L’iPad, un nouvel allié pour les enfants autistes

Date de publication : 11/05/2015

Depuis septembre, l’Institut médico-éducatif de Génilac (42) expérimente l’utilisation de tablettes numériques auprès d’enfants souffrant d’autisme. Cet outil présente de nombreux avantages pour aider peu à peu les jeunes à mieux communiquer. Reportage. Par Marie Veronesi

Maison de Sésame, 13h30, petite salle de classe. Malgré le brouhaha ambiant, Antonin ne bouge pas. Sage comme les images qu’il voit défiler sur son iPad, il les nomme une à une. "C’est quoi ça ?”, lui demande Stéphanie, jeune stagiaire en psychologie, en pointant du doigt l’écran. "Une poule”, répond sérieusement le garçon de 11 ans. Cheval, robe, pomme, douche. Sur la tablette numérique, les images s’enchaînent et les bonnes réponses d’Antonin suivent. Au bout de 24 réponses justes, représentées par des étoiles scratchées sur une feuille, il sait qu’il obtiendra un smarties. En face de lui, Clément est tout aussi concentré. "Elle construit un château”, dit l’iPad d’une voix monocorde. Confronté à une image de petite fille construisant un château de sable et une image de petit garçon faisant de même, le garçon hésite. Il appuie plusieurs fois sur l’écran pour réécouter. "Elle”, "elle”, "elle”, "elle construit un château”, répète inlassablement l’objet. Du doigt, Clément touche la bonne réponse et poursuit l’exercice. Les choses sont parfois plus laborieuses pour Kévin, son voisin. Visiblement pas d’humeur pour travailler, il envoie valser les objets posés sur sa table, trépigne sur sa chaise, fait du bruit. Ce qui ne semble pas déranger la petite Emma, 8 ans, qui doit classer par ordre logique des séries de 4 vignettes. Elle gagne parfois par hasard ou par mémorisation, mais ne comprend pas cet exercice. On lui fait recommencer. "L’une des bases de l’apprentissage, c’est la répétition”, commente Françoise Infante, psychologue clinicienne, qui supervise l’atelier. Le groupe de 5 enfants présents aujourd’hui ont entre 8 et 16 ans. "Ils produisent déjà des phrases, ils ont un niveau de compréhension entre 4 et 6 ans”, précise la psychologue. A l’IME, ce sont les enfants dont l’âge développemental est le plus proche de leur âge chronologique. La plupart des autres enfants sont non-verbaux, c’est à dire qu’ils ne parlent pas du tout.

Résultats encourageants

Depuis septembre, la Maison de Sésame s’est dotée de 28 tablettes numériques qui accompagnent au quotidien les enfants. Cet IME (Institut médico-éducatif) accueille 34 jeunes autistes, ou plutôt 34 enfants "porteurs de Troubles du spectre autistique (TSA)”, selon le jargon médical plus "politiquement correct”. Concrètement, ces enfants présentent des troubles des interactions sociales, un déficit de communication et un répertoire d’intérêts restreint, stéréotypé et répétitif. Certains ont aussi une déficience intellectuelle associée ou des pathologies comme de l’épilepsie. "L’autisme recouvre pas mal de niveaux, mais globalement nous accueillons des enfants qui ne peuvent pas être scolarisés”, résume Amélie Manto, directrice de l’IME. Basé à Génilac, près de Saint-Etienne, la Maison de Sésame accueille en majorité des jeunes du Rhône, mais aussi de la Loire, de 4 à 17 ans. La plupart sont internes à la semaine et retrouvent leurs parents pour le week-end. Leurs journées sont rythmées par des temps de la vie quotidienne où ils apprennent à s’habiller, être propre, ranger leurs affaires. Il y a aussi des temps de jeu, des séances de sport avec un éducateur sportif, des échanges avec la psycho-motricienne ou un orthophoniste et les ateliers éducatifs. "Chaque enfant a un projet personnalisé avec des activités proposées en fonction”, précise la directrice. L’utilisation des tablettes numériques vient compléter les activités et le travail existant. Pour en avoir un nombre suffisant, la Maison de Sésame a répondu à un appel à projets de la Fondation Orange qui soutient la cause de l’autisme depuis plusieurs années. Les résultats sont déjà très encourageants.

