Pourquoi Aulas gagne-t-il toujours ?

Date de publication : 06/03/2015

Relégués au second plan depuis plusieurs saisons et l’avènement du PSG, l’Olympique lyonnais et son président Jean-Michel Aulas semblent renaître cette année. Leader de Ligue 1, l’OL pourrait retrouver les sommets du championnat bien plus tôt que prévu. Mais comment le président lyonnais fait-il pour toujours se relever ? Enquête.

Ils sont peu nombreux ceux qui, le 30 août dernier, au soir d’une nouvelle défaite à Metz, pouvaient imaginer l’Olympique lyonnais en tête de la Ligue 1 en février. Ce soir là, les Lyonnais s’inclinaient 2-1 et occupaient alors une bien inquiétante 17e place en championnat. Privé également de coupe européenne après 17 participations consécutives, l’OL semblait voué à vivre une saison difficile. Pourtant, cinq mois plus tard, les hommes d’Hubert Fournier occupent désormais la première place du championnat français devant l’Olympique de Marseille et le Paris Saint-Germain. 
Si rien n’est encore acquis, l’OL semble être un candidat crédible au titre de champion de France, le premier depuis sept longues années, en mai prochain. Alors que l’OM s’essouffle depuis le début de l’année 2015, que le PSG ne retrouve toujours pas son niveau de la saison passée, l’OL, de son côté, est de plus en plus solide. Victorieux de leur sept derniers matches de Ligue 1, les Lyonnais impressionnent journée après journée.
Ce retour au premier plan, un homme l’a sûrement rêvé plus que les autres : Jean-Michel Aulas. Décrié depuis plusieurs saisons pour ces choix discutables, le président lyonnais doit pleinement savourer. Alors qu’il semblait voué à vivre dans l’ombre du PSG voire même de Monaco pour de nombreuses années, Aulas pourrait faire un retour fracassant sur le devant de la scène. Pour la plus grande joie de ces fidèles et la perplexité de ses détracteurs qui doivent bien se demander quand est-ce que cela s’arrêtera. Mais comment expliquer l’insolente réussite de Jean-Michel Aulas ?
"Intelligence”

Le premier facteur semble incontestablement lié à sa décision de privilégier la formation après les années Claude Puel (2008-2011) et les acquisitions coûteuses de certains joueurs. "Dès qu’on a eu les premiers déficits, le président s’est tourné vers le centre de formation. Il faut dire que l’OL a toujours été un grand club formateur donc ce choix était plutôt logique”, explique Gérard Bonneau, le coordinateur du recrutement de l’OL. 
Pour Geoffroy Garétier, consultant pour Canal+, cette décision a surtout été prise par défaut. "Jean-Michel Aulas a vu trop grand à un moment mais il a eu l’intelligence de s’en apercevoir rapidement et il a changé de cap. C’est une nouvelle preuve de son talent même si ce n’était pas vraiment planifié. Il est en train de retirer les bénéfices d’une politique qu’il a mis en place de manière un peu forcée, puisqu’il s’est tourné vers la formation faute de mieux”, analyse-t’il. 
Mais cette première place en championnat, elle, ne semblait toutefois pas prévue. "Vu l’âge moyen du groupe pro, si nous étions huitième aujourd’hui, ce serait déjà très bien. On a la chance d’être leader actuellement et c’est tant mieux. En attendant le nouveau stade, nous savions que nous allions vivre cinq à sept années de transition. On est toujours dans cette phase mais nous n’avons jamais terminé en dessous de la quatrième place”, rappelle Gérard Bonneau.
Une analyse que partage l’ancien entraîneur Élie Baup, passé par Saint-Etienne : "Il faut tirer un grand coup de chapeau à ce projet qui prend un peu de revers tous les clubs français. Financièrement, on sait qu’aujourd’hui c’est très compliqué et la formation peut être une réponse. Mais, à condition de l’avoir anticipée, d’investir sur les meilleurs joueurs et d’avoir un projet de jeu. C’est exactement ce qu’à fait l’OL et c’est magnifique”, affirme-t-il.
Désormais, il n’est plus rare de voir de nombreux joueurs formés au club débuter un match ensemble. Fin janvier face à Metz (2-0), pas moins de 8 joueurs issus du centre de formation étaient sur la pelouse au coup d’envoi. Et si Nabil Fekir, Jordan Ferri ou Corentin Tolisso réalisent une saison intéressante, un homme symbolise ce renouveau lyonnais : Alexandre Lacazette. Né à Lyon, l’avant-centre de 23 ans est passé par toutes les catégories de jeunes de l’OL avant d’intégrer le groupe pro en 2010. Déjà très bon l’an dernier (36 matches, 15 buts), l’international français a franchi un pallier cette saison et symbolise lui aussi cette réussite. 
Alors que son joueur est courtisé par des clubs comme Liverpool, Arsenal ou la Juventus Turin, Jean-Michel Aulas ferme la porte à un départ l’été dernier. Utilisé le plus souvent comme ailier ou second attaquant la saison précédente, Lacazette devient l’avant-centre de l’OL, après le départ de Bafé Gomis, avec une incroyable réussite. Meilleur buteur de Ligue 1 avec 21 buts en 22 matches, devant Gignac (13 buts) ou Ibrahimovic (9 buts), le Lyonnais impressionne par sa maturité. "Il se déplace bien, il lit bien le jeu et il est très bon techniquement”, analyse Élie Baup. "Ce qu’il fait, marquer un but par match et avoir des statistiques presque similaires à Cristiano Ronaldo ou Messi, c’est énorme. Il a le potentiel pour devenir un très grand. Actuellement, il est au dessus des autres attaquants français”, poursuit l’ancien entraîneur de l’OM, désormais consultant sur Bein Sport.
"C’est quelqu’un d’humble, avec une attitude positive et il n’a pas pris la grosse tête. Réaliser ce qu’il fait, avec la pression qu’il a désormais, ça m’épate”, poursuit Gérard Bonneau. Malheureusement pour lui et pour l’OL, une blessure à la cuisse droite, contractée face à Metz, devrait l’éloigner des terrains une bonne partie du mois de février. Un véritable coup dur pour l’OL qui devra notamment rencontrer le PSG pendant cette période.

