Qui est le président du Nouveau Rhône ?

Date de publication : 11/05/2015



Elu début avril, l’UMP Christophe Guilloteau reste inconnu aux yeux du grand public. Qui est le nouvel homme fort du Département ? Portrait. 

Par Maud Guillot

Jeudi 2 avril. 14h30. Quand nous rencontrons Christophe Guilloteau, quelques heures seulement viennent de s’écouler depuis son élection comme président du Nouveau Rhône, la collectivité qui correspond à l’ancien département amputé du Grand Lyon. Il jongle entre les obligations liées à son nouveau rôle. Il nous reçoit dans un bureau "temporaire” du Conseil départemental. Souriant et détendu. Il lance quelques blagues. Il parle vite et avale un peu ses mots. Mais il est en réalité soulagé. Il décompresse. Car la bagarre avec ses "amis” de l’UDI a été rude, depuis plusieurs mois ; mais aussi le matin même, au moment de ce fameux troisième tour, vote indirect qui peut créer des surprises puisqu’il s’agit de l’élection du président par les nouveaux conseillers départementaux. 
Pur produit du RPR, ce député de la 10e circonscription a réussi à rafler une collectivité qui était aux mains des centristes depuis des décennies. Et il s’est fait un malin plaisir à ne leur laisser que des miettes : deux vice-présidences sur sept, les 6 et 7e... Au point que 7 centristes sur 10 se sont abstenus de voter pour lui. Une ambiance tendue qui a bousculé les habitudes de cette institution ronronnante et consensuelle, formatée par son emblématique ancien président, Michel Mercier. Mais Christophe Guilloteau tient désormais sa revanche. Il jubile même. Pendant longtemps, alors qu’il était élu dans cette collectivité, son propre parti lui a demandé de composer avec les centristes et de réfréner ses ambitions. Il a ainsi vu ses partenaires de droite s’entendre avec la gauche et Gérard Collomb pour créer la Métropole, ce qui s’est traduit par l’abandon des compétences du Conseil général au Grand Lyon sur son territoire. Puis l’arrivée de l’offensif tandem Philippe Cochet/ Michel Forissier à la tête de l’UMP du Rhône a donné le signal de départ pour la conquête de cette collectivité. 


Plongeur

Pourtant, on sait peu de choses sur le nouvel homme fort du département. Né le 18 juin 1958 à Lyon, Christophe Guilloteau est issu d’une famille de petits artisans. Son père, qui était cadre dans une entreprise a fini par en diriger une à Belleville sur Saône, aidée de sa femme. Christophe Guilloteau a deux frères. A la maison, on ne parle pas beaucoup de politique. Côté études, Christophe Guilloteau poursuit sa scolarité à Villefranche. Mais il n’est pas fait pour ça. Il délaisse donc l’école pour partir à l’armée. Il met un peu de temps à comprendre qu’il lui faut un bagage et entame des études de droit à Lyon. Sans beaucoup de conviction, ni de réussite. Il préfère finalement la vie active puisqu’il entre dans l’entreprise familiale. Et il consacre du temps à sa passion : le sport. Il devient d’ailleurs moniteur de plongée, une pratique qui le calme. Y compris quand il plonge dans des zones difficiles : sous la glace, dans les mers déchaînées... "Ça m’a beaucoup servi, car désormais je plonge en eaux troubles. En politique, il faut aussi avoir de la bouteille et ne pas manquer d’air...” ironise-t-il. Très bon skieur, il a aussi fait partie de l’équipe de France espoir, alors que son frère est devenu moniteur.
1981 sera pour lui un tournant. Il découvre Jacques Chirac. Un personnage. "C’est son dynamisme, sa vision de la France. Une France battante et tête de veau... qui m’ont séduit” plaisante-t-il aujourd’hui. Il prend sa carte au RPR et devient militant. A 25 ans, il décroche son premier mandat en étant élu conseiller municipal de Belleville. Mais ce qui va vraiment changer son destin politique, c’est sa rencontre avec Jean Besson, le maire RPR de Tarare, vice-président du conseil régional et député, qui l’embauche en 1986. Il devient son attaché parlementaire, poste qu’il occupera 18 ans. Et il suit les traces de son mentor, celui qu’il qualifie de "second père”. "J’ai tout appris auprès de lui. Mais contrairement à ce que disent certains, je n’ai pas hérité de ses mandats ! Je les ai acquis. J’ai demandé aux électeurs ce qu’ils en pensaient !” précise-t-il.

Sécuritaire

Il entre au Conseil régional en 1998. Pas traumatisé par l’alliance de Charles Millon avec le Front National. "C’était une erreur. Mais ceux qui nous donnent de grandes leçons républicaines auraient mieux fait d’éliminer ce parti et de ne pas le laisser prospérer. Le FN est entré à l’Assemblée grâce à François Mitterrand. Je pense donc que la droite doit être fière de ses valeurs sans honte mais sans compromission.” Puis en 2003, il devient député de la 10e circonscription du Rhône, en succédant à Jean Besson dont il est suppléant. Il sera réélu deux fois.
A l’Assemblée nationale, il se consacre à des thématiques sécuritaires : le maintien de l’ordre et la Défense nationale. Vice-président de la commission de la Défense, il travaille sur les questions du renseignement, du terrorisme... Il participe à la commission sur la burqa. Dans son propre camp, on le classe d’ailleurs sur la droite de la droite. Il reprend un discours à la "Wauquiez” contre les fraudeurs du RSA et à la "chiraquienne” sur le thème la Corrèze avant la Zambèze, puisqu’il veut cesser la coopération avec l’Afrique.
Et il ne fait pas toujours l’unanimité. Notamment à cause de sa personnalité considérée comme "clivante”, alors que lui plaide pour un parler vrai qui "ne plaît pas à tout le monde”. Un côté clash que n’a pas goûté le radical Bernard Fialaire. En 2012, cet élu du Conseil général, s’était fait insulter par Guilloteau en séance et l’avait fait condamner. Pas étonnant que ce centriste mène la fronde contre lui aujourd’hui.
De la même façon, certains n’ont pas apprécié, y compris au sein de l’UMP,  sa façon d’imposer ses proches dans cette campagne, dont son assistant parlementaire Laurent Ville à Vaugneray qui n’a finalement pas été élu, battu par un UDI.
Et quand on finit par demander à ce père de quatre filles comment il va concilier la présidence du Département et son mandat de député, il réplique : "Michel Mercier le faisait bien en tant que sénateur. Et même ministre d’Etat !” Puis de préciser qu’il va s’appuyer sur ses vice-présidents. Notamment Renaud Pfeffer, le maire de Mornant dont il compte bien faire son bras-droit. En attendant, il reste droit dans ses bottes. Ses bottes de campagne. Car ce partisan du terroir réserve sa première sortie officielle, à la Foire de Messimy le lundi de Pâques, où il va chaque année, pour "aller boire du jus de pommes”. Des pommes si chères à son cœur chiraquien. 
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