Répéter, répéter, répéter

Du haut de ses 1m80, James, un grand et svelte garçon noir de bientôt 17 ans enfile ses chaussures. Ses affaires sont prêtes. Ce vendredi après-midi, ses parents sont venus le chercher pour le week-end. Quand il est arrivé à l’IME il y a 5 ans, il avait facilement des crises, criait, tapait, si le moment pour rentrer chez lui tardait trop. Avec un âge développemental proche des 2 ans, James ne parle toujours pas, mais il a appris la patience. Avant de partir, la psychologue de la Maison de Sésame prend donc le temps de montrer à ses parents les exercices qu’il a fait pendant la semaine sur sa tablette et ceux qu’il doit encore travailler. Penché sur une application où il faut relier des images avec des mots prononcés à voix haute par l’iPad, James travaille sur la discrimination auditive, c’est à dire sa capacité à faire attention à la voix humaine. "L’iPad nous a permis de voir qu’il comprenait beaucoup plus de mots que ce qu’on pensait, ce qu’on n’aurait pas pu voir avec un autre médium”, leur explique Françoise Infante. Les parents approuvent. "On a vu les progrès. Le son, les images, ça l’intéresse. Il arrive à être concentré sur sa tablette pendant plus de 20 minutes”, raconte sa mère. James repart avec sa tablette sous le bras. "Ce travail se fait en lien étroit avec les parents pour les remettre à leur place d’éducateurs, au centre de la prise en charge”, précise la psychologue.

"Pas un produit miracle”

Lien de cause à effet, ordres de grandeurs, catégorisation, lexique, syntaxe, prise en compte des émotions... Selon le niveau de l’enfant, il va travailler sur une compétence précise qui correspond à différentes applications. "Il faut qu’on soit de super-instits, pour faire apprendre à ces enfants tout ce qu’on voit normalement à la maternelle”, résume Françoise Infante. Le but ultime : aider à la construction du langage qui viendra ensuite appuyer les échanges sociaux. Parmi les applications utilisées par la Maison Sésame, on en trouve beaucoup conçues pour les enfants du cours élémentaire, d’autres pensées spécialement pour les enfants autistes et parfois des applications destinées aux étrangers qui souhaitent apprendre le français. "Notre challenge c’est de cibler précisément les contenus pédagogiques et de les répéter le plus souvent possible dans la semaine avec des personnes différentes, d’où le soutien à la parentalité”, poursuit la psychologue. Car un enfant autiste peut apprendre à dire un mot avec une personne dans un contexte bien particulier, mais être incapable de le redire dans un contexte différent, avec une autre personne. "C’est très graduel. On part du principe que l’enfant ne comprend pas les consignes et que son apprentissage se fait globalement par l’expérience et généralement quand ils sont déficitaires, par la réussite”, détaille Françoise Infante. Cette psychologue de 61 ans prépare d’ailleurs une thèse sur l’impact de l’utilisation des tablettes numériques sur le développement du langage chez les enfants porteurs de TSA. Mais attention. "L’iPad n’est pas un produit miracle, il peut aussi envahir le jeune”, explique Géraldine, éducatrice spécialisé. L’objet numérique fascine les enfants et peut très vite devenir trop stimulant. Les différentes équipes de l’IME veillent donc à ce que l’iPad vienne bien en complément de l’existant.
Chaque compétence doit être travaillée avec la tablette, du matériel et dans la vie quotidienne. "Par exemple, l’enfant fait des familles d’objets sur l’iPad, distingue une boite de tomates d’une boite de haricots dans la cuisine, et remplit le lave-vaisselle en séparant les fourchettes des assiettes”, illustre Françoise Infante. En plus d’être facile à transporter et de permettre de partager son travail avec différents intervenants, la tablette numérique est aussi plus respectueuse de l’âge chronologique des enfants. "Travailler sur l’écran est moins infantilisant que la catégorisation avec des cubes et des ronds. C’est un outil qui correspond à leur manière d’envisager le monde : c’est logique avec des domaines et des sous-domaines”, détaille la psychologue qui poursuit : "Des résultats scientifiques prouvent d’ailleurs que la tablette est un outil adapté à leur différence et leurs sur-compétences visuelles, d’où une progression plus importante”. A force de répéter patiemment les exercices, les enfants gagnent peu à peu en compétence. Un travail de longue haleine, qui mobilise 36 équivalents temps pleins à Génilac, soit 1 adulte pour 3 enfants. Créé en 2000, l’IME gérée par l’association Sésame Autisme Rhône-Alpes s’efforce d’être ouvert à toutes les méthodes existantes. "L’autisme c’est un handicap, on ne le guérit jamais mais on peut le compenser avec des outils adaptés”, résume la directrice de l’établissement. Et il semble bien que le numérique fasse désormais partie des outils sur lesquels il faudra compter. Car après tout, les enfants avec autisme sont eux aussi des digital natives.
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