseiller de Sarkozy qui a inspiré cette campagne musclée.
"La sécurité est un sujet que l’UMP doit aborder mais cela ne peut pas être le seul sujet d’une campagne. Ma conviction, c’est qu’il fallait parler des thèmes chères aux classes moyennes comme la dévalorisation du travail.” Car il reste convaincu que c’est par le travail que l’homme s’épanouit. "C’est une des valeurs communes à ma foi chrétienne et aux valeurs laïques”, précise Laurent Wauquiez qui tient à cantonner son engagement religieux à sa sphère intime. "Je ne veux pas la porter en bandoulière.” Parmi les sujets où ils auraient souhaité que la droite aille plus loin : mettre la fonction publique à égalité avec le privé, corriger l’assistanat ou encore la régulation de l’immigration. "Dans un pays où 10% des gens sont au chômage et 25% des jeunes, on ne peut plus accueillir des immigrés comme dans les années 70.”
Ecoute
En quelques années, il a donc installé son personnage dans la vie politique française.  Sur internet, certains s’amusent d’ailleurs à pister ces répétitions d’une émission à l’autre. Ce normalien n’a pas besoin de conseiller en politique pour se créer ses propres éléments de langage et répéter des messages simples avec efficacité. Ainsi, il campe son personnage en répétant qu’il n’est pas "déséquilibré et malheureux comme certains hommes politiques”. Il entend par là qu’il prend le temps d’emmener ses enfants à l’école, d’aller au cinéma avec eux et de faire les courses quand son épouse lui demande. Malgré cette profession de foi, on se dit que sa vie politique doit quand même bien l’occuper. D’ailleurs, il a décidé de sillonner la région pendant six mois avant de présenter son programme. "La semaine dernière j’étais à Grenoble dans l’Isère, aujourd’hui à Tarare dans le Rhône et demain à Viriat près de Bourg-en-Bresse dans l’Ain”, nous précisera-t-il.
C’est donc un quadra bien installé dans ses propres valeurs qui se lance à l’assaut du Conseil régional. Se décrivant tantôt comme une locomotive ou un bulldozer pour évoquer son rôle dans la redynamisation de sa ville du Puy-en-Velay, on le sent déterminé. Et ce n’est pas seulement une tête bien faite. On sent l’affectif derrière cette mécanique intellectuelle bien huilée. D’ailleurs, il parle souvent de ses convictions mais il commence encore plus souvent ses phrases par un "j’aime” ou un "je déteste” que par un "je pense”.
Reste à savoir si sa position du ni-ni quand un PS affronte un FN au second tour comme lors de cette législative partielle dans le Doubs sera comprise et acceptée par les électeurs. En Rhône-Alpes, toute la classe politique se souvient de la réélection de Charles Millon à la présidence du conseil régional en 1998 avec les voix de l’extrême-droite. Ce qui avait entraîné des années de polémique et considérablement affaibli la droite régionale. Laurent Wauquiez a toujours affiché sa distance avec l’extrême-droite, faisant souvent référence à la Résistance auvergnate dans ses discours comme lorsqu’il était intervenu lors d’un dîner du Conseil régional des institutions juives il y a quelques années. Mais ses potentiels partenaires de l’UDI attendent des positions plus tranchées dans ces circonstances. A lui de les convaincre. Peut-être l’occasion d’un nouveau livre ? En tout cas il a l’habitude de la polémique. "Je veux secouer les choses. Je ne veux pas accepter les idées reçues même cela créé des tensions ou des crispations. Mes positions peuvent plaire ou déplaire mais le pire, c’est le filet d’eau tiède. Quand vous gênez personne, c’est que vous n’êtes utile à rien.”

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