Blouses et tabliers habille les écoliers

Date de publication : 06/03/2015

Karine Peyre de Fabrègues s’est spécialisée dans les blouses et les tabliers pour les élèves. Alors que le débat autour de l’uniforme à l’école ressurgit régulièrement, cette styliste lyonnaise défend son produit. Interview.

Comment avez-vous lancé Blouses et Tabliers ?

Karine Peyre de Fabrègues :
J’ai fait l’Esmod, une école de stylisme, avant de travailler plusieurs années pour des compagnies de théâtre, comme costumière. Je me suis ensuite associée avec une ancienne élève de l’Esmod, Sabrina, pour créer une marque de prêt-à-porter de luxe, "Rue des papillons”. On avait un atelier au Village des Créateurs. En 2006, la directrice des Chartreux nous a contactées. Elle voulait remettre la blouse au goût du jour dans son établissement, mais avec un côté moderne et sympa.

Vous a-t-elle expliqué sa motivation ?

C’était, je crois, dans un souci d’égalité entre les élèves, car cette institution privée reçoit évidemment des jeunes de familles aisés, mais aussi des enfants du quartier qui sont moins privilégiés. Cette directrice est très mobilisée sur ces questions. En tout cas, on a dessiné une blouse pour elle, en jean. Et apparemment, seuls quelques parents s’y sont opposés. Les autres ainsi que leurs enfants, qui avaient le sentiment d’appartenir à un groupe, étaient très fiers de leur blouse.
Faire une blouse impersonnelle et uniforme, quand on est styliste, donc un créatif, ce n’est pas un peu contradictoire ?

C’est vrai qu’au départ, la blouse d’écolier, ce n’était pas forcément mon truc ! Mais on s’est dit que c’était un joli défi. De plus, rapidement, d’autres écoles nous ont appelées. L’idée était de créer une nouvelle blouse à chaque fois, un vêtement qui marque l’identité d’une école. Petit à petit, je me suis consacrée à cette activité.
Vous pensez vraiment que la blouse nivelle les différences sociales...
En partie. L’objectif est que les élèves se fassent remarquer par leurs compétences intellectuelles, leur culture, leur humour... plus que par leur tenue vestimentaire. Mais sincèrement, ce n’est pas le principal atout de la blouse, car les jeunes peuvent se distinguer par leur cartable, leurs chaussures...  
Quel est pour vous l’atout de la blouse ?
Je pense que cette tenue participe de l’apprentissage. C’est comme un vêtement de travail, celui d’un ouvrier, d’un restaurateur, d’un médecin... L’enfant entre dans la peau de l’écolier quand il met sa blouse et il sait que c’est le moment d’apprendre. Enfin, de façon pragmatique, la blouse protège les vêtements de dessous, qui sont souvent des produits d’importation, peu solides...
Où sont fabriquées vos blouses ?

Elles sont fabriquées en France, et essentiellement dans la région, dans la Loire. Je suis très attachée à cette production française.
Du coup, vos blouses coûtent cher...
Il faut compter en moyenne 25 euros la blouse. Je comprends que ce soit un investissement, surtout pour des familles nombreuses, mais il y a un travail de création spécifique pour chaque école. Et ces blouses durent deux ans, portées tous les jours. Elles sont très solides. Enfin, elles sont en coton et en polyester recyclé. 

Qui sont vos clients ?

Ce sont les établissements privés évidemment. Pour les écoles publiques, il faudrait que les mairies soient philosophiquement convaincues et qu’en plus, elles paient ! Au delà du premier blocage, avec la réforme des rythmes scolaires, les budgets ne sont pas là. Mais je sais que certaines ne seraient pas contre...

Combien d’écoles font appel à vous ?

J’ai une quinzaine d’établissements, qui vont de la maternelle jusqu’au collège, à Lyon, mais pas seulement. J’ai par exemple un collège de filles à Carpentras, pour lequel j’ai créé une sorte de petite robe sympa, des établissements à Paris, dans le Sud-ouest... J’ai deux ou trois écoles supplémentaires par an. Je travaille même pour une école en Algérie.  J’exporte donc du textile français au Maghreb ! Ce qui me permet au total de réaliser un chiffre d’affaires inférieur à 100 000 euros. Blouses et tabliers est une TPE !

Vous sentez que votre marché va se développer ?

Je suis clairement sur un marché de niche. Peu d’entreprises sont uniquement sur ce créneau. Mais le débat autour de l’uniforme à l’école revient chaque année, les mentalités changent. Le problème, c’est l’instrumentalisation politique qui en est faite. Si on est de gauche, on ne peut pas être pour... A l’inverse, Robert Ménard l’a imposée à Béziers, dans les écoles publiques. Il m’a d’ailleurs consultée, mais pour moi, la blouse n’est pas un produit politique. Ils ont privilégié une entreprise locale et ils ont eu raison.
Des uniformes complets, vous en proposez ?
Une école parisienne m’a demandé un devis pour un vestiaire complet, un pantalon, un pull, une robe, une chemise... Mais ça n’a pas abouti. 

Quelles sont vos perspectives de développement ?
J’envisage d’intégrer un atelier de production d’ici un an. Ce serait une étape importante. Mais rien n’est encore tranché. En revanche, je me diversifie dans le vêtement de travail. J’ai fait les gilets du Planetarium de Lyon, des tabliers de chefs... J’essaie aussi de travailler avec l’étranger. L’Angleterre est évidemment hors de portée. Mais en Italie, beaucoup d’écoles imposent la blouse, mais pas un modèle particulier. Je reçois donc déjà des commandes particulières de mamans par l’intermédiaire de mon site. Il y a des choses à faire de ce côté là, comme en Suisse et en Belgique.
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