Qui pour racheter l’aéroport de Lyon ?

Date de publication : 08/04/2015

Dans la loi Macron, l’Etat prévoit de privatiser la gestion de l’aéroport de Lyon. Un projet qui agite déjà les milieux économiques lyonnais, avec la CCI en chef de file, actionnaire à 25% de l’aéroport. Objectif : trouver un repreneur qui veuille vraiment développer Saint-Exupéry. Enquête. Par Charlotte Vincent

Vendre ses aéroports en région, c’est le projet de l’Etat afin de faire rentrer de l’argent dans ses caisses. Ceux de Nice et Lyon sont concernés et évoqués dans la loi Macron, en cours de vote. Sur ces deux aéroports, c’est celui de Lyon qui pourrait rapporter le plus puisqu’il est valorisé à 1 milliard d’euros. En vendant 50 % sur les 60 % qu’il contrôle, l’Etat empocherait ainsi 500 millions d’euros. Il faut dire que Saint-Exupéry ne manque pas d’atouts. Il est situé au coeur de la dexuième région française et dispose de réserves foncières très importantes contrairement à Nice.

Investissement rentable

Mais qui pourrait débourser une telle somme ? Car ce prix comprend uniquement la gestion de l’aéroport. Le foncier resterait la propriété de l’Etat. Le repreneur aurait donc en charge le fonctionnement de la structure et son développement économique. "Les gros aéroports comme celui de Lyon sont un investissement rentable et à long terme. Ils assurent une rentabilité sûre et régulière car le trafic aérien se développe dans la durée. C’est donc un placement apprécié des investisseurs”, explique François Collet, expert en transport aérien. Les candidats pourraient donc être nombreux. Mais l’Etat pose déjà une condition : qu’ils aient une expérience dans la gestion d’infrastructures aéroportuaires. L’objectif est de ne pas réitérer l’expérience de Toulouse où l’aéroport a été privatisé l’an dernier. Les acheteurs, un consortium sino-canadien, ont été retenus car ils avaient fait l’offre la plus élevée : 300 millions d’euros quand les autres proposaient environ 250 millions d’euros. Mais ils ont peu d’expérience dans la gestion aéroportuaire, ce qui a été vivement critiqué par les concurrents et les acteurs locaux.

Vinci et ADP

Du coup, ce sont essentiellement de grands groupes qui devraient postuler à l’appel d’offre lyonnais. Vinci, déjà présent sur l’aéroport de Clermont-Ferrand et candidat sur celui de Toulouse, a annoncé qu’il étudierait les appels d’offre de Nice et Lyon. Un autre postulant pourrait se manifester : Aéroport de Paris (ADP). Le groupe s’était montré intéressé par Toulouse mais ses intentions pour Lyon font débat. "Le centralisme parisien nous étouffe. Paris c’est 90 millions de passagers par an contre 8 pour Lyon. On ne va pas rejeter de candidatures a priori, ce n’est pas à la CCI de dire qui participe ou non. Mais on s’intéresse au projet industriel porté pour l’aéroport de Lyon et à la valeur ajoutée que pourrait apporter le futur gestionnaire”, met en garde Emmanuel Imberton, président de la CCI de Lyon qui est actionnaire de l’aéroport à hauteur de 25 % et qui espère avoir son mot à dire même si cette minorité ne lui permet aucun blocage. "Notre avis sera seulement consultatif”, précise Emmanuel Imberton. 
Conscient du débat, le président d’ADP, Augustin de Romanet, a répondu prudemment via une dépêche AFP : "Acheter Lyon pour protéger de façon défensive Paris n’a aucun intérêt (...) On a beau faire de beaux discours, géographiquement, Paris et Lyon sont tellement près qu’il faut être prudent. Pour Lyon, je n’ai pas encore l’expertise. Il faut vraiment se demander si cela a du sens. On ne peut pas acheter Lyon sans l’ambition de le développer”.

Chefs d’entreprise

D’autres acteurs devraient se manifester et notamment des fonds d’investissements. «Il peut y avoir également des groupements alliant des spécialistes de l’aéroportuaire et des partenaires financiers», précise François Collet. Des repreneurs étrangers se seraient aussi montrés intéressés : "Je rencontre tout ceux qui s’intéressent à l’aéroport Saint-Exupéry. J’ai déjà un certains nombres de rendez-vous programmés avec des sociétés qui ont pignon sur rue, des fonds d’investissement... Ils sont français mais aussi étrangers”, souffle Emmanuel Imberton. Le président de la CCI est aussi parti à la rencontre des patrons lyonnais, qui pourraient investir dans l’aéroport aux côtés d’un spécialiste du secteur. "J’ai rencontré un certains nombre de chefs entreprise lyonnais et rhônalpins autour de la problématique de l’aéroport. Aucun ne m’a expliqué qu’il était intéressé car ce n’est pas leur métier. Et ce sont des investissement très particuliers qui ne correspondent pas au ratio financiers qu’ils ont l’habitude d’utiliser dans leur entreprise”, explique Emmanuel Imberton. Cette option semble donc peu probable. "Je ne vois pas en quoi le principe est intéressant pour l’aéroport ou l’entreprise locale en question. Etre actionnaire avec quelques pourcentage du capital à quoi ça sert ? Mieux vaut garder son argent et être un fournisseur...”, confirme François Collet.

Les potentiels acheteurs ont encore quelques mois pour se manifester. Il va falloir attendre le vote de la loi Macron pour connaître le timing et savoir quel aéroport sera vendu en premier. Si l’Etat commence par Lyon, l’appel d’offres sera lancé au printemps pour un décision fin 2015. Si Nice est prioritaire, il faudra attendre 2016...
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