"Visionnaire”
En l’absence de son buteur vedette, la jeunesse lyonnaise devra s’affirmer encore un peu plus. Nabil Fekir, déjà auteur de huit buts et cinq passes décisives cette saison, ou Maxwell Cornet, arrivé cet hiver, sont très attendus durant cette période. Mais, pour Geoffroy Garétier, c’est surtout l’entraîneur, Hubert Fournier, qui va connaître son premier vrai test. "Je pense que le travail d’un coach ne se voit pas immédiatement. Dans les premiers mois, tout entraîneur bénéficie, en bien ou en mal, du travail de son prédécesseur. Pour l’instant, Fournier surfe sur la vague de Rémi Garde. C’est à partir de maintenant que nous allons voir s’il apporte une vraie valeur ajoutée au groupe, surtout sans Lacazette”, explique le consultant de Canal+.
 Élie Baup, lui, semble déjà conquis par l’ancien entraîneur de Reims. "Il est humble, il gère bien son groupe et il n’a pas tremblé malgré un départ poussif. Jean-Michel Aulas l’a choisi pour succéder à Rémi Garde et les résultats parlent pour lui. Pour le moment, c’est incontestablement un succès pour le président lyonnais”, déclare-t-il. 
Un pari sur la formation qui se transforme en véritable succès, une décision salutaire de garder un attaquant prometteur qui devient une vraie révélation et un coach, décrié au départ, qui répond finalement aux attentes... le bilan de Jean-Michel Aulas cette saison est plus que positif. Un constat qui n’étonne pas vraiment les spécialistes. "C’est le meilleur président du football français depuis 20 ou 30 ans. Il est visionnaire, il a de la chance, il est intelligent et travailleur. Rien de nouveau sous le soleil”, lance Geoffroy Garétier.
Pour Élie Baup, ce retour au premier plan peut même être considéré comme une revanche pour Aulas. "Il a su faire face à des critiques voire à un véritable acharnement. Le succès rend jaloux mais personne n’a vu venir le coup qu’il réalise cette saison. C’est le grand vainqueur de la situation et le numéro un de cette réussite lyonnaise”, complète l’ancien entraîneur de l’OM et de Bordeaux.
Et Jean-Michel Aulas ne semble pas disposé à s’arrêter en si bon chemin, avec l’entrée en 2015-16 dans son nouveau stade. "On a fait nos calculs pour faire en sorte qu’en exploitation normale, on n’ait pas à vendre de joueurs. À partir de l’entrée dans le nouveau stade, on doit pouvoir parvenir à l’équilibre sans avoir à monnayer l’effectif. (...) Et dans un second temps, dans une période stabilisée, on devrait passer d’un chiffre d’affaires à 200 millions d’euros hors vente de joueurs. Au niveau des ressources, on va se retrouver dans le top 10 européen”, expliquait-il récemment dans l’hebdomadaire France Football.
Seul motif de satisfaction pour ses détracteurs, sa volonté de passer la main dans un avenir plus ou moins proche. "Le modèle que l’on est en train de développer au club permet de sécuriser l’avenir. Il n’est pas lié à la personnalité d’un président ou d’une autre personne. Je vais avoir 63 ans au mois de mars. Je ne vais pas rester jusqu’à 80 ans à la tête de l’Olympique lyonnais. Alors oui, je prépare ma succession et j’y pense bien sûr”, confiait-il également à France Football avant toutefois de se préciser : "Je ne suis pas en train de vous annoncer que, demain matin, je vais vendre ou passer la main. Pour le moment j’essaye de faire en sorte que l’organisation mise en place depuis 25 ans soit stabilisée pour la suite. Et donc que cela puisse fonctionner éventuellement sans moi”. Éventuellement...